L’énigme de Goodman face à l’indistinction nomologique

  • Julien Tricard Sorbonne Université

Résumé

Lorsque Goodman expose sa « nouvelle énigme de l’induction », il veut la distinguer d’un vieux problème, celui de la justification du principe d’uniformité de la nature : peut-on montrer que le futur ressemblera au passé, et que ce qui vaut jusqu’aujourd'hui comme loi de la nature continuera de valoir comme tel à l’avenir ? C’est avec toutes ces vieilles questions que Goodman entend rompre, en posant la question des généralisations légitimes et des prédicats projectibles. A quelles conditions, et pour quelles raisons, peut-on dire que certaines généralisations sont confirmables par leurs instances observées (i.e. nomologiques), contrairement à d’autres qui sont pourtant empiriquement équivalentes ? Il ne s’agit plus de donner un fondement à l’induction, mais de trouver un critère précis pour distinguer les hypothèses qu’on peut légitimement induire de celles dont l’induction serait absurde. Ainsi présentée, la thèse de Goodman apparaît double. (A) D’une part, il existe un second problème de l’induction, distinct de l’ancien, mais qui reste un authentique problème de l’induction. (B) D’autre part, ce problème est soluble par la définition d’un critère de confirmation empirique, qui permet de distinguer les généralisations susceptibles d’être confirmées par leurs instances, des généralisations non-nomologiques. Nous voulons montrer qu’on ne peut pas à la fois (A) poser le nouveau problème de l’induction et (B) chercher un critère de distinction des hypothèses nomologiques et non nomologiques. En effet, si l’on confronte plusieurs hypothèses ou généralisations à partir des mêmes observations, alors elles doivent être toutes aussi nomologiques les unes que les autres. Inversement, si l’on se donne des hypothèses ou généralisations qui ne sont pas toutes nomologiques, on ne peut pas les comparer au sein d’une même induction, ni donc poser l’énigme de Goodman. Le problème posé en (A) ne trouve donc pas de solution adéquate en (B). Et comme nous acceptons la thèse (A) et l’existence d’un problème goodmanien de l’induction, nous nierons qu’on puisse le résoudre par le type de solutions envisagées en (B). Nous finirons donc par formuler ce problème et le type de solution que, selon nous, il appelle.

Références

BARKER, Stephen F., ACHINSTEIN, Peter. 1960. On the New Riddle of Induction. The Philosophical Review, 69(4), 511-522.

BATES, Jared. 2005. The Old Problem of Induction and the New Reflective Equilibrium. Dialectica, 59(3), 347-356.

CARNAP, Rudolf. 1947. On the Application of inductive logic. Philosophy and Phenomenological Research, 8(1), 133-148.

DORST, Chris. 2016. Evidence, Significance, and Counterfactuals: Schramm on the New Riddle of Induction. Erkenntnis, 81(1), 143-154.

ELGIN, Catherine. 1997. The Philosophy of Nelson Goodman: Selected Essays. Vol. 1 et 2. New York : Garland.

GOODMAN, Nelson. 1946. A Query on Confirmation. The Journal of Philosophy, 43(14), 383-385.

GOODMAN, Nelson. 1954a. The New Riddle Of Induction. In Fact, Fiction and Forecast. London : Athlone Press. 59-83.

GOODMAN, Nelson. 1954b. Prospects for a Theory of Projection. In Fact, Fiction and Forecast. London : Athlone Press. 84-124.

GOODMAN, Nelson. 1961. Safety, Strength, Simplicity. Philosophy of Science, 28(2), 150-151.

GOODMAN, Nelson. 1978. Ways of Worldmaking. Indianapolis : Hackett.

HACKING, Ian. 1993. Goodman’s New Riddle Is Pre-Humian. Revue Internationale de Philosophie, 47(185), 229-243.

HETHERINGTON, Stephen. 2001. Why There Need Not Be Any Grue Problem about Inductive Inference as Such. Philosophy, 76(295), 127-136.

HUME, David. 2008. Enquête sur l’entendement humain. Traduit par M. Malherbe. Paris : Vrin.

ISRAËL, Rami. 2004. Two interpretations of ‘grue’ – or how to misunderstand the new riddle of induction. Analysis, 64(4), 335-339.

KOWALENKO, Robert. 2012. Reply to Israel on the New Riddle of Induction. Philosophia, 40(3), 549-552.

MILL, John Stuart. 1866. Système de logique déductive et inductive. Traduit par L. Peisse. Paris : Ladrange.

PANACCIO, Claude. 1997. Stratégies Nominalistes. In ELGIN Catherine (dir.). The Philosophy of Nelson Goodman: Selected Essays, Vol.1. New York : Garland. 163-172.

POPPER, Karl. 1972. Objective Knowledge, An evolutionary Approach. Oxford : Clarendon.

QUINE, Willard V. 1969. Natural Kinds. In Ontological Relativity. New York : Columbia University Press. 114-138.

RUSSELL, Bertrand. 1989. Problèmes de philosophie. Traduit par F. Rivenc. Paris : Payot.

SCHRAMM, Alfred. 2014. Evidence, Hypothesis, and Grue. Erkenntnis, 79(3), 571-591.

STALKER, Douglas Frank. 1994. Grue! The New Riddle of Induction. Chicago : Open Court

Publié le
2019-03-19
Comment citer
Tricard, Julien. 2019. L’énigme De Goodman Face à L’indistinction Nomologique. Lato Sensu: Revue De La Société De Philosophie Des Sciences 6 (1), 1-15. https://doi.org/10.20416/LSRSPS.V6I1.1.
Rubrique
Article de recherche