Retour critique sur le modèle de ségrégation urbaine de Schelling

  • Michel Forsé CNRS, Centre Maurice Halbwachs, France.
  • Maxime Parodi Sciences Po, OFCE, France.
Mots-clés: ségrégation spatiale, simulations, entropie, modèle dynamique

Résumé

Dans les années 1970, Thomas C. Schelling a proposé un modèle pour expliquer le lien entre ségrégation spatiale et préférences individuelles concernant cette ségrégation. Au moyen de simulations, il cherche à montrer qu’un haut niveau de ségrégation globale peut être le résultat collectif de décisions individuelles qui sont loin de viser une telle ségrégation. Cet article montre cependant que les contraintes structurelles du modèle expliquent intégralement les niveaux de ségrégation atteints. Une faible exigence individuelle pour s’entourer de voisins identiques conduit à une ségrégation collective faible et une exigence forte conduit à une ségrégation forte. Les niveaux de ségrégation correspondant à un seuil donné de satisfaction individuelle n’ont rien de surprenant au regard des lois du hasard et de ce que chaque individu souhaite réellement. Le modèle de Schelling ne permet pas de conclure que, de manière générale, de larges ghettos naissent d’innocentes décisions. Ses caractéristiques sont trop particulières pour pouvoir en tirer des enseignements généraux. S’il faut expliquer la formation des « ghettos urbains », il vaut mieux se tourner vers des causes sociales, économiques ou culturelles.

Biographie des auteurs

Michel Forsé, CNRS, Centre Maurice Halbwachs, France.

Normalien et docteur ès lettres et sciences humaines, est directeur de recherche au CNRS et membre du Centre Maurice Halbwachs (CNRS, ENS, EHESS.) Ses recherches ont d’abord porté sur l’analyse macrosociologique du changement et les réseaux sociaux. Depuis les années 2000, il se consacre principalement à l’analyse de la perception des inégalités et de la justice sociale. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur ce sujet comme, par exemple, avec Maxime Parodi, La priorité du juste (PUF, 2004) ou Une théorie empirique de la justice sociale (Hermann, 2010).

Maxime Parodi, Sciences Po, OFCE, France.

Chargé d’études sociologiques à Sciences Po, à l’OFCE. Ses recherches portent notamment sur les représentations de la justice sociale et des inégalités économiques, sur les discriminations ainsi que sur la réflexivité de l’acteur, la monnaie et l’Union européenne. Il a publié, entre autres, La modernité manquée du structuralisme (PUF, 2004) et, avec Michel Forsé, Une théorie empirique de la justice sociale (Hermann, 2010) et, à paraître, Le sens du juste (Hermann, 2020).

Publiée
2019-11-15
Comment citer
Forsé, M. et Parodi, M. (2019) « Retour critique sur le modèle de ségrégation urbaine de Schelling », Emulations - Revue de sciences sociales, (31), p. 91-104. doi: 10.14428/emulations.031.07.