Appel à contribution: 50 - Les vedettes du sport et des médias

2020-01-17

Dossier coordonné par Gérard Derèze (Université catholique de Louvain) et Damien Féménias (Université de Rouen).

Problématique du dossier

Contemporain de l'avènement du cinéma, Marcel Mauss reconnaît dans la démarche des infirmières celle des actrices américaines, et repère très tôt ce que les usages sociaux doivent aux représentations que l'on en donne. Quelques décennies plus tard, Edgar Morin prolonge cette réflexion et ouvre un champ de recherche ; mais depuis Les Stars, force est de constater que le sens et la place des vedettes, des héros et des idoles, que produisent nos sociétés médiatisées, suscitent des questions complexes et récurrentes.

La problématique proposée à la revue Recherches en communication consiste à comprendre mieux le sens et à identifier la place qu'occupent aujourd'hui, parmi les vedettes du loisir ou du divertissement, les vedettes du sport.

Les vedettes du sport sont des acteurs exceptionnels d'aujourd'hui dont les actes sont mis en récit, et dont les exploits sont rendus hypervisibles par la résonance médiatique. Ces figures médiatiques sont à la fois des figures du loisir (ils cristallisent une façon de s'inscrire dans des usages), des figures de l'excellence et de la performance, les acteurs, les agents et les produits d'une industrie culturelle (le spectacle du sport).

Les vedettes du sport sont des figures - majoritairement masculines - dont la production, la consécration, la médiation et la réception méritent d'être questionnées : participant de ces médiations au sein desquels notre vie quotidienne se trouve réfléchie, ils rappellent que le sport constitue une réalité symbolique où se condensent et s'incarnent des aspirations d'aujourd'hui.

Quelles sont ces aspirations ? Comment passe-t-on de champion à vedette ? Que projetons-nous sur ces figures, qu'attendons-nous d'elles ? Ces champions sont-ils des héros, des stars, des « grands singuliers » ? Quel est leur niveau d'individualisation ? Quels sont, au juste, la nature, la force et le sens des projections et des identifications que ces personnages suscitent ? Quelle est la place qu'ils occupent dans l'espace médiatique ? Quelle place occupent-ils, au-delà du cercle des amateurs de sport, dans le panthéon imaginaire de nos sociétés ? Quelle est la durée de leur exposition ?

Les vedettes sportives sont des figures sociales et médiatiques plus complexes, plus paradoxales et plus ambivalentes qu'on ne le suppose à première vue :

  • les champions sont des héros « en survêtement » : quelle place occupent-ils dans notre panthéon ? Avons-nous encore des héros ?
  • si elles semblent aujourd'hui omniprésentes dans les médias, il serait intéressant de comparer les places qu'effectivement les vedettes du sport occupent (surinvestissement / indifférence), mais aussi les traitements que leur réservent les différents types de supports  médiatiques  (personnage d'un drame qui le dépasse / subjectivité restituée par le portrait) ;
  • si l'économie symbolique de l'héroïsme sportif semble reposer sur des mécanismes récurrents, la consécration « sportive » a historiquement connu des formes successives, et le champion « par procuration » de l'époque aristocratique a cédé la place aux figures modernes du « gentleman amateur » et du « professionnel » (les barrières se transforment en niveaux), avant d'atteindre, avec le développement des médias de l'audiovisuel, l'âge de la « célébrité » (l'élément dégrade l'événement) ; formulé de façon plus théorique, ce glissement de la vocation à la profession, voire à la communication (les vedettes ont des agents), correspond à un changement de régime d'activité et sans doute à une nouvelle économie de la grandeur ;
  • l'histoire médiatique du sport exige d'identifier des périodes, des acteurs et des formes matérielles de consécration : les vedettes n'existent pas hors des dispositifs d'écriture des spectacles sportifs, ni hors de l'élément médiatique dans lequel il s'inscrit ; cette dimension suppose d'identifier des groupes sociaux (journalistes, écrivains, metteurs en scène, fans/supporters, agents de joueurs, sponsors/publicitaires etc.) et des mondes par l'activité desquels le vedettariat sportif advient et évolue ; 
  • les cercles sociaux et médiatiques de la reconnaissance ne sont, pour autant, ni étanches/exclusifs, ni figés : du people(Laure Manaudou, David Beckham, Tiger Woods...) aux affaires (Serge Blanco, Bernard Laporte...), de la politique (Maurice Herzog, Michel Platini) aux mondes de l'art (Jean-Pierre Rives, Eric Cantona, Yannick Noah...), on voit que, parmi les vedettes du sport, il y a lieu de distinguer les périmètres (culturels, sociaux et géographiques) au sein desquels les notoriétés s'établissent ;
  • les vedettes du sport sont aussi des étoiles filantes, et donnent à penser le temps des médias : leurs carrières sportives, éphémères, ne les expose au public que très brièvement ; on peut du même coup interroger ce processus ininterrompu de production de « grands » hommes, mais aussi la manière dont leur « dégradation / disparition » est reçue (sinon attendue : la mémoire et l'oubli) ; par contraste, certaines vedettes s'inscrivent dans la durée : comment ? à quelles conditions ?
  • les vedettes du sport sont bien souvent des personnalités (subjectivités) fuyantes ; la courte durée de leur carrière, le contenu et la portée de leurs paroles (ils agissent plus qu'ils ne parlent, ne disposent souvent que de peu de temps pour « répondre », ne parlent généralement que la langue de bois, ne peuvent et ne doivent rien dire), le cadre standardisé et reproductible (la compétition en série) dans lequel ils s'inscrivent et duquel ils émergent (en faisant « l'événement ») etc. : tout cela invite à questionner le sens, la force et la profondeur des adhésions et des admirations qu'ils suscitent.

Cette série de constats paradoxaux ne prétend pas épuiser le sujet. La production et la réception des vedettes sportives, qui n'ont pas fait ici l'objet de développements, méritent tout autant d'être questionnées. Ce numéro de revue entend surtout montrer combien le sport est une production culturelle riche de significations, un miroir sur lequel se projettent et se réfléchissent les contradictions objectives et les difficultés subjectives de notre condition anthropologique.

Modalités de réponse à l'appel à proposition d'articles :

Les auteurs souhaitant soumettre un article sont invités à prendre connaissance des articles déjà publiés dans le dossier.

Cet appel est ouvert jusqu'au 20 avril 2020. Les auteurs sont invités à soumettre la version complète de leur article (maximum 40 000 signes) sur le site de la revue, avant l'échéance de l'appel.

Les articles seront vérifiés par l'auteur pour garantir l'anonymat (voir rubrique « identification des auteurs dans le manuscrit » des consignes aux auteurs de la revue). Les directeurs du numéro évaluent l'adéquation de la proposition avec la thématique de l'appel et en cas d'acceptation de celle-ci, la soumettent à l'évaluation en « double-aveugle » par le comité de lecture de la revue. 

Les articles soumis et acceptés pour publication dans ce dossier sont publiés un à un sur le site, au moment de leur finalisation, sans attendre que l'ensemble du dossier soit prêt à être publié.

Consignes de rédaction de l'article dans sa version finale : 40 000 signes maximum par article (espaces et références comprises, résumé et mots-clés non compris). Les modalités de présentation complètes sont disponibles sur le site.

Contacts :

Gérard Derèze

gerard.dereze@uclouvain.be

Damien Féménias

damien.femenias@univ-rouen.fr