« C’est tellement plus facile d’obtenir
des confidences sur un oreiller » :
le mythe de la salope chez les journalistes
sportives québécoises
Marilou St-Pierre, PhD,
Chercheur postdoctoral,
École des sciences de l’activité physique,
Université d’Ottawa
stpierre.marilou@gmail.com
92 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Résumé
Les journalistes sportives évoluent dans un milieu hétérocentré où les relations
qu’elles entretiennent avec les athlètes sont scrutées à la loupe. Dans cet article, nous
verrons qu’entre 1970 et 2015, le mythe de la « salope », soit l’idée répandue selon
laquelle les journalistes sportives choisiraient ce métier dans le but d’entretenir des
relations intimes et sexuelles avec les sportifs, s’est peu à peu implanté au Québec. Ce
mythe crée un double standard entre ce qui est perçu comme une pratique légitime pour
les hommes et ce qui est acceptable pour les femmes, en plus de faire des journalistes
sportives les gardiennes de la moralité dans un environnement où les demandes à leur
égard sont contradictoires.
Mots clés : Journalisme sportif, femmes, sexualité, sources, mythe
Abstract
Women sports reporters work in an heterocentric eld. Their relationships with male
athletes are under strict observation. In this article, we will see how the « slut myth
» was created and perpetuated between 1970 and 2015 in the province of Quebec.
The heart of the myth is the idea that women sport reporters choose this eld with
the sole objective to develop sexual and sentimental relationship with male athletes.
The myth created a double standard between legitimate professional practices for
men and women. Women sport reporters emerged as guardian of the morality in an
environment where they received contradictory requests.
Keywords: Sports journalism, women, sexuality, myth
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 93
Le métier de journaliste implique d’établir des contacts avec des sources d’infor-
mation diversiées. Avoir un bon capital social, pour reprendre le concept bour
dieusien, permet à la fois de se démarquer et de contourner à l’occasion les sources
ocielles pour obtenir des informations privilégiées. Les journalistes sportifs
n’échappent pas à cet impératif. Dans cette spécialité journalistique comme dans
les autres spécialités, les professionnels de l’information doivent être en mesure de
créer des liens avec les athlètes et les diérents acteurs qui gravitent autour de ces
derniers et des organisations sportives. Ce réseau de contacts permet entre autres aux
journalistes de beat
1
de remplir leur mandat, même lorsque les actualités se font rares.
Le journalisme sportif se distingue toutefois des autres spécialités dans le statut que
confère la proximité – sinon l’amitié – avec les sources. Prenons le cas par exemple
des reporters de guerre. Markham (2011) rapporte que les journalistes qui sont vus
comme des gures d’autorité dans la profession et qui possèdent un fort capital sym
bolique auprès de leurs collègues sont ceux qui achent le plus d’autonomie par
rapport à leurs sources. Markham fait référence entre autres à la dépendance aux
forces armées achée par certains reporters déployés en zone de guerre. La proximité
achée entre journalistes de guerre et forces armées a soulevé plusieurs critiques
par rapport à la capacité des reporters de faire leur travail adéquatement. Comment
assurer une couverture autonome du conit alors que les militaires décident de ce que
peuvent ou non voir les journalistes ?
En sport, cette proximité va, au contraire, servir à mettre en avant certaines per-
sonnalités des médias sportifs en leur conférant le statut réputé d’« insider ». Par
exemple, Renaud Lavoie et Pierre LeBrun jouissent de ce statut respectivement chez
TVA Sports et à TSN/RDS
2
dans les dossiers touchant la Ligue nationale de hockey
(LNH). Ce faisant, ils bénécient de plusieurs tribunes pour s’exprimer et vont
rarement voir leur statut remis en question par leurs pairs – du moins publiquement.
De plus, jusque dans les années 1990, les journalistes sportifs achaient sans gêne
leur proximité avec les athlètes. Richard Milo, qui a longtemps couvert le baseball
professionnel, expliquait au Trente
3
, au printemps 2011, l’importance de la pratique
des discussions informelles autour d’un verre :
Il fut un temps, au baseball, où une visite régulière au bar de l’hôtel pour un verre
ou deux faisait partie de la routine d’un journaliste aecté à la couverture d’une
équipe professionnelle. Il y a une trentaine d’années, c’était au bar qu’on retrouvait
des collègues, des membres de l’organisation qui s’y arrêtaient ou, encore, des
joueurs et des instructeurs à leur retour à l’hôtel. La boisson déliant les langues, il
1 Un beat journalistique décrit une thématique particulière à laquelle un journaliste est assignée. Par
exemple, en sport, un journaliste peut être aecté au beat d’une équipe ou d’une ligue.
