• Hétérogénéité des élèves et apprentissages : Quelle place pour les pratiques d’enseignement ?
    No 71 (2009)

    À partir d’une revue sélective des études existantes, ce texte vise à faire le point sur un double questionnement : (1) Quelle est la relation entre hétérogénéité des élèves et apprentissages scolaires ? (2) Quel est le rôle des pratiques d’enseignement dans cette relation ? La première partie de ce texte s’intéresse aux effets sur les apprentissages d’une série de dispositifs qui affectent le degré d’hétérogénéité des groupes d’élèves à un niveau structurel : formation des classes, filières, redoublement, composition des établissements, taille des classes. La seconde partie de ce texte s’intéresse aux effets sur le degré d’hétérogénéité d’acquis scolaires de trois options pédagogiques : (a) ajuster les méthodes d’enseignement collectif afin de maximaliser les apprentissages et de réduire les écarts de performances ; (b) transformer les pratiques d’enseignement dans le but d’utiliser les différences entre élèves comme facteur d’apprentissage ; (c) modifier en profondeur les méthodes d’enseignement afin de placer les différences individuelles au cœur du processus d’instruction. Les recherches synthétisées indiquent que chaque possibilité de différenciation introduite dans les parcours scolaires tend à renforcer les inégalités entre les élèves, sans nécessairement renforcer l’efficacité. Inversement, certaines approches pédagogiques apparaissent mieux à même de limiter les écarts d’acquis scolaire entre élèves tout en entraînant un gain d’efficacité.

  • La transition de l’enseignement secondaire vers l’enseignement supérieur : antécédents de l’engagement de l’élève envers son but de formation
    No 70 (2009)

    Durant sa scolarité secondaire, chaque élève est amené à poser des choix de formation avec pour perspective à plus ou moins long terme de s’orienter progressivement vers un choix de profession. La fin de l’enseignement secondaire constitue une étape particulièrement cruciale dans ce processus de choix pour les élèves souhaitant poursuivre leurs études dans l’enseignement supérieur. Le choix de formation posé lors de leur transition du secondaire vers le supérieur aura des conséquences considérables pour leur carrière future. En Belgique, 75% des élèves diplômés de l’enseignement secondaire (c’est-à-dire, ayant obtenu le CESS) choisissent de poursuivre leur formation dans l’enseignement supérieur. Cependant, une grande proportion de ces étudiants échoue rapidement dans ce nouveau système de formation. En Belgique, 59% des étudiants entrant dans le supérieur ne réussissent pas leur première année et 20.2% de ces 59% (autrement dit, 12% de l’ensemble des étudiants) abandonnent et ne recommencent pas leur première année à un même niveau d’enseignement. Autrement dit, bien que l’accès à l’enseignement supérieur soit relativement facile (en comparaison à d’autres pays), il ne semble pas simple de persister durant la première année. De nombreuses études ont tenté d’identifier les facteurs expliquant la persistance et la réussite dans le supérieur. Parmi ces facteurs, l’engagement manifesté par l’élève envers son but de formation semble jouer un rôle important. Par but de formation, nous entendons le but personnel que l’élève poursuit en choisissant son programme d’études supérieures. Un but personnel peut être défini comme une représentation individualisée et cognitivement élaborée de ce qu’une personne souhaite réaliser dans sa situation. Miller et Brickman (2004) suggèrent que l’étude des buts futurs personnellement valorisés par les élèves peut conduire à une meilleure compréhension des phénomènes motivationnels. A titre d’exemple, la perception de l’importance de l’engagement envers un but de formation a conduit en Belgique à l’organisation de la Formation-relais. Cette formation est suivie par des étudiants qui abandonnent durant leur première année à l’université et qui souhaitent un accompagnement dans la (re)construction et le développement de leur projet de formation. Ces étudiants semblent avoir identifié que leur choix de formation est un facteur central dans l’explication de leur abandon/échec. Ce phénomène met en évidence qu’il y a des différences entre étudiants au niveau du degré de développement de leur projet de formation, ainsi qu’au niveau de leur engagement envers ce projet à l’entrée dans le supérieur. Comment comprendre de telles différences au niveau de l’engagement envers le but de formation ?

  • L’école peut-elle être un lieu de prévention des comportements violents ?
    No 69 (2009)

    Cet article s’interroge sur le rôle potentiel de l’école dans l’évolution des comportements violents des enfants et des adolescents qui la fréquente. Plus précisément, il s’agit, à travers une revue de la littérature internationale, de faire le point sur trois questions. Premièrement, quels sont les facteurs individuels de risque et de protection pour l’engagement dans des comportements violents sur lesquels le contexte scolaire pourrait avoir un effet ? Deuxièmement, ces facteurs de risque et de protection varient-ils suivant la classe ou l’établissement et quels sont les éléments de l’environnement scolaire qui sont liés à ces variations ? Troisièmement, des interventions axées sur la modification du contexte scolaire ont-elles un impact sur les comportements violents ? Les limites et les implications des recherches existantes sont discutées.

  • Débat sur la régulation des inscriptions scolaires en Belgique francophone : où se situent les désaccords ?
    No 68 (2009)

    La mise en place de deux décrets successifs visant à réguler le ‘libre choix’ d’école par les parents a été l’occasion de vifs débats en Belgique francophone. Tout en se réclamant du respect du principe de liberté de choix, ces deux décrets remettaient en effet en question une tradition séculaire d’absence quasi-totale de règles entourant l’exercice de ce droit. Ce texte s’attache à comprendre les arguments des partisans d’une régulation des inscriptions et des opposants à une telle régulation. Il s’attache au cœur de l’argumentaire des deux coalitions en présence, laissant dans l’ombre les opinions relatives aux aspects plus techniques du dispositif. Basé sur un matériau documentaire constitué de débats parlementaires et de textes d’opinions publiés dans la presse quotidienne, ce texte, après avoir présenté les particularités du contexte belge francophone et décrit l’évolution des politiques en matière d’inscription, met en évidence l’existence de deux coalitions de cause, décrit la structure de leurs argumentaires respectifs et identifie les conceptions normatives sous-jacentes (universaliste/individualiste versus particulariste/communautaire).

  • Sources of academic self-efficacy-beliefs: The role of the specificity level of autobiographical memories about academic performance
    No 67 (2009)

    The impact on academic self-efficacy beliefs of the specificity at which memories of past academic performance are processed was investigated. Relying on autobiographical memory (AM) theories, it was predicted that, for past academic failures, which represent a threat to self-efficacy beliefs, specific processing would help in maintaining high selfefficacy beliefs compared to general processing. For past academic successes, no difference was expected between the two levels of specificity. An experimental study with 54 psychology students was conducted and results confirmed the main hypothesis. A mediating effect of emotional state on the influence of the specificity of processing past academic performance on self-efficacy beliefs was expected. This mediation could not be evidenced.

