S’arranger avec l’Église ?

Pluralités contraceptives chez les catholiques pratiquant·e·s en France

  • Marion Maudet Université Lumière Lyon 2, Centre Max Weber, France
  • Cécile Thomé Institut national d’études démographiques, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, France
Mots-clés: catholicisme, contraception, couple, genre, nature

Résumé

En décembre 1967 est votée en France la loi Neuwirth, qui légalise l’utili- sation de la contraception médicale. Or, à la surprise de la communauté catholique qui espérait qu’elle soit également autorisée par le magistère romain, paraît en 1968 l’encyclique Humanae Vitae, qui réaffirme l’opposition de l’Église à l’utilisation de ces méthodes médicales. La communauté catholique se divise alors entre une majorité de fidèles souhaitant pouvoir utiliser des méthodes contraceptives médicalisées et une fraction plus réduite participant au développement et au perfectionnement des méthodes d’auto-observation (MAO), seules méthodes autorisées par l’Église, et les utilisant. Cinquante ans plus tard, cet article a pour objectif d’expliquer les logiques contraceptives contemporaines des catholiques pratiquant·e·s et d’interroger l’étanchéité des positions à l’égard de la contraception, entre méthodes médicales et MAO, à partir de l’analyse d’une trentaine d’entretiens menés auprès de cette population. Il analyse la diversité des parcours contraceptifs et la pluralité des discours justifiant l’utilisation des méthodes médicales et non médicales, en montrant que la position de l’Église peut être mise à distance même par les catholiques pratiquant·e·s. Il resitue en particulier leurs choix en matière de contraception dans des représentations plus larges concernant le couple, le genre, la sexualité ou encore ce que serait la « nature », en mettant en évidence que le dogme religieux ne constitue qu’une justification parmi d’autres de pratiques diverses et pouvant évoluer au cours de la vie.

Biographie des auteurs

Marion Maudet, Université Lumière Lyon 2, Centre Max Weber, France

Maîtresse de conférences en sociologie-démographie à l’Université Lumière Lyon 2 et au Centre Max Weber (UMR 5283). Sa thèse, soutenue en 2019, porte sur les conduites sexuelles des catholiques et des musulman·e·s en France, des années 1970 aux années 2010. Ses travaux actuels prolongent les questionnements autour du couple, de la sexualité, du genre et des religions. Elle enseigne, en particulier, les méthodes quantitatives, qu’elle utilise aussi dans ses travaux. Elle participe, en outre, au projet de recherche ANR CIESCO (sous la direction de Alexis Spire, 2020-2021) sur le rapport aux institutions à l’épreuve de la pandémie de Covid-19.

Cécile Thomé, Institut national d’études démographiques, Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux, France

Docteure en sociologie (EHESS, Iris), elleconsacre ses recherches à la contraception, la sexualité ainsi qu’aux rapports de genre et de classe. Sa thèse, soutenue en 2019, interroge les recompositions de la sexualité hétérosexuelle et des rapports de genre en France, depuis les années 1960, dans un contexte de généralisation de l’utilisation de la contraception médicale. Elle effectue actuellement, à l’INED, un postdoctorat de deux ans consacré à l’analyse des effets du rapport au corps et à la santé dans les choix contraceptifs des jeunes femmes, en France. Il s’agit en particulier d’interroger le contexte contemporain de remise en cause des méthodes de contraception hormonales. Elle est attachée à l’Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux (IRIS).

Publiée
2021-07-06
Comment citer
Maudet, M. et Thomé, C. (2021) « S’arranger avec l’Église ? », Emulations - Revue de sciences sociales, (38), p. 69-85. doi: 10.14428/emulations.038.05.