2 TVA Sports, TSN et RDS sont des chaînes télévisées spécialisées sportives canadiennes.
3 Le Trente est un magazine fait par et pour les journalistes québécois.
94 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
s’agissait d’une méthode éprouvée. Tant et si bien, d’ailleurs, que les journalistes
d’alors s’oraient pour payer les consommations (s.p.).
En 1992, le chroniqueur sportif Réjean Tremblay disait qu’il allait « dans des
tavernes, à Bualo, [s]’asseoir avec les gars, jaser, prendre un coup... » (Martineau :
1992, 16) et parfois dans des bars de danseuses nues à Calgary.
La normalisation de ces pratiques ne signie pas pour autant que ces dernières ne
soient jamais remises en question. D’une part, elles le sont par le reste de la profession
journalistique (Rowe, 2007), qui voient dans ces pratiques des entorses au « bon »
journalisme. D’autre part, elles sont aussi critiquées en interne, lorsque des journalistes
sportifs pointent du doigt des confrères ou des pratiques qu’ils jugent contraire aux
règles implicites du bon journalisme sportif (Robillard, 1983). Toutefois, les critiques
n’empêchent pas nécessairement certaines pratiques d’avoir lieu pendant un temps ou
d’autres de s’implanter durablement.
Mais est-ce que tous les journalistes sportifs ont accès à ces pratiques ? Plus préci-
sément, est-ce que les journalistes sportives, ces femmes qui parviennent à percer
dans un domaine encore aujourd’hui fortement connoté au masculin, peuvent
se permettre ces pratiques de proximité avec leurs sources ? Dans ce domaine
d’activité où la binarité homme/femme est saillante, où les rapports de pouvoir
genrés se font omniprésents et où l’hétérocentrisme – c’est-à-dire la conception que
tous les individus sont hétérosexuels et que les rapports entre hommes et femmes
s’inscrivent systématiquement dans cette matrice (Butler, 1990) – domine, comment
les journalistes sportives parviennent-elles à naviguer entre capital social et capital
symbolique ?
Dans le cadre de cet article, je propose, à partir des récits de 20 journalistes sportives
québécoises ayant exercé leur profession de 1970 à 2015, d’analyser les rapports
qu’elles entretiennent avec leurs sources masculines, les pratiques qu’elles jugent
acceptables et l’évolution sur une période de 45 ans de ces pratiques. Nous verrons
qu’avec le temps s’est implanté ce que j’ai nommé le « mythe de la salope », un mythe
qui tend de plus en plus à rétrécir la marge de manœuvre des journalistes sportives
entre comportements jugés professionnels ou non.
1. Les femmes et le sport masculin : hétérocentrisme
et disponibilité sexuelle
Quand une femme entre au vestiaire, automatiquement, les mauvaises langues
disent qu’elle va avoir des relations intimes avec les joueurs. C’est tellement plus
facile d’obtenir des condences sur un oreiller. Ça prend donc des femmes fortes,
capables de s’imposer non seulement comme journalistes, mais aussi comme per-
sonnes. Elles ne doivent laisser aucune place à aucun quiproquo, à aucun doute
(propos d’Albert Ladouceur, recueillis par Suzanne Grenier, 1983, 28).
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 95
Cette citation de feu Albert Ladouceur, journaliste sportif québécois, met en avant
le préjugé – tenace – selon lequel les femmes qui choisissent le journalisme sportif
comme profession le ferait dans le but de développer des relations intimes et sexuelles
avec des athlètes masculins ou du moins, qu’elles utiliseraient la sexualité pour obtenir
des informations exclusives.
Le cas de la journaliste sportive américaine Lisa Olson et le traitement qu’elle a reçu
dans les années 1990 dépeint cette croyance selon laquelle les journalistes sportives
ne seraient pas uniquement dans la profession pour des raisons professionnelles.