  • Les croyances et connaissances des enseignants à propos de l’acte d’enseigner. Vers un cadre d'analyse
    No 66 (2009)

    Depuis la fin des années 80, de nombreuses recherches se sont intéressées aux croyances et connaissances sous-jacentes aux pratiques pédagogiques des enseignants. L’hypothèse principale soutenue par ces recherches est que les croyances et connaissances des enseignants influencent leur manière d’enseigner. Il s’agit d’une part d’appréhender ces connaissances et croyances et de comprendre comment elles se construisent et évoluent et d’autre part d’étudier la manière dont elles influencent les pratiques en classe. L’objet de ces recherches touche donc aux cognitions des enseignants, à leur manière de réfléchir et de mettre cette réflexion en pratique. Ainsi qu’à l’approche réflexive qu’ils peuvent avoir sur leur pratique.

  • La démocratisation de l’enseignement supérieur en Communauté française de Belgique : état des lieux
    No 65 (2008)

    Cet article a donc pour objectif de dresser un bilan de la situation en matière de démocratisation quantitative et qualitative de l’enseignement supérieur en Communauté française de Belgique, en proposant une synthèse critique des principales études empiriques menées au cours des vingt dernières années. Etant toutefois principalement intéressés par la situation universitaire, nous aurons prioritairement recours à des données et des résultats de recherches portant sur l’université. En outre, nous distinguerons deux facettes de la problématique, à savoir la démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et la démocratisation de la réussite au sein de celui-ci.

  • Espace local et choix du lieu de scolarisation dans l’enseignement fondamental
    No 64 (2008)

    La mobilité scolaire (autrement dit les changements d’école en cours de scolarité) est assez mal connue dans l’enseignement fondamental de la Communauté française de Belgique. Cette étude remédie partiellement à ce manque en travaillant à une échelle locale afin de saisir l’interrelation complexe de nombreux facteurs et d’examiner le poids des spécificités locales sur les phénomènes observés. Trois terrains ont été délimités : un dans l’agglomération bruxelloise, un dans la région de Verviers et un autre dans la région de Charleroi. L’analyse de ces trois espaces qui tous comportent des poches de pauvreté, repose essentiellement sur des données statistiques, complétées par des entretiens avec 12 directeurs d’écoles en discrimination positive et 13 acteurs intermédiaires. Chaque espace est analysé selon un plan identique comportant quatre points : contexte global et offre scolaire, choix d’école faits par les familles, aires de recrutement des écoles, mobilité scolaire. Une synthèse transversale des résultats est ensuite présentée. On y constate notamment que, dans les trois espaces étudiés, où l’offre est assez dense, les familles font usage de la liberté de choix que leur octroie la législation belge. On y observe également que des familles subissant la ségrégation résidentielle mettent en place des stratégies de sortie au moins partielle de la ségrégation scolaire, tandis que d’autres, même si elles changent d’école, demeurent prisonnières d’une sorte de nasse dont il leur est très malaisé de sortir.

  • L’efficacité des pratiques pédagogiques : la nécessité de prendre en compte l’environnement social
    No 63 (2008)

    Les études internationales fondées sur une évaluation standardisée des connaissances des élèves ont à plusieurs reprises fait apparaître à quel point en Belgique, plus qu’ailleurs, il existe d’importantes différences entre les classes et entre les écoles au regard des connaissances acquises par les élèves. Mais au-delà de ce constat, ces études ne permettent généralement pas de répondre à la question cruciale : à quoi sont dues ces différences ? Dans ce chapitre, à partir de données que nous avons collectées dans l’enseignement primaire de la Communauté française de Belgique, nous allons tenter de répondre à une telle question. Dans un premier temps, nous essayons de mettre à jour des dimensions explicatives des différences de performance entre classes qui semblent valables quelles que soient les caractéristiques de la classe. Nous discutons des influences respectives des caractéristiques individuelles des élèves, des caractéristiques moyennes du public accueilli au sein des classes, des pratiques enseignantes et des caractéristiques des classes. Dans un second temps, nous laissons de côté l’idée de principes explicatifs génériques pour nous intéresser à un effet « circonstancié » des pratiques enseignantes sur l’apprentissage des élèves. Nous émettons en effet l’hypothèse que les mêmes pratiques pédagogiques n’ont pas nécessairement le même effet dans tous les contextes. La question posée consistera dès lors à évaluer si certaines pratiques pédagogiques s’avèrent efficaces dans certaines classes, alors qu’elles ne le sont pas dans d’autres. Dans cette perspective, les classes seront différenciées en fonction du milieu socioculturel moyen des élèves qui en font partie.

  • Mobilité scolaire et composition sociale des écoles. Le cas de l’enseignement fondamental en Communauté française de Belgique
    No 62 (2008)

    La mobilité scolaire (autrement dit, le changement d’école en cours de trajectoire scolaire) est une réalité fréquente en Belgique francophone. La structure de cette mobilité est assez bien connue au niveau de l’enseignement secondaire. Elle l’est moins au niveau de l’enseignement fondamental. Ce cahier comble en partie cette lacune. Fondé sur l’analyse statistique d’une base de données reprenant l’ensemble des élèves de la Communauté française de Belgique ainsi que sur des données qualitatives collectées auprès de 12 écoles, il décrit le schéma général des flux d’élèves dans l’enseignement fondamental. Il est montré notamment (1) que la mobilité varie en fonction des caractéristiques sociales du public fréquentant les écoles d’enseignement  ordinaire, (2) que la mobilité est plus fréquente dans les écoles bénéficiant de discriminations positives (parce que composées d’un public défavorisé) et (3) que contrairement à ce qui est observé dans l’enseignement secondaire, la mobilité de « promotion » est un phénomène significatif, touchant particulièrement les écoles accueillant les publics défavorisés.

  • Desarrollar competencias docentes en la escuela: Aprendizajes de una experiencia chilena de asesoría a escuelas de alta vulnerabilidad social y educativa
    No 61 (2007)

    El estudio aborda la problemática del desarrollo de competencias docentes en el actual contexto de la reforma educacional en Chile y analiza un caso de intervención en escuelas pobres, que muestran bajos resultados en una evaluación externa (el SIMCE), y alta repitencia y retiro de alumnos. La intervención, demandada por el Ministerio de Educación, es implementada por siete agencias externas -universidades o fundaciones y consultoras privadas- entre 2002 y 2005, mostrando un impacto positivo en los resultados del SIMCE de 4º básico del año 2005. El estudio sistematiza la experiencia realizada por las instituciones y las escuelas, y describe las estrategias desarrolladas para mejorar la enseñanza y hacer crecer el aprendizaje de los estudiantes. Concluye mostrando las recurrencias en estas estrategias y propone -a partir de ello- un modelo para el desarrollo de competencias docentes en este tipo de escuelas.

