No 102 (2015): Autonomie des universitaires, autonomie des universités

Le concept d’autonomie occupe une place centrale dans les travaux sur l’enseignement supérieur, qu’ils se situent en sociologie des professions ou en théorie des organisations. Dimension considérée comme caractéristique de la condition académique par les académiques eux-mêmes, présentée comme facteur explicatif principal de la forme organisationnelle des universités, elle est souvent également mise en avant dans les questions de recherche des travaux sur l’enseignement supérieur : En quoi est-elle caractéristique d’une certaine forme organisationnelle ? Constitue-t-elle le facteur explicatif des supposées difficultés à faire changer les universités? Comment est-elle visée plus ou moins directement par les réformes ? Est-elle réellement menacée? Dans ce contexte, il nous a paru intéressant de revenir sur cette notion, tout d’abord en précisant quelles conditions d’activités concrètes elle a désigné au cours de l’histoire, puis en discutant son caractère quelque peu réifié et générique dans les recherches sur la transformation des universités, pour finalement proposer des éléments de relativisation de la notion d’autonomie, notamment d’un point de vue épistémique.

Le premier objectif de ce travail est donc de rappeler que l’« autonomie » qui s’est en effet quelque peu émancipée de ses conditions concrètes d’existence pour acquérir une dimension générique décrivant la condition académique, revêt des réalités concrètes différentes selon les pays et les époques. Le second objectif est de réfléchir à la place de l’autonomie dans les recherches sur l’enseignement supérieur et de montrer à quel point cette dimension a été centrale dans les études organisationnelles sur les universités, ainsi que de réfléchir à la manière dont elle oriente la construction des questions de recherche sur le sujet. Ces deux axes invitent à reconsidérer la place de l’autonomie à la fois dans la réalité de la condition universitaire et dans les recherches organisationnelles sur l’enseignement supérieur. Il s’agit donc d’élargir la focale sur les universités comme objet d’étude, de les resituer dans un paysage institutionnel et social plus large, afin de repenser et peut-être renouveler les questions de recherche permettant de les étudier.

Publiée: 2020-03-05

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