Des joueurs des Patriots de la NouvelleAngleterre (NFL) ont accusé la journaliste
d’avoir sciemment regardé leurs parties génitales, d’être une « looker ». « Dans la
culture du vestiaire, ce terme a le sens d’une accusation que les joueurs utilisent pour
désigner un crime unique aux journalistes sportives
4
» (Disch et Kane, 1996, 280,
notre traduction). Olson, même si elle était en fait la cible du harcèlement des joueurs
qui exhibaient leurs organes génitaux, a quitté pendant un temps la profession
5
après
avoir subi du harcèlement de la part des fans, allant même jusqu’aux menaces de mort.
Dans un article du Trente sur le sujet des femmes dans le sport, les journalistes
sportives interrogées jugent pourtant que « rien n’est plus éteignoir qu’un gars qui
revient de la patinoire après s’y être escrimé pendant 60 minutes » (Grenier, 1983, 28),
comme le dit la journaliste sportive Andrée Roy. Danielle Rainville, animatrice et
journaliste sportive, souligne dans le même article, qu’« [i]l existe des cabarets et des
bars pour celles qui désirent jeter un coup d’œil. Si telle était mon intention, je n’irais
certainement pas perdre mon temps dans le vestiaire des équipes de hockey ». Pour
ces femmes, de manière très claire, le vestiaire n’est pas lié à la sexualité et au désir.
Ces témoignages mettent en lumière deux phénomènes intrinsèquement liés.
D’abord, il y a une valorisation explicite de la proximité avec les sources propre
au journalisme sportif, engendrée non seulement par les vestiaires, mais par une
socialisation qui se poursuit dans les bars et autres lieux. Ensuite, lorsqu’il est
question des journalistes sportives dans ces mêmes circonstances, les relations sont
soudainement abordées sous l’angle de la sexualisation. Cette dernière, qui est au
cœur de notre analyse, agit comme révélateur des rapports de pouvoir genrés qui
traversent le sous-champ spécialisé du journalisme sportif. Ces rapports assignent des
rôles genrés aux individus et créent une injonction à la performance de masculinités
et de féminités normatives dans la matrice de l’hétérosexualité obligatoire (Butler,
1990). Avant de m’attarder au cas des journalistes sportives québécoises, je propose
d’observer plus largement le phénomène de sexualisation et de marginalisation des
femmes dans le sport.
4 « [I]n the culture of the locker room, this term has the status of a “charge” that the players understand
to designate a “crime” that is unique to women reporters ».
5 Elle travaille désormais pour The Athletic.
96 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
2. De la fan de sport, à la puck bunny, à la journaliste
sportive : les femmes comme objets sexuels
Les femmes qui gravitent autour des équipes de sport professionnel masculines
font face à un ensemble de stéréotypes qui s’inscrivent eux-mêmes dans une concep-
tion binaire et hétérocentrée des rapports de pouvoir genrés qui dépasse le sport
(Butler, 1990). Esmonde, Cooky et Andrews (2018) notent que les femmes qui
s’iden tient comme fans de sport masculin se voient régulièrement marginalisées.
Cette marginalisation prend essentiellement trois formes. La première repose sur
le stéréotype selon lequel les femmes ne connaissent rien en sport. Cette supposée
méconnaissance du sport marque également les expériences professionnelles des
journalistes sportives. Dans leur étude de 1995, Miller et Miller soulignent que 59 %
des journalistes sportives interrogées arment que les hommes s’attendent à ce
qu’elles en connaissent moins qu’eux en sport (p. 886). Grubb et Billiot (2010), Hardin
et Shain (2006), Hardin et Whiteside (2009) rapportent des cas de gure similaires,
et ce dans les années 2000. Comme le résume Genovese (2015), l’un des plus grands
dés mis sur le chemin des journalistes sportives est « leur constante bataille pour le
respect et la crédibilité » (notre traduction, p. 65).