  • Does the School Composition Effect Matter? Some Methodological and Conceptual Considerations
    No 60 (2007)

    In recent years, several authors have described the school composition effect as a methodological artefact, suggesting that it results from two major categories of methodological bias: model underspecification and predictor unreliability. The main purpose of this article is to discuss these methodological considerations and test empirically the impact of model specification on the magnitude of the school composition effect, based on reading performance at primary school in French-speaking Belgium. The results show that the school composition effect remains significant even after controlling for pupils’ initial performance, sociocultural capital and non-cognitive dispositions, although the effect size vary greatly when these individual parameters are successively introduced. The second objective is to examine covariance between school composition and several organizational variables and their joint effect on school performance. The second set of analyses is intended to question the conceptual nature of the school composition effect, establishing whether it is direct or indirect.

  • Les savoirs pédagogiques comme source de légitimation pour l'action publique en éducation. Une étude de cas en Belgique francophone
    No 59 (2007)

    Sur la base d’une analyse documentaire de comptes rendus de débats en Commission de l’éducation s’échelonnant entre 1992 et 2001, l’auteur montre que la politique d’éducation des années 1990 s’est accompagnée d’un recours intensif à la pédagogie et aux savoirs experts à des fins de légitimation de l’action publique. Cependant, la force probante des études pédagogiques pour légitimer la réforme en éducation doit être relativisée à plusieurs égards. La scientificité de la pédagogie est contestée. Par ailleurs, les enseignants résistent à ce type d’expertise pour des raisons d’autonomie professionnelle. En outre, le recours à la connaissance pédagogique ne confère qu’une pseudo-dépolitisation des débats politiques. Pour ces raisons, mais également d’autres raisons liées à la nature même du discours politique, la pédagogie n’est pas la seule source de légitimation de l’action publique. Au total, on assiste au cours de la décennie à une progressive reconfiguration des relations entre politiques, experts et enseignants. La difficile mise en œuvre des réformes dans les établissements et politisation progressive par les syndicats de la question pédagogique a conduit le politique à rechercher davantage le consentement des enseignants en conférant un poids croissant aux savoirs des acteurs de terrain dans la légitimation des réformes. L’analyse illustre ainsi, dans le champ de l’éducation, le constat général de croisement des savoirs et de pluralisation de l’expertise.

  • Quand les orientations pédagogiques aident à comprendre les modalités de division du travail à l'école: deux études de cas dans l'enseignement primaire
    No 58 (2007)

    De toute évidence, la conception de l’établissement scolaire et du travail enseignant en son sein a fortement évolué au cours des dernières décennies. Les notions d’équipe éducative, de collaboration entre enseignants et de travail collectif révèlent, parmi d’autres, la volonté des autorités éducatives de penser le métier d’enseignant comme une tâche davantage collective où le travail de chacun est articulé à un projet commun, construit au sein des établissements. Une telle évolution ne manque d’ailleurs pas d’interpeller la conception théorique des établissements scolaires et la coordination du travail dans le champ scolaire. Ce texte se centrera sur un aspect de la problématique peu explicitées jusqu’à présent : l’intensité de la collaboration entre enseignants semble être fortement liée aux pratiques pédagogiques mises en place dans les écoles. Dans cette perspective, l’objectif majeur de ce papier est de rendre compte, sur base de deux études de cas d’établissements scolaires, de l’interaction entre ces deux paramètres.

  • Au-delà de Bologne, la question du ‘comment’ financer l’enseignement supérieur européen persiste
    No 57 (2007)

    La mise en œuvre de la réforme dite de Bologne, visant entre autres l’harmonisation des diplômes et des programmes, est maintenant bien engagée dans la plupart des pays de l'Union. Mais au-delà de Bologne, nombre de problèmes continuent de hanter le monde de l’enseignement supérieur. Parmi ceux-ci figure celui de la répartition du coût. En Europe traditionnellement, celui-ci est à charge des pouvoirs publics. Ce mode de financement garde une forte légitimité en dépit de la persistance d’une importante iniquité d’accès au diplôme supérieur, et malgré son incapacité croissante à répondre aux besoins de financement. Dans ce texte, nous passons en revue les principaux arguments traditionnellement mis en avant par la théorie économique pour justifier un financement public. Nous discutons leur pertinence à la lumière du contexte propre à l’Europe et à la Communauté française de Belgique en ce début de XXIème siècle.

  • L'école à la lumière de la sociologie des organisations
    No 56 (2007)

    On assiste actuellement en Belgique, mais plus largement en Europe, à un intérêt nouveau pour la sociologie des organisations, en particulier pour la sociologie des établissements éducatifs, des organisations éducatives. Nous nous centrerons sur les apports d'Outre-Atlantique. Nous commencerons d'abord par préciser ce que la sociologie des organisations entend généralement par ce concept d'organisation. Nous verrons qu'il y a deux types de définitions concurrentes qui se rattachent à deux modes d'approche de l'organisation. Nous verrons ensuite qu'un certain nombre d'auteurs tendent à distinguer les termes d'organisation et d'institution. Dans une seconde partie, j'exposerai deux modes d'approches, deux modèles d'analyse de l'école considérée à la fois au niveau du système scolaire dans son ensemble, et au niveau des établissements scolaires en particulier : la première approche est une approche dite fonctionnaliste, que nous développerons à partir de Bidwell, la seconde est une approche plus "institutionnaliste", que nous développerons à partir des travaux de Scott, Meyer et Rowan (voir Bibliographie). Ces auteurs ne sont évidemment les seuls à avoir traité le sujet, mais leurs modèles d'analyse constituent deux pôles opposés et typiques des approches possibles de l'organisation scolaire. Je terminerai en esquissant quelques critiques de ces modèles mais en montrant aussi les pistes de réflexions qu'ils permettent de développer pour éclairer certaines des questions présentes dans le débat scolaire actuel. J'esquisserai par ailleurs les voies de recherche qui se développent dans ce domaine en France et en Belgique.

  • Pourquoi et comment réguler le marché scolaire?
    No 55 (2007)

    Notre propos dans cet article sera d’interroger les sources et les effets de phénomènes de marché scolaire et d’accentuation de la compétition entre établissements. Nous le ferons en nous centrant sur les études portant sur les systèmes scolaires caractérisés par un quasi marche, avant de montrer que des interdépendances compétitives surviennent aussi dans d’autres systèmes scolaires beaucoup plus administrés. La leçon de ces études est double du point de vue des effets de la compétition et du marché : d’une part, le surcroit d’efficacité du système scolaire est douteux ; d’autre part, l’accentuation de la ségrégation scolaire par les phénomènes de choix des parents et leur incidence sur les logiques des établissements scolaires apparaît assez largement établi dans la littérature scientifique. Cette ségrégation renforce dès lors les inégalités des chances des élèves. Nous nous demanderons en conclusion si le marché scolaire est une dynamique sociale irrésistible ou s’il est possible pour les pouvoirs publics de réguler la concurrence entre établissements.

  • Exploring the interplay between organizational and professional identity
    No 54 (2007)

    According to organizational and social identity theories and researches, members’ individual identities and organizational identity are mutually and reciprocally linked. This communication investigates those links in the particular case of teachers and educational organizations and is thus centered on the relations between teachers’ professional identities and schools’ organizational identities.

