De la précarité du travail émotionnel du care

Les apports d'une philosophie morale féministe à l'analyse de la précarité du travail

  • Nina Sahraoui Institut universitaire européen, Florence, Italie
##plugins.pubIds.doi.readerDisplayName##: https://doi.org/10.14428/emulations.028.03
Mots-clés: précarité, genre, travail émotionnel, care

Résumé

Partant d’une analyse des expériences quotidiennes de travail de soignant⋅e⋅s racialisé⋅e⋅s employé⋅e⋅s dans le secteur privé des soins aux personnes âgées à Londres, Paris et Madrid, cet article avance que, pour comprendre la précarité vécue par les soignant⋅e⋅s au quotidien et éclairer les multiples vulnérabilités que leur travail engendre, il est nécessaire de repenser la précarité au travail non plus à travers mais à partir du genre. Les apports théoriques d’une philosophie morale féministe permettent ici de faire émerger une compréhension qualitativement genrée des expériences de travail au-delà des inégalités objectivées statistiquement selon le sexe. L’article aborde tout d’abord la non reconnaissance du travail physique et l’invisibilisation du travail émotionnel au travers de l’organisation du travail dans les structures de soins privées. Sont ensuite explorées les implications genrées de l’intensification du travail dans un contexte de privatisation croissante des soins aux personnes âgées. L’article s’attache enfin à faire apparaître comment ces précarités vécues au quotidien révèlent les inégalités genrées et racialisées sur lesquels repose la reproduction sociale des sociétés occidentales contemporaines. Les élaborations théoriques de cet article sont fondées sur l’analyse de 82 entretiens avec des soignant⋅e⋅s racialisé⋅e⋅s réalisés dans le cadre d’un travail doctoral.

Biographie de l'auteur

Nina Sahraoui, Institut universitaire européen, Florence, Italie

Actuellement chercheuse postdoctorale associée à l’Institut universitaire européen dans le cadre du projet EU Border Care. Ce projet consiste en une étude comparative des soins de maternité pour les femmes migrantes sans papiers dans les territoires frontaliers de l’Union européenne. Nina a précédemment bénéficié d’un fellowship Marie Sklodowska-Curie à l’Université métropolitaine de Londres. Sa recherche doctorale a porté sur les expériences des travailleuses migrantes employées dans le secteur du care à Londres, Paris et Madrid, menant à une analyse en termes d’économie politique genrée de l’articulation des régimes d’emploi, de care et de migrations. Nina a également mené des recherches sur les diasporas, la mobilisation transnationale et la thématique migration/développement, notamment en lien avec le cas marocain. Parmi ses publications récentes, l’ouvrage coédité avec Megha Amrith Gender, Work and Migration. Agency in Gendered Labour Settings a été publié en 2018 chez Routledge.

Publiée
2019-02-20
Comment citer
Sahraoui, N. (2019) « De la précarité du travail émotionnel du care », Emulations - Revue de sciences sociales, 0(28), p. 31-45. doi: 10.14428/emulations.028.03.