La seconde source de marginalisation identiée par Esmonde et al. (2018)
provient de l’idée que l’intérêt que portent les femmes au sport serait dû à l’inuence
qu’exerce leur mari ou leur petit ami sur elles ou à leur désir de trouver un petit ami
en fréquentant les événements sportifs. Or, comme l’ont souligné Gantz et Wenner
(1995), si l’expérience de consommation de sport des hommes et des femmes dans
un ménage hétérosexuel peut diérer, les deux chercheurs notent peu de diérences
dans le comportement des personnes s’identiant comme fans, par exemple dans leur
engagement, que ces personnes soient des hommes ou des femmes. Dans une enquête
précédente (1991), les deux chercheurs nuancent également les résultats diérenciés
selon les sexes quant à l’expérience et l’engagement envers le sport en signalant que
les rôles genrés sont susceptibles d’inuencer les résultats obtenus :
Les hommes sont encouragés à pratiquer le sport, à imiter les vedettes sportives,
et à encourager leurs équipes préférées. Acher les signes d’une compétitivité
féroce a longtemps été acceptable pour les hommes. Les femmes qui achent cette
compétitivité ont longtemps été mises en garde de réfréner leurs ardeurs, et d’être
ères de leur beauté tranquille plutôt que de leur exaltation (Gantz et Wenner,
1991, 241, notre traduction)
6
6 Males have been pushed to participate in sports, emulate star athletes, and root for their favorite
teams. To manifest signs of being ercely competitive has long been acceptable for males.
Competitive women have long been cautioned and urged to dose their re and keep it within, to take
pride in quiet beauty rather than strudent exaltation (Gantz et Wenner, 1991, 241).
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 97
Dans une enquête menée auprès de couples hétérosexuels au Danemark, Frandsen
(2010) s’est intéressée à la consommation télévisée de handball, un sport très populaire
dans ce pays. La chercheuse relève que si les femmes achent des connaissances
simi laires, sinon identiques à celles de leur compagnon, elles vont tendre dans leurs
discours à diminuer leurs propres connaissances, en déclarant qu’elles ne sont pas
des expertes. « La manière dont les hommes approchent le sport est considérée
comme la “vraie façon d’être un téléspectateur sportif, même si dans les faits, les
femmes démontrent directement et indirectement le même engagement et les mêmes
connaissances du jeu et des joueurs que les hommes » (Frandsen, 2010, 63, notre
traduction)
7
.
Ces diérentes études permettent de saisir que les femmes n’ont pas besoin d’avoir
un compagnon pour s’intéresser au sport. Les diérences perçues entre hommes et
femmes doivent être traitées avec circonspection puisque celles-ci peuvent prendre
racine non pas dans l’intérêt pour le sport, mais plutôt dans des rapports de pouvoir
genrés et une socialisation genrée qui précède la consommation sportive et en vient à
moduler celle-ci.
La troisième et dernière source de marginalisation identiée par Esmonde et al.
(2018) repose sur la perception que les femmes regardent le sport parce qu’elles sont
attirées physiquement par les athlètes masculins. Gee (2013) de même que Sveinson,
Hoeber et Tooletti (2019) relèvent le même stéréotype qui fait des femmes des fans
illégitimes et peu intéressées par le sport en lui-même. Il serait donc irréconciliable
pour les femmes d’être à la fois des fans qui apprécient le sport, le spectacle sportif,
qui connaissent bien les règles, les joueurs, etc., et de trouver les joueurs beaux et
de ressentir un désir pour ces derniers. La sexualité des femmes – plus précisément
leur hétérosexualité – doit donc être contrôlée par un processus de délégitimation
de leur statut de fan. Esmonde et al. (2018) soulignent que les femmes, par le biais
de leur sexualité, sont présentées comme une menace potentielle parce qu’elles
auraient le pouvoir de faire passer le sport d’un champ d’activité asexué à un champ
d’activité sexualisé. Or le sport est sexualisé, mais cette sexualisation est acceptée,
sinon valorisée, lorsqu’elle implique le désir masculin hétérosexuel. Par exemple, la
présence des cheerleaders peu vêtues sur les lignes de côté des matchs de football
professionnel, ou encore les bars sportifs qui privilégient des serveuses peu vêtues
(par exemple, la chaîne Hooters), sexualisent le sport, mais dans ce cas, le tout est
accepté car situé dans la matrice hétérosexuelle du regard masculin (male gaze).
7 «Men’s approach to sport is considered the “true way” to be a sports viewer, regardless of the
fact that many of the women directly or indirectly demonstrate both extensive engagement with and
knowledge of the game and the players ».