  • Reconnaissance des compétences émotionnelles comme compétences professionnelles : le cas des enseignants
    No 53 (2006)

    Les réformes éducatives menées depuis quelques années dans les pays occidentaux soutiennent la propension d’une pédagogie socioconstructiviste associée à un modèle d’enseignant professionnel. Le modèle d’enseignant promu est celui d’un praticien réflexif et spécialiste des apprentissages. Dans ce modèle, l’enseignant est présenté à partir d’un ensemble de compétences parmi lesquelles les compétences émotionnelles de l’enseignant sont généralement évoquées comme une source de professionnalité sans pour autant faire l'objet de recherches spécifiques. Afin d’explorer cet aspect de la profession enseignante, nous avons choisi d’analyser en quoi l’intelligence émotionnelle fait partie des habiletés mobilisées dans les pratiques pédagogiques de l’enseignant : dans quelles situations pédagogiques, dans quels rapports pédagogiques et avec quelles finalités. Nous examinons également comment cette intelligence participe à la construction d’une connaissance spécifique au métier d’enseignement : à la professionnalité enseignante. Un des objectifs de notre travail est d’opérationnaliser la définition de l’intelligence émotionnelle dans des situations pédagogiques et de proposer un construit pertinent pour l’enseignement (premier point). A cette fin, nous retraçons les antécédents théoriques qui nous permettent de penser que l'intelligence émotionnelle est mobilisée dans les pratiques pédagogiques (deuxième point). Une étude basée sur l'analyse des représentations sociales des pratiques enseignantes (troisième point) a été menée auprès de trois types d’acteurs pédagogiques qui se différencient dans leur rapport aux pratiques enseignantes : instituteurs avec une expérience de classe, futurs enseignants et formateurs d’enseignants. L’analyse des discours permet de produire un repérage de compétences émotionnelles et de fournir des arguments à la reconnaissance de ces compétences comme un des fondements de la  professionnalité enseignante (quatrième partie).

  • Le redoublement est moins un problème qu’une solution Comprendre l’attachement social au redoublement en Belgique francophone
    No 52 (2006)

    De nombreuses études démontrent l’inefficacité relative du redoublement pour remédier aux difficultés scolaires durant la scolarité obligatoire. Elles en concluent généralement que le redoublement est une pratique à bannir. Des politiques de lutte contre le redoublement ont été menées en Belgique francophone durant les années 1990, sans grand succès. Les enseignants dans leur majorité restent attachés au redoublement. L’article vise à comprendre l’attachement social à cette pratique. Les recherches « classiques » échouent à comprendre ce phénomène, compte tenu qu’elles postulent implicitement que le redoublement constitue un dysfonctionnement du système scolaire. A rebours des recherches classiques consacrées à l’étude du redoublement, cette pratique est envisagée ici comme faisant partie intégrante du mode de fonctionnement « normal » du système scolaire de la Communauté française de Belgique. Resitué en contexte, le redoublement se révèle ainsi moins un problème qu’une solution dans la mesure où il satisfait à des fonctions latentes essentielles : gestion de l’hétérogénéité et tri des élèves au sein des établissements ; positionnement stratégique et symbolique par rapport à des établissements environnants ; régulation de l’ordre scolaire au sein de la classe ; maintien de l’autonomie professionnelle des enseignants.

  • Élèves en difficulté d’apprentissage : parcours et environnements éducatifs différenciés en fonction des structures scolaires
    No 51 (2006)

    De nombreux travaux d’éducation comparée ont fait apparaître la diversité des structures scolaires à travers les pays et notamment les modalités contrastées de gestion de l’hétérogénéité de la population scolaire. Face à des élèves qui inéluctablement ne présentent pas tous des niveaux de compétence semblables, tous les systèmes scolaires ont en effet développé des processus d’adaptation et de gestion de ces différences.

  • What Does It Take to Achieve Equality of Opportunity in Education? An Empirical Investigation Based on Brazilian Data
    No 50 (2005)

    Roemer’s’ 1998 seminal work on equality of opportunity has contributed to the emergence of a theory of justice that is modern, conceptually clear and easy to mobilize in policy design. In this paper, we apply Roemer’s theory to education policy. We first analyze the reallocations of educational expenditure required to equalize opportunities (taken to be test scores close to the end of compulsory education). Using Brazilian data, we find that implementing an equal-opportunity policy across pupils of different socio-economic  background, by using per-pupil spending as the instrument, and ensuring that nobody receives less that 1/3 of the current national average, requires multiplying by 8.6 the current level of spending on the lowest achieving pupils. This result is driven by the extremely low elasticity of scores to per-pupil spending. As such, it implies large reallocations that are probably politically unacceptable. By exploiting our knowledge of the education production function we then identify ways of reducing financial reallocations needed to achieve equality of opportunity. We show that the simultaneous redistribution of monetary and nonmonetary inputs, like peer group quality (i.e., desegregation) and school effectiveness (i.e., equalizing access to the best-run schools), considerably reduces – by almost 50% – the magnitude of financial redistribution needed. Implementing an EOp policy would not come at any particular cost (or benefit) in terms of efficiency.

  • Vers une régulation post-bureaucratique des systèmes d'enseignement en Europe ?
    No 49 (2005)

    Les modes de régulation institutionnels d’un système éducatif peuvent être considérés comme l’ensemble des mécanismes d’orientation, de coordination, de contrôle des actions des établissements, des professionnels ou des familles au sein du système éducatif, modes de régulation mis en place par les autorités éducatives grâce à différents arrangements institutionnels. Il s’agit donc d’une des activités de « gouvernance » d’un système à côté de celles relatives au financement de l’éducation ou de la « production » proprement dite du service éducatif. Notre propos est de nous demander comment évoluent les modes de régulation institutionnels du système d’enseignement secondaire dans cinq pays européens (Angleterre, Belgique (Communauté française), France, Hongrie, Portugal). Plus précisément, nous nous demanderons si les politiques éducatives des vingt dernières années contribuent à construire une certaine convergence de ce point de vue. Simultanément, quelles divergences importantes demeurent.

  • Identités, cultures et images d’établissements scolaires. Un cadre théorique d’interprétation
    No 48 (2005)

    L’analyse de l’évolution des environnements institutionnels des établissements scolaires (en Europe) tend à montrer que l’établissement scolaire est perçu tant par ses usagers (en particulier les parents) que par les politiques publiques comme une pièce centrale du système éducatif et qu’en conséquence, la pression à l’efficacité et à la différenciation crée des conditions propices à un travail local d’élucidation collective sur le sens même de l’activité éducative. S’appuyant sur ce constat, un cadre d’analyse des rapports des établissements avec leur environnement, centré sur le concept d’identité d’établissement, est proposé. Ce cadre distingue – tout en les articulant – les concepts de culture, d’identité et d’image organisationnelle, contribuant de la sorte à dissiper le flou notionnel qui marque la veine de recherches qui pose la question de la capacité des établissements à se définir comme des unités pédagogiques et éducatives significatives. 

