L’accès aux soins des migrants primo-arrivants

Les soignants face aux discriminations dans l’expérience de la maladie chronique (VIH) en France

  • Sylvie Morel Université de Nantes, Centre nantais de sociologie (CENS, UMR 6025).
  • Victoire Cottereau MIGRINTER (UMR 7301), Université de Poitiers.
Mots-clés: migrants primo-arrivants, accès aux soins, VIH/SIDA, discrimination, maladie chronique

Résumé

Cet article vise à montrer comment les professionnels hospitaliers s’orga- nisent pour prendre en charge les patients migrants primo-arrivants atteints du VIH/ SIDA dans un contexte de travail doublement contraint par les politiques migratoires sécuritaires et les politiques gestionnaires (in)hospitalières qui complexifient l’accès aux soins et leur continuité. L’analyse repose sur un matériau de recherche composé d’entretiens semi-directifs réalisés auprès de migrants et de professionnels des sec- teurs médical et social. Nous découvrons tout d’abord comment les précarités rendent difficiles la découverte de la maladie et l’accès aux soins. Puis, nous montrons que, face à ces situations, les professionnels inventent des solutions qui sont parfois à la limite de la légalité, afin de rendre effectifs l’accès aux traitements et la continuité des soins. Ces « pratiques buissonnières » signent l’existence d’une lutte silencieuse menée contre les inégalités et les discriminations dans l’accès aux soins des migrants.

Biographie des auteurs

Sylvie Morel, Université de Nantes, Centre nantais de sociologie (CENS, UMR 6025).

Maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Nantes et chercheuse au Centre nantais de sociologie (CENS, UMR 6025). Spécialisée en sociologie de la santé et des inégalités sociales, elle a travaillé notamment sur les inégalités sociales et géographiques d’accès aux soins d’urgence et l’accès aux soins des migrants primo-arrivants atteints de VIH et d’hépatites. Depuis 2020, elle participe à une recherche interdisciplinaire financée par l’Institut national du cancer, en collaboration notamment avec l’IRDES et les chercheuses Delphine Moreau, Anne Vega et Ibtissem Ben Dridi. Cette étude vise à repérer et comprendre les facteurs à l’origine de la surmortalité dans le cancer des personnes avec des troubles psychiques sévères. Parallèlement, Sylvie Morel mène des recherches sur la télémédecine d’urgence. S’inscrivant dans la continuité de ses analyses consacrées aux inégalités géographiques d’accès aux soins d’urgence, cette étude vise à interroger les effets de l’usage des outils connectés sur le travail et la santé des professionnels, mais aussi sur la qualité et le vécu des soins par les patient·e·s.

Victoire Cottereau, MIGRINTER (UMR 7301), Université de Poitiers.

géographe, enseignante au Centre universitaire de formation et de recherche de Mayotte (CUFR) et chercheuse associée au Laboratoire MIGRINTER (UMR 7301). Spécialisée en géographie de la santé et des migrations internationales, elle a travaillé sur les parcours et les carrières des praticiens à diplôme hors Union européenne (PADHUE) exerçant dans les hôpitaux publics français. Par la suite, elle s’est également penchée sur les trajectoires de soins et l’expérience des migrants primo-arrivants atteints de maladie chronique (VIH et hépatites) en France dans le cadre de la recherche ANR MIGSAN. Actuellement, elle mène des travaux sur les inégalités sociales de santé en contexte migratoire et conduit une recherche sur les consomma- teurs de drogues (Chimik) à Mayotte.

Publiée
2020-12-30
Comment citer
Morel, S. et Cottereau, V. (2020) « L’accès aux soins des migrants primo-arrivants », Emulations - Revue de sciences sociales, (35-36), p. 81-94. doi: 10.14428/emulations.03536.06.