98 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Dans l’univers du hockey sur glace, cette délégitimation des femmes fans a aussi
pris la forme de l’accusation de « puck bunnies ». Ce terme péjoratif
8
désigne les
femmes amateures de hockey sur glace, que l’on soupçonne de s’intéresser au
sport uniquement dans le but de développer une relation intime de nature sexuelle
avec les joueurs. Elles seraient par le fait même des fans « non authentiques » pour
reprendre les mots de Crawford et Gosling (2004). Le sport étant fortement marqué
du sceau de l’hétérocentrisme, seules les femmes sont aublées du surnom de « puck
bunnies » ; l’homosexualité et les désirs homoérotiques sont évacués. Crawford et
Gosling (2004), dans une étude ayant pour sujets des amateurs de hockey sur glace en
GrandeBretagne, n’ont pas observé de diérence entre le niveau d’engagement des
hommes et des femmes qui se présentent comme des fans de hockey et qui assistent
physiquement aux rencontres de leurs équipes préférées, ce qui n’empêchent pas les
femmes de se faire aubler de ce surnom péjoratif qui remet en question les véritables
raisons de leur amour du sport. L’image de la « puck bunny » n’est pas seulement une
aaire de fans ; elle est également entretenue par les entraîneurs qui n’hésitent pas
à mettre en garde les joueurs contre ces femmes qui seraient des distractions sur le
chemin du succès (Allain, 2008).
De la fan de sport qui n’en serait pas vraiment une, à la « puck bunny », à la journaliste
sportive peu professionnelle qui souhaite se « rincer l’œil » ou entretenir des relations
intimes avec les athlètes masculins, il n’y a qu’un pas qui, comme le révèlent les
citations de journalistes sportifs mentionnées plus haut, est allègrement franchi. Les
femmes qui gravitent autour du monde du sport professionnel, y compris celles qui
y sont à des ns professionnelles comme les journalistes sportives, sont sexualisées,
réduites au rôle secondaire d’objets de tentation pour les athlètes masculins, eux dont
le désir est légitimé. Les journalistes sportives n’ont pas à se rendre « coupables » de
ce qu’on leur reproche, ce que j’appellerai le « mythe de la salope » agissant en amont
même de leur embauche pour les rendre suspectes par défaut. Si le terme « salope »
peut a priori faire tiquer en raison de sa connotation négative très forte et de la crainte
d’une (re)stigmatisation des journalistes sportives, je vais dans les pages qui suivent
expliquer le choix de ce mot.
3. Le mythe de la salope
Le mythe de la salope représente l’ensemble des stéréotypes et des discours qui
circulent autour des journalistes sportives, de leurs intentions sexuelles cachées, de
leur supposée disponibilité sexuelle constante qui les mène à chercher les rapports
sexuels et à avoir des relations sexuelles avec les athlètes masculins. Ce mythe s’ancre
8 Le terme « puck bunny » connaît diérentes variantes à travers le monde et les langues. Par
exemple, au Québec, il est d’usage d’utiliser l’expression vulgaire « plottes à puck » plutôt que
« puck bunny ».
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 99
dans l’hétérosexualité obligatoire qui régit les rapports entre hommes et femmes à
l’intérieur du champ sportif et du rôle de gardiennes de la moralité que les femmes
« vertueuses », contrairement aux « salopes », devraient jouer.
Le mythe est, au sens barthien du terme, « une image faussée, déformée, aliénée »
(Zenkine, 1997, 106) qui évacue le réel, mais dont les implications, elles, sont réelles.
Barthes, dans Mythologies (1957 ; 1970 ; 2012), présente le mythe comme un moyen
pour la bourgeoisie de contrôler la société. « Grâce à cette parole à la fois mensongère,
falsicatrice et séduisante qu’il [Barthes] nomme “mythe” » (Cobast, 2002, 85), les
personnes en position de pouvoir maintiennent cette position de domination. Le
mythe est avant tout une forme de discours, discours qui peut certes passer par le
langage, l’écriture et l’oralité, mais également par diérents modes de représentations
(Barthes, 2012). Le mythe perpétue une image fausse et simpliée et généralisée d’un
groupe, dans le cas présent : les journalistes sportives.