  • Vers des politiques d’éducation « capabilisantes » ? Une analyse critique de l’action publique en matière d’éducation
    No 47 (2005)

    Cette contribution propose une analyse critique de l’action publique en matière d’éducation, s’appuyant sur l’approche des capacités (AC) mobilisée à la fois en tant que cadre cognitif (descriptif-analytique) et normatif, à partir d’une lecture des évolutions observées en Communauté française de Belgique.

  • Evaluation of a Teacher Program in a French-Belgian university: the Use of Teaching Portfolios
    No 46 (2005)

    The objective of this paper is to analyze how teaching portfolios, when used as an integrated activity in a University teaching and learning program, could be an effective way to evaluate the impact of programs,
    by measuring the structure of the observed learning outcomes of this program.

  • Sociologie des régulations de l’enseignement technique et professionnel en Communauté française de Belgique. La construction de l’offre de formation
    No 45 (2005)

    Inscrit dans une sociologie de l’action publique, au sein de laquelle s’articulent sociologie des frontières et sociologie des régimes d’action, l’article se propose de mettre en évidence et d’interpréter l’évolution des modes de régulation du système d’enseignement technique et professionnel en Communauté française de Belgique. A cet égard, la voie d’entrée privilégiée est celle de la construction de l’offre de formation professionnelle. Aussi, la contribution porte essentiellement sur l’étude pragmatique d’un dispositif institutionnel de planification curriculaire. Sont ainsi considérés les jeux d’acteurs qui relèvent de l’élaboration des équipements du dispositif (référentiels d’activités professionnelles et référentiels de formation) tout en œuvrant à la construction des relations entre le système éducatif et le système productif. A l’analyse, une régulation négociatoire trouve place au sein d’un ensemble de justifications qui rendent compte des transformations contemporaines de l’action publique en matière de formation professionnelle scolarisée.

  • Free Higher Education Regressive Transfer or Implicit Loan?
    No 44 (2005)

    Should access to higher education remain ‘free’? Theoretical answers to this question are at least twofold. First, public higher education is said to be regressive as a privileged minority profits from extra human capital, and all the private benefits it generates, while the general public foots the bill. A frequent reply is that higher education students enjoying ‘free’ access are implicitly borrowing public money that they pay back when entering the labour market, via progressive income taxes. Using a simple lifecycle framework this paper produces realistic estimates of how much graduates are likely to ‘reimburse’ society via income tax. Using Belgian data on higher education public expenditure and income taxes paid by both graduates and nongraduates over their lifetime, we show that the implicit reimbursement rate ranges from 37% to 95%. It is much higher for bachelors than master graduates, and for males.

  • The effect of teachers’ wages on student achievement: evidence from Brazil
    No 43 (2005)

    We evaluate the effect of teachers’ wages on pupils’ achievement in a developing country (Brazil), using a good quality micro-dataset (the 2001 wave of SAEB). We estimate education production functions to investigate “whether teachers’ wages matter”, and we also apply quantile regressions to asses “for whom they matter most”. Results show that teachers’ wages have a small, positive, average effect on pupils’ scores in private, but not in public schools, in both Portuguese and Mathematics tests. In private schools, Portuguese teachers’ wages have a greater impact on the scores of low-performing than of highperforming pupils, while in Mathematics no clear pattern is revealed. Main results are maintained when instrumental variables and two-stage least absolute deviation estimations are carried out. Our analysis suggests that there is scope for Brazilian public schools to improve their human resources policies, with potential benefits accruing to low-performing pupils.

  • Les évolutions du travail enseignant en Europe. Facteurs de changement, incidences et résistances
    No 42 (2005)

    Le discours modernisateur qui sous-tend nombre de politiques éducatives pourrait donc être abruptement résumé de la façon suivante. Grâce à des établissements plus autonomes, développant des projets éducatifs portés par des enseignants engagés dans une dynamique collective, grâce à des enseignants pédagogues, réflexifs et centrés sur l’apprentissage de l’élève, grâce aussi à un cadrage institutionnel où l’Etat régule et évalue les unités d’enseignement décentralisées, l’école devrait pouvoir affronter les défis auxquels elle est confrontée. Elle devrait devenir simultanément plus juste et plus efficace. C’est dans ce contexte très général et trop rapidement brossé que nous voudrions alors traiter des évolutions du travail enseignant et de quelques enjeux qu’elles soulèvent, en nous basant sur une synthèse partielle des connaissances les plus solides de la littérature en sciences de l’éducation.

  • Deferred and Income-Contigent Higher Education Fees
    No 41 (2005)

    There are many arguments for shifting at least part of the higher educational cost burden from governments (or taxpayers) to individuals, particularly in Europe. But this case largely rests on the capability to offer deferred and incomecontingent payments. The two first features are critical to efficiency – students and lenders should not be deterred by excessive risk – and justice – contributions should be tailored to ex post ability to pay. Examples of instruments satisfying these criteria are income-contingent loans and human capital contracts. The central aim of this paper is to produce realistic estimates of how graduates’ and nongraduates’ lifetime income is likely to be affected by the generalisation of these instruments. Using data on Belgian income, we evaluate their effect on the distribution of lifetime net income, using higher income tax as a benchmark. The paper then considers the different ways of financing the cost of income-contingency, with a particular focus on the risk of adverse selection inherent to pooling the cost among graduates. But it shows that investing less on students opting for less profitable programs is a simple way to mitigate its severity.

  • La politique d’éducation au risque de sa réception sur le terrain
    No 40 (2005)

    Ce texte propose une analyse de la réception d’un dispositif de remédiation introduit dans le système scolaire de la Communauté française par décret en 2001. La mise en œuvre du dispositif est envisagée dans ce cahier au niveau très local de l’établissement scolaire, à travers l’étude comparée de trois établissements d’enseignement secondaire contrastés. C’est la pertinence et le potentiel heuristique d’une telle approche que nous commenterons dans cette introduction.

  • L’échec à l’université en Communauté française de Belgique
    No 39 (2005)

    collaboration avec la Chaire UNESCO de pédagogie universitaire, un séminaire sur le thème de l’échec à l’université. L'objet de ce séminaire était de mettre en évidence une série de questions soulevées par les recherches sur l'échec à l'université menées à l'UCL et en Communauté française. Ce séminaire se voulait une tentative d’aller au-delà des constats ou de l'identification de facteurs liés à l'échec, pour s'intéresser aux implications des résultats de recherche en termes d'orientation et de parcours de formation, d'accompagnement et de remédiation, d'évaluation des apprentissages, de formation des assistants et des enseignants, de lutte contre les inégalités, de mode de financement des universités, d'accès au marché de l'emploi, etc.

