“Mariés au premier regard” en direct des Archives générales du Royaume de Belgique, ou comment le mariage permet d’échapper à ses obligations citoyennes.
DOI:
https://doi.org/10.14428/rqj2024.12.01.04Keywords:
Nuptialité, Comportements matrimoniaux, 19e siècle, Belgique, contrôle socialAbstract
Si le principe de l’émission de télé-réalité ‘Mariés au premier regard’ est aujourd’hui décliné dans de nombreux programmes télévisés à travers le monde, le concept sous-jacent n’est pas entièrement nouveau. Celui-ci aurait émergé sous une forme un peu spécifique au 19e siècle ce qui, d’une certaine manière, remettrait en cause les idées reçues qui caractérisent d’emblée et très largement ces anciennes sociétés comme étant beaucoup plus standardisées qu’elles ne le sont aujourd’hui. Au XIX e siècle, et plus particulièrement dans les premières décennies, les mariages ‘arrangés’ existaient, transgressant radicalement les règles matrimoniales de l’époque pourtant sévèrement contrôlées par des institutions comme l’Eglise ou les communautés. Il n’était ainsi pas rare que des mariages, réalisés en série le même jour, unissaient deux personnes qui avaient peu en commun d’un point de vue sociodémographique. De telles unions, bien qu’à contrecourant avec les pratiques usuelles, étaient en outre attestées par l’officier d’état civil et les témoins présents. Elles duraient quelques mois ou quelques années tout au plus, sans déboucher sur la naissance d’enfants et se soldaient par le veuvage du jeune homme, qui se remariait ensuite très rapidement et fondait une famille nucléaire traditionnelle. Les parallèles avec l’émission actuelle ‘Mariés au premier regard’ sont évidents ! Cet article s’appuie sur une présentation descriptive de ces unions surprenantes dans le contexte du XIXe siècle, et plus particulièrement dans la région de l’Entre-Sambre-et-Meuse, au sud-ouest de la province belge de Namur. Qui sont ces hommes et ces femmes qui ont choisi de se marier en transgressant toute une série de règles sociales et morales ? Et que deviennent-ils une fois mariés ? Au-delà du caractère anticonformiste et anecdotique de ces unions, nous nous en emparerons pour interroger le rôle du contrôle social et normatif dans les comportements matrimoniaux au XIXe siècle.
Abstract
While the premise of the reality TV show Married at First Sight has since been adapted in numerous television programmes worldwide, the underlying concept is not entirely new. In fact, it may have emerged in a somewhat specific form in the 19th century, which, in a way, challenges the common assumption that these past societies were far more standardised than they are today. In the 19th century, particularly in its early decades, “arranged” marriages existed, radically defying the strict matrimonial rules of the time, which were tightly controlled by institutions such as the Church or local communities. It was not uncommon for marriages—conducted in batches on the same day—to unite two individuals with little in common from a sociodemographic perspective. Such unions, though at
odds with customary practices, were nonetheless recorded by the civil registrar and witnessed by those present. They lasted only a few months or years at most, produced no children, and ended with the young man’s “widowhood,” after which he would remarry quickly and establish a traditional nuclear family. The parallels with the modern-day show Married at First Sight are striking! This article provides a descriptive account of these surprising unions in the context of the 19th century, focusing specifically on the Entre-Sambre-et-Meuse region in the southwest of the Belgian province of Namur. Who were these men and women who chose to marry in defiance of a whole set of social and moral norms? And what became of them after marriage? Beyond the unconventional and anecdotal nature of these unions, we will use them to examine the role of social and normative control in 19th-century matrimonial behaviour.
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