Quant au mot « salope », sa dénition générique issue du Petit Larousse illustré
est son carac tère fortement péjoratif : « Femme dévergondée, méprisable
9
». Le mot
« salope » permet de saisir deux facettes du phénomène avec lequel les journalistes
sportives doivent compter. D’une part, il renvoie, par un eet d’association, à l’image
de la femme prostituée à la sexualité déviante. Les journalistes sportives, ramenées à
leur sexualité par leur supposée quête d’aventures avec les athlètes, deviennent une
menace à l’ordre établi. D’autre part, il y a le regard qui se porte sur les femmes, un
regard de mépris. Hallgrímsdóttir, Phillips et Benoît (2006) parlent du stigma qui
pèse sur les femmes prostituées comme d’un « attribut social qui discrédite et réduit
la personne à cette seule caractéristique, et qui fait d’elle une personne contaminée
qu’il faut écarter » (p. 268, notre traduction)
10
. Sans dire que les journalistes sportives
vivent un aussi fort stigma que les femmes en situation de prostitution, nous retrouvons
une mécanique similaire en associant des intentions et des gestes inappropriés à une
personne dans le but de la discréditer. Vouloir obtenir des faveurs sexuelles est un
comportement méprisable et complètement inapproprié dans le journalisme sportif, et
toute femme serait susceptible de l’adopter.
Le mythe de la salope est aussi et intrinsèquement lié à la conception des femmes
comme une source de tentation constante (Acker, 1990) pour les individus associés
à la catégorie « homme ». Les comportements de certains athlètes s’apparentant à du
harcèlement envers les femmes (Disch et Kane, 1996) sont banalisés et naturalisés
au nom de l’adage « boys will be boys ». Dans ce double discours, le désir sexuel des
hommes est normalisé, alors que celui des femmes est problématique. Les femmes
sont les gardiennes de la moralité (McLaughlin, 1991) et si elles échouent à maintenir
la distance professionnelle qui s’impose entre elles et leurs sources, elles en porteront
9 Dénition tirée du Petit Larousse illustré 2011.
10 « social attribute that is deeply discrediting and reduces the bearer from a whole and usual person
to a tainted and discounted one ».
100 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
la responsabilité. Il y a donc opposition entre la femme « vertueuse » et la « salope »,
entre la femme qui réfrène sa sexualité et qui gère celle des hommes et la femme qui
use de ses charmes, qui « acceptent » la sexualisation et même la recherche.
Dans ces circonstances, comment les journalistes sportives parviennent-elles à
conjuguer les pratiques admises dans la profession telle que la proximité avec les
athlètes et la création de lien s’apparentant à de l’amitié avec eux et les implications du
mythe de la salope ? Quelles sont les conséquences de ces impératifs contradictoires
sur les journalistes sportives ? Enn, vu le caractère mouvant du genre et des rapports
de pouvoir qui en sont issus, est-ce qu’à travers le temps, le mythe de la salope se
présente de la même façon, avec la même intensité et les mêmes conséquences ?
C’est ce que je vais explorer dans les pages suivantes en m’intéressant en particulier
aux parcours professionnels des journalistes sportives québécoises en explorant
l’implantation et les conséquences du mythe de la salope sur les trois vagues de
journalistes sportives étudiées.
4. Méthodologie
Les résultats présentés dans cet article font partie d’un projet de recherche plus large
sur les parcours professionnels des journalistes sportives québécoises francophones
ayant exercé la profession entre 1970 et 2015. Au départ, j’ai dénombré 33 journalistes
ayant exercé sur la période dans les marchés de Montréal et Québec ou sur des chaînes
spécialisées sportives. Quatre d’entre elles n’ont pu être jointes. Au total, 20 femmes
ont accepté de me rencontrer.
Chacune des entrevues, suivant la méthode des entretiens semi-dirigées, a été
enregistrée et un verbatim en a été extrait. Ces rencontres ont duré entre 45 minutes
et près de deux heures et se sont déroulées dans des cafés, sur les lieux de travail des
participantes ou à leur domicile. L’expérience des participantes variait entre quatre ans
et plus de 30 ans au moment des entretiens. Les journalistes interrogées proviennent
du milieu de la télévision, de la radio et de la presse écrite. Certaines ont travaillé dans
plus d’un média au cours de leur carrière.