    Le séminaire était organisé sous forme de table ronde. Après une présentation par l'équipe de la Chaire, trois intervenants – qui avaient reçu au préalable le texte de cette présentation – étaient invités à réagir en une quinzaine de minutes chacun, avant de laisser place au débat. A la demande de nombreux participants, nous publions ci-joint le texte qui a servi de point de départ à ce séminaire, ainsi que les trois interventions qui s’y rapportent, que nos invités ont aimablement accepté de mettre par écrit. Les organisateurs tiennent à remercier les participants au séminaire pour les échanges constructifs et rigoureux auquel il a donné lieu.

  • Évaluation interne et évaluation externe : concurrence ou complémentarité?
    No 38 (2005)

    Suite aux épreuves de l'OCDE et aux résultats très mitigés obtenus par le système scolaire belge francophone, particulièrement la grande disparité de résultats entre les établissements scolaires (la plus importante de tous les pays concernés par l'étude PISA), les partis politiques ont accepté en 2001 le principe d'un pilotage partiellement centralisé du système scolaire nécessitant l'élaboration d'épreuves d'évaluation externe. Leur mise en œuvre effective sur le terrain n'est pas pour demain étant donnés la multiplicité des acteurs concernés, la complexité des concertations entreprises et les nombreux facteurs d'inertie inhérents à pareil système éclaté et politisé.

  • The impact of a PBL curriculum on students’ motivation and self-regulation
    No 37 (2005)

    Problem-Based Learning (PBL) is more and more widespread in Higher Education. Among other advantages, PBL is assumed to foster students’ motivation and self-regulation. But empirical evidence supporting this claim is scarce, especially at a curriculum level. The aim of this study is to evaluate the impact of a PBL curriculum on the motivation and the cognitive engagement of undergraduate students. The study was conducted in an engineering faculty where a new two-year PBL curriculum has been implemented. The last cohort of students who attended the old curriculum was compared with the first cohort of students who attended the new PBL curriculum. Those students completed a questionnaire on perception of instructional practices, goal orientations, self-efficacy, self-regulation strategies, and learning strategies at the end of their curriculum (data collected in 2001 and 2002). Multivariate analyses show some positive effects in favour of students from the PBL curriculum, but they also point to some problems linked to the implementation of this new curriculum (work-overload, incoherent assessment). Perceptions of instructional practices partially mediate the PBL curriculum effects. Implications for attempts to improve students’ engagement in Higher Education are discussed.

  • Effet établissement : effet de processus et/ou effet de composition ?
    No 36 (2004)

    De nombreuses recherches en sociologie et en sciences de l’éducation tentent depuis plusieurs décennies d’évaluer la nature et l’ampleur d’un effet spécifique des établissements scolaires sur les acquis scolaires des élèves. Mobilisés autour du courant de la School effectiveness research (SER), de nombreux chercheurs ont multiplié les études empiriques, de type corrélationnel, afin d’identifier la contribution des établissements à la formation des élèves, après avoir contrôlé les caractéristiques individuelles des élèves fréquentant ces établissements. Aujourd’hui, un certain nombre de résultats de recherche se dégagent de cette littérature : non seulement, les établissements semblent effectivement peser sur la qualité et la quantité des apprentissages, mais un certain nombre de caractéristiques des établissements efficaces ont été identifiées. Parmi celles-ci relevons l’importance d’un leadership pédagogique, d’un travail coopératif entre enseignants, du temps réellement consacré à l’apprentissage (time on task) et des attentes élevées vis-à-vis des élèves (Scheerens, 1997 ; Bosker, 1994 ; Teddlie & Reynolds, 2000).

    Depuis quelques années, plusieurs travaux remettent cependant en question les acquis de la SER. Le principal argument mobilisé ne remet pas en cause la capacité des établissements à « faire la différence », mais considère que la capacité différenciée des établissements à faire acquérir des connaissances ne repose pas tant sur les processus organisationnels et pédagogiques internes, mais plutôt sur les caractéristiques agrégées de la population de l’établissement. Autrement dit, il s’agirait fondamentalement d’un effet lié à la composition de l’établissement.

    L’objectif de cet article est dans un premier temps d’élucider la teneur et la signification d’une telle discussion, en soulignant les enjeux méthodologiques du débat. Mais, la thèse majeure de ce papier, que nous articulerons à des études ethnographiques récentes, est de plaider pour une analyse en termes d’effet joint de la composition et des processus. Dans ce sens, nous suggérons que les processus organisationnels et pédagogiques observés dans les établissements ne sont pas indépendants du contexte dans lequel ils prennent place, et que l’articulation de ces deux paramètres explique une part importante des différences entre établissements scolaires. Après avoir clarifié le cadre de cette hypothèse, nous développons une analyse secondaire des données de PISA 2000 relative à cinq systèmes scolaires européens, en veillant à distinguer les effets nets et l’effet joint des variables de processus et de composition.

  • La place de l’évaluation comme ressource pour le pilotage des systèmes scolaires : état des lieux en Belgique francophone et en Angleterre
    No 35 (2004)

    Les systèmes scolaires d’Angleterre et de Belgique francophone ont tous deux connu au cours des 15 dernières années un important processus d’harmonisation et de standardisation. La comparaison de ces deux systèmes fait apparaître à quel point ces transformations se réalisent dans des environnements institutionnels contrastés et avec de très nettes différences dans le recours à l’évaluation comme ressource pour le pilotage. Dans les deux situations cependant, la montée en puissance de référents nationaux de nature prescriptive, contribuant à l’harmonisation des systèmes scolaires, semble heurter la légitimé professionnelle des enseignants et la place de leur expertise comme source d’influence et de reconnaissance.

  • Effet établissement : effet de composition et/ou effet des pratiques managériales et pédagogiques ? Un état du débat
    No 34 (2004)

    Depuis quelques décennies, les recherches portant sur l’établissement scolaire occupent une place non négligeable dans la littérature en sciences de l’éducation. Peu à peu, l’établissement scolaire s’est imposé comme un objet important de recherche dont il importe de saisir la complexité et la spécificité. Différents types de regards ont ainsi été posés sur l’établissement scolaire. Une réflexion importante a notamment consisté à examiner les établissements au regard des effets que ceux-ci ont sur les apprentissages des élèves. Il s’est ainsi constitué, depuis les années soixante, un débat sur les déterminants de l’efficacité différenciée des établissements scolaires. Ce débat a successivement opposé comme éléments respectifs d’explication des différences entre établissements scolaires la composition des établissements scolaires d’une part, et les pratiques managériales et pédagogiques d’autre part.

    Le premier objectif de cet article est de resituer les principales évolutions de ce débat. Une revue de la littérature sur l’effet de composition est ensuite menée. Par effet de composition, nous entendons l’effet des caractéristiques agrégées de la population des établissements scolaires (niveau moyen des ressources culturelles des familles, niveau moyen des compétences des élèves, …) sur les différences de performances entre ces établissements, après qu’on ait contrôlé pour les différences d’efficacité entre écoles qui s’expliquent par les caractéristiques individuelles des élèves. Enfin, s’appuyant sur des investigations qualitatives récentes, cet article formule deux hypothèses de dépassement du débat sur l’effet établissement. La première est que les pratiques managériales et pédagogiques sont en partie liées à la composition des établissements scolaires. La deuxième est que l’articulation de ces pratiques avec la composition d’établissement est un facteur explicatif significatif des différences entre établissements scolaires.

