Numéro 122 - mars 2016

Les Belges propriétaires de leur logement restent-ils plus longtemps au chômage ?

  • Stijn Baert
  • Freddy Heylen
  • Daan Isebaert
Mots-clés: Economie régionale et géographique, Marché du travail, emploi et chômage

Résumé

Plus de 70 % des ménages belges sont propriétaires de leur logement. Un chiffre qui situe notre pays dans le peloton de tête du classement européen. La propriété immobilière confère une série d’avantages : elle permet aux personnes de garder un niveau de vie décent pendant leur retraite et elle agit positivement sur le développement urbain et la formation des réseaux sociaux. Pourtant, la propriété immobilière peut entraver l’accès au marché du travail.

Les coûts de transaction très élevés associés à l’achat et à la vente d’une habitation ont pour effet de rendre les propriétaires géographiquement moins mobiles que les locataires. En cas de perte d’emploi, les opportunités d’embauche pour les propriétaires seront donc moins nombreuses, ce qui peut entraîner un allongement de la durée d’inoccupation des propriétaires comparativement aux locataires. Stijn Baert, Freddy Heylen et Daan Isebaert, chercheurs à l’Université de Gand, ont précisément tenté de mesurer si le fait d’être propriétaire de son logement a pour effet de ralentir la réinsertion en emploi. Parmi les propriétaires, une distinction a été opérée entre ceux avec ou sans crédit hypothécaire en cours. L’étude se base sur un échantillon d’environ 1.000 citoyens belges dans les années 2000.

L’étude révèle que les personnes qui sont entièrement propriétaires restent le plus longtemps inoccupées, au contraire des propriétaires qui présentent des caractéristiques similaires mais qui sont encore en charge d’un emprunt hypothécaire. La durée d’inoccupation des locataires occupe une position intermédiaire. En termes concrets, les propriétaires sans crédit hypothécaire présentent une probabilité de sortir du chômage de 23 % inférieure à celle des locataires et de 39 % inférieure à celle des créanciers hypothécaires.

Ce résultat peut s’expliquer de la façon suivante. Les frais de logement sont les plus bas pour les personnes entièrement propriétaires et les plus élevés pour les personnes qui remboursent encore leur prêt hypothécaire. Le revenu disponible après déduction des frais de logement sera dès lors, en moyenne, plus faible pour les détenteurs de prêts hypothécaires. Par ailleurs, ces derniers courent le risque de perdre leur habitation en cas de revenu insuffisant. C’est donc les créanciers hypothécaires qui sont le plus incités financièrement à chercher du travail.

Recommandations politiques

Les auteurs formulent quelques recommandations de politique économique basées sur les résultats de leur étude :

La poursuite de la réduction de la déductibilité fiscale des emprunts hypothécaires (le «bonus-logement»).
Une baisse des frais d’acquisition d’un logement conjuguée à un relèvement du précompte immobilier.
Une prime au déménagement à une distance supérieure à un certain seuil et sous certaines conditions bien définies.

Bibliographies de l'auteur

Stijn Baert

Stijn Baert est professeur d'économie à l'Université de Gand et à l'Université d'Anvers, chercheur au SHERPPA (Université de Gand), chercheur associé à l'IRES (UCL) et à l'Institute for the Study of Labor (IZA).

Plus d'information :
http://users.ugent.be/~sbaert/

Freddy Heylen

Freddy Heylen est professeur d'économie à l'Université de Gand et chercheur au SHERPPA (Université de Gand).

Daan Isebaert

Daan Isebaert est chercheur au SHERPPA (Université de Gand)

Publié le
2018-10-12
Numéro
Rubrique
Articles