« Qui se présente bien ? Qui dit les choses de la bonne façon ? »

Le professionnalisme paradoxal de la parole militante contre le racisme

Auteurs

  • Khaoula Zoghlami Université Laval

DOI :

https://doi.org/10.14428/rcompro.vi17.87433

Mots-clés :

professionnalisme, porte-parole, racisme, antiracisme, débattabilité du racisme, phénoménologie critique

Résumé

La débattabilité du racisme est une caractéristique des sociétés post-raciales où le racisme est à la fois une source de fascination et l’objet d’un déni politique. Cette notion désigne l’excès de bruit et le bavardage médiatique faisant en sorte que plus l’on parle de racisme, plus il devient un phénomène insaisissable, ambigu et confus. Dans cet article, j’adopte une perspective phénoménologique critique en m’intéressant aux expériences des porte-parole de l’anti-racisme au Québec qui vivent cette attention médiatique récursive et répétitive et doivent régulièrement s’y confronter et la naviguer. Plus précisément, je m’intéresse à la manière dont le professionnalisme, conçu comme un mécanisme disciplinaire, et un ensemble de processus matériels, discursifs et réflexifs, habiliterait (ou pas) les porte-parole à communiquer à propos du racisme, à naviguer sa débattabilité, et à négocier les contraintes communicationnelles de la blanchité et de la racialisation. L’analyse thématique de quinze entretiens semi-dirigés a fait émerger la prédominance d’une conception du professionnalisme comme munition et ressource protectrice (politique, émotionnelle et rhétorique) qui permet de survivre dans les sables mouvants de la débattabilité du racisme. Ce professionnalisme est toutefois paradoxal, puisqu’en même temps qu’il habilite les porte-parole à jouer leur rôle, il contribue à standardiser le registre discursif de l’antiracisme et à hiérarchiser les pratiques communicationnelles qui le caractérisent.

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Publiée

2026-06-05