  • Le développement de projets pédagogiques : reflet ou source de l’engagement de l’enseignant universitaire dans ses activités d’enseignement ?
    No 33 (2004)

    L’objet de ce texte sera d’essayer de comprendre ce qui pousse certains enseignants universitaires, plus que d’autres, à consacrer une part non négligeable de leur temps à leurs activités d’enseignement, tout en poursuivant leurs activités de recherches et de services : des caractéristiques individuelles spécifiques ou un contexte local ou institutionnel propice à cet engagement ?

  • What is justice in education? Sketch of answer based on theories of justice and economics’
    No 32 (2004)

    What is justice in education? How can we evaluate whether given distributions of educational inputs or educational outcomes are just or not? How should a society distribute its educational resources? How can we evaluate the level of (un)fairness of a schooling system? In this paper, we try to provide a basic framework for thinking about these normative questions in what we consider to be a rigorous way. In order to accomplish such task, we interrelate different strands of literature, namely: theories of distributive justice, developed by political philosophers, concepts and tools used in microeconomics (especially in welfare economics), and insights from positive economics of education. We present, illustrate, and criticize what ‘justice in education’ is, according to four normative positions – utilitarianism, libertarianism, egalitarianism and egalitarian liberalism.

  • L’égalité dans les systèmes scolaires : effet école ou effet société ?
    No 31 (2004)

    Un des modes de travail de l’éducation comparée est d’étudier les structures scolaires de différents pays et d’essayer de rapporter les différences observées à des variations dans les performances scolaires des pays étudiés. De manière assez classique, cette comparaison de performances est étudiée en référence à des critères d’efficacité, d’efficience ou d’égalité, traités isolément ou de manière complémentaire. La multiplication des bases de données internationales de mesure des acquis des élèves tend évidemment à faciliter ce travail. Malgré les limites de ces outils standardisés de collecte d’informations, ils représentent en effet une ressource particulièrement intéressante pour documenter l’état des apprentissages dans différents systèmes scolaires et la manière dont ces apprentissages sont distribués parmi les élèves des pays considérés.

  • Les tendances longues de l'accumulation du capital humain en Belgique
    No 30 (2004)

    L'accumulation de capital humain, l'élévation du niveau d'éducation, représentent des facteurs prépondérants de l'amélioration des perspectives de développement économique et social d'une population.
    Mais l'augmentation du niveau général d'éducation se joue sur le long terme. D'où l'intérêt d'une analyse couvrant de longues périodes. Au départ de données souvent parcellaires, nous tentons dans ce texte de mettre en exergue les tendances lourdes de l'accumulation du capital humain pour la Belgique et ses régions. La période couverte va de 1920 à 2000 pour le nombre moyen d'années d'études. Pour des périodes plus récentes, nous examinons aussi la question de l'évolution de la qualité relative de l'enseignement secondaire ainsi que celle de l'évolution de l'équité d'accès aux différents diplômes. Il ressort de ces analyses que le stock de capital humain a indubitablement augmenté en Belgique tout au long du 20e siècle; mais avec une tendance au décrochage relatif de la Wallonie et surtout de Bruxelles. Ensuite que la qualité de l'enseignement secondaire, appréhendée de manière très limitée par les tests en math, a diminué en Wallonie et à Bruxelles relativement à la moyenne de l'EU et de l'OCDE. A l'inverse, elle s'est améliorée en Flandre. Enfin, la tendance nette à plus d'équité d'accès au diplôme secondaire s'est accompagnée du maintien d'une forte iniquité d'accès au diplôme supérieur.

  • Le sentiment d'efficacité personnelle dans l’apprentissage et la formation : Quel rôle joue-t-il? D'où vient-il? Comment intervenir?
    No 29 (2004)

    Cet article passe en revue les recherches empiriques concernant les croyances d’efficacité personnelle dans le domaine de l’enseignement et de la formation. Trois questions principales sont abordées : Que sait-on du rôle du sentiment d’efficacité dans l’apprentissage ? Quelles sont les sources du sentiment d’efficacité dans le domaine de l’apprentissage formel ? Quelles sont les interventions éducatives possibles afin d’accroître le sentiment d’efficacité personnelle des apprenants ? Les résultats passés en revue indiquent que les croyances d’efficacité ont des effets non négligeables sur l’engagement, les performances et la trajectoire de formation des apprenants. D’autres résultats permettent de mieux cerner les sources d’information qui influencent ces croyances d’efficacité. Nombre de recherches présentées offrent des pistes d’action pour des interventions pédagogiques. Globalement, les études présentées démontrent qu’il est possible de soutenir le développement des compétences et du sentiment d’efficacité des apprenants, même quand ceux-ci ont un niveau initial de compétence très bas.

  • Achievement Effectiveness and Equity. The role of Tracking, Grade-Repetition and Inter-school Segregation
    No 28 (2004)

    Grouping students together according to their ability – in vocational vs. academic tracks, in different grades or schools -- are frequently denounced within educational circles as being ineffective and/or source of additional inequality. Yet very few international studies have attempted to evaluate the effects of these practices on educational performance. This paper attempts to fill this gap using standardized scores in math, science and reading literacy at the age of 15 published by the OECD in 2000. Results are that ability grouping has no impact on effectiveness (country mean scores). And the intensity of inequality (within country dispersion of scores) is also hard to predict. It is only for math that higher interschool segregation -- but not tracking or grade repetition-- seems to lead to higher inequality.

  • L’école en communauté française de Belgique : de quelle inégalité parlons-nous ?
    No 27 (2004)

    Les premières analyses opérées à partir des données PISA - Program for International Student Assessment - produites en 2000 par l’OCDE font apparaître que le système scolaire de la Communauté française de Belgique (CFB) est peu efficace et très inégalitaire. Au-delà de ces premières indications, l’analyse secondaire de la base de données PISA nous permet de présenter ici une série d’indices complémentaires et de mieux documenter l’état actuel des inégalités à l’école. Ces différents indices sont construits en référence à une conception théorique de l’égalité et calculés pour chacun des systèmes scolaires de 18 pays européens. Suite à la présentation de ces indices portant sur l’état des inégalités, nous proposons également un indice de dissimilarité qui permet d’appréhender le degré de ségrégation des élèves et des établissements. La mise en relation du taux de ségrégation avec les indicateurs d’égalité fait apparaître qu’il existe une relation entre ces deux variables et qu’un taux de ségrégation élevé s’accompagne généralement d’un degré d’inégalité important. C’est sur base de ces différentes analyses que nous discutons enfin le niveau très élevé d’inégalités en CFB et le sens des politiques éducatives visant à diminuer ces inégalités.

  • Le rôle du comportement de la direction dans l’engagement professionnel des enseignants
    No 26 (2004)

    L’objectif principal de cette étude est d’examiner le poids respectif des caractéristiques de la fonction, du comportement de la direction tel qu’il est perçu par les enseignants et du soutien perçu de la part des collègues, dans la prédiction de la motivation au travail et de la satisfaction professionnelle des enseignants. Pour ce faire, 362 enseignants du secondaire ont répondu à un questionnaire anonyme portant sur ces différentes variables. Les résultats indiquent que les effets relatifs aux caractéristiques des enseignants étudiées sont très faibles, épars et assez équivoques. Par contre, conformément à la théorie de l’auto-détermination, la perception de comportements soutenants, valorisants et coopératifs de la part de la direction favorisent le développement de la motivation et de la satisfaction professionnelle, tandis que le perceptions de comportements contrôlants, dénigrants et autoritaires favorisent la démotivation des enseignants. Le soutien perçu de la part des collègues est positivement associé à la motivation intrinsèque et à la satisfaction face au climat de travail. Il y a également un lien important entre type de motivation et niveau de satisfaction. De plus, le type de motivation au travail prédit l’absentéisme. Les implications pratiques de ces résultats sont discutées.

  • L’accès aux compétences est-il plus (ini)équitable que l’accès aux savoirs traditionnels ?
    No 25 (2003)

    Depuis le mois de septembre 2001, l’école secondaire en Communauté française de Belgique connaît une nouvelle réforme des programmes de l’enseignement général et technique. Cette réforme entend, grâce à l’énoncé de compétences, améliorer la qualité de la formation des jeunes à la sortie du secondaire. D'aucuns affirment cependant que l'approche par compétences comporte le risque d'accentuer les inégalités de résultats entre élèves alors que celles-ci sont déjà parmi les plus élevées de l’OCDE. Qu'en est-il dans les faits? Dispose-t-on d'indices permettant d'apporter une première réponse à cette question? Telle est la question centrale que ce cahier propose de traiter.

    Le présent texte se propose de vérifier dans quelle mesure l’évaluation des élèves sur base de leur maîtrise de compétences se montre plus ou moins inéquitable que l’évaluation de la maîtrise de savoirs et de savoir-faire traditionnels susceptibles d’être mobilisés dans ces compétences. L’analyse des résultats des élèves confrontés à ces deux types d’évaluation (compétences et savoirs ressources) révèle une dépendance à l’origine socioéconomique. Pour les deux types d’épreuve, le niveau des scores des élèves est une fonction positive de variables telles que le niveau d’éducation des parents, l’origine belge de la mère, le retard scolaire (échecs, redoublements antérieurs). On observe toutefois que ce déterminisme joue différemment selon que le type d’évaluation. Mais le résultat le plus important est qu’il ne semble pas y avoir de différence dans l’intensité de ce déterminisme selon le type d’épreuve. En ce sens, l’évaluation par les compétences ne serait pas plus inéquitable que l’évaluation traditionnelle. 

  • Classes homogènes versus classes hétérogènes : les apports de la recherche à l’analyse de la problématique
    No 24 (2003)

    Tout chef d’établissement est confronté, lors de la rentrée scolaire, à la nécessité de répartir les élèves entre les différentes classes de son école et est ainsi indirectement mis devant la question de la gestion de l’hétérogénéité des classes. Sur base de l’état actuel des connaissances en éducation, doit-on suggérer à ce directeur de former des classes les plus homogènes possibles du point de vue des performances scolaires des élèves ou au contraire lui conseiller de privilégier des groupes composés de manière hétérogène ?  L'interrogation est ancienne, elle divise pourtant encore aujourd’hui le corps enseignant et, dans une certaine mesure, les milieux scientifiques. Les uns estiment que les différences individuelles entravent le bon  fonctionnement des classes et, partant, limitent les possibilités d’apprentissage des bons comme des mauvais élèves : ils encouragent dès lors à accroître l’homogénéité au sein des classes. D’autres plaident pour  l’exploitation de l’hétérogénéité des élèves dans la constitution des classes, estimant qu’en raison de l’existence d’effets de pairs, la réussite d’un élève dépend également du niveau moyen de sa classe. Ils soutiennent par ailleurs que la diversité scolaire représente une richesse et craignent les méfaits des mesures mises en place pour créer des groupes homogènes d’élèves. Dans cette seconde perspective, si le groupe classe hétérogène est clairement privilégié, cela n’empêche pas d’organiser de manière épisodique des groupes homogènes selon des besoins spécifiques dans une matière (Crahay, 2000). La revue de la littérature que nous proposons ici n’ambitionne pas de départager tenants et opposants de l’hétérogénéité des classes, mais vise à proposer un bilan des recherches sur la question dans toute sa complexité, en mettant en évidence les conclusions les plus fermes sans passer sous silence les controverses scientifiques, tant il est vrai que la gestion de l’hétérogénéité demeure une problématique complexe pour la recherche en éducation.

  • De l’isolement des enseignants au travail en équipe :les différentes voies de construction de l’accord dans les établissements
    No 23 (2003)

    L’analyse des établissements scolaires et de leur management apparaît depuis plus d’une décennie comme un thème privilégié dans la recherche en éducation. Autour notamment du courant « School effectiveness », il est recommandé aux chefs d’établissement d’investir dans l’animation pédagogique de leur équipe et de favoriser le travail collectif entre enseignants, afin de construire un projet pour l’école autour d’une vision partagée de l’éducation. Cet article met en évidence la distance qui semble présente entre de telles recommandations et les pratiques sociales dans les écoles. Cet écart est dans un premier temps discuté à partir d’une analyse de l’environnement organisationnel et institutionnel des écoles. Dans un second temps, à partir de données empiriques collectées en Belgique francophone, l’auteur ouvre une discussion sur la pluralité des modes de construction de l’accord au sein des équipes éducatives.

  • Un enseignement secondaire technique et professionnel (dé)valorisé?
    No 22 (2003)

    La question de la dévalorisation des filières qualifiantes de l’enseignement secondaire en Communauté française préoccupe beaucoup d’observateurs de ce secteur. Le but de notre communication est de contribuer à cette réflexion à la lumière d’informations sur la manière dont le marché du travail valorise (ou non) les diplômés de ces filières, relativement aux diplômés de l’enseignement général. Ces diplômés souffrent-ils d’une pénalité ou d’une prime en termes de salaire ? Se distinguent-ils surtout par un taux d’emploi particulier ? Doit-on distinguer les diplômés de l’enseignement technique de ceux du professionnel ? A-t-on des indices d’une évolution en fonction de la génération concernée ? Comment les choses se  différencient-elles selon le genre (homme/femme) et selon la région (Flandre/Wallonie-Bruxelles) ? Quels sont enfin les enseignements que l’on peut tirer de ces observations s’agissant des politiques de l’enseignement initial, celles qui concernent l’insertion professionnelle ou plus globalement le fonctionnement du marché du travail ? Nous utilisons pour tenter de répondre à ces questions les données 1995 du PSBH (Panel Survey of Belgian Household).

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