J’ai procédé à une analyse inductive générale des entrevues au moyen du logiciel
Hyper Research. « Le but premier de l’approche inductive est de permettre aux
résultats d’émerger à partir des thèmes fréquents, dominants ou signicatifs que l’on
retrouve dans les données brutes, sans les contraintes imposées par les méthodologies
structurées » (Thomas, 2006, 238, notre traduction)
11
. Suivant les étapes de l’analyse
inductive générale, j’ai commencé par créer des catégories thématiques générales (par
exemple : relation avec les sources), puis je les ai ranées, précisées et subdivisées
11 « The primary purpose of the inductive approach is to allow ndings to emerge from the frequent,
dominant, or signicant themes inherent in raw data, without the restraints imposed by structured
methodologies ».
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 101
pour permettre à la fois d’établir un portrait général de la situation tout en ne perdant
pas de vue les singularités des diérents parcours. Il est apparu à l’analyse que le
groupe de participantes se divisait en trois vagues distinctes (vague des pionnières,
de la stabilisation et de la performance), représentant chacune une conguration
particulière de l’écosystème médiatique sportif québécois et présentant des conditions
d’entrées dans le champ singulier (St-Pierre, 2020).
Les participantes se sont vu orir le choix d’utiliser leur véritable nom ou encore
de se voir donner un pseudonyme dans la diusion des résultats. Certaines ont
choisi la première option, tandis que d’autres ont préféré opter pour le second choix.
Ainsi, j’ai utilisé uniquement des prénoms pour désigner les participantes, usant de
pseudonymes pour celles préférant être anonymes. Toutefois, en raison du faible
nombre de participantes potentielles, toutes les participantes ont été avisées qu’il
serait possible pour une personne bien au fait du milieu du journalisme sportif de
poser une hypothèse sur leur identité.
5. Les pionnières du journalisme sportif :
envoyer balader le mythe
Les premières femmes qui entrent dans le milieu du journalisme sportif québécois
dans les années 1970 et 1980, les pionnières de la profession, sont celles pour qui
les rapports avec les sources masculines et tout ce qui entoure le mythe de la salope
ont le moins eu d’impact sur leurs pratiques professionnelles. En fait, chez les cinq
participantes qui commencent leur carrière dans ces deux décennies, le mythe se
résume pour la plupart à ce qui se passe dans les vestiaires. L’expérience de Danielle,
une pionnière qui est devenue une vedette de la radio sportive, illustre de manière
patente l’ambiance dans laquelle ont baigné les premières journalistes sportives. Dans
les vestiaires, elle ressentait un inconfort et percevait que son comportement serait
analysé selon des critères diérents de ceux de ces collègues masculins.
[M]oi je rentrais, je savais à qui j’allais parler, et je sortais. Je ne trainais pas dans
le vestiaire. Et c’était les yeux toujours en haut. C’était un certain stress pour moi
d’être là, parce que je savais qu’il ne fallait pas, je ne pouvais pas faire comme les
gars parce que ça n’allait pas être perçu comme les gars. Alors, je faisais très, très
attention. C’est pour ça qu’il ne s’est jamais rien passé. Ça même pas passé proche.
Même pas de proposition. Des gentillesses, de la galanterie, mais ça s’est arrêté là.
Les premières journalistes sportives sont conscientes que leurs interactions avec
les athlètes ne sont pas perçues de la même manière que celles de leurs collègues
masculins. Très peu nombreuses, elles sont hautement visibles en raison de leur statut
de « token ». Le « tokenism » se produit lorsque « seulement quelques membres d’un
groupe (généralement désavantagé) occupent des positions de pouvoir » (Anisman
102 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Razin et Saguy, 2016, 716, notre traduction)
12
, ce qui engendre une forte visibilité
pour ces personnes en statut minoritaire. Qui plus est, ce n’est qu’à partir des années
1980 que les femmes ont accès aux vestiaires des équipes professionnelles (Finn,
1990), ce qui fait que leur présence est somme toute nouvelle.
Les interactions entre journalistes sportives et athlètes ne se limitent toutefois pas
à poser quelques questions dans les vestiaires, à travers une meute de journalistes
sportifs. Mathilde révèle avoir reçu quelques avances de la part d’athlètes, mais le
tout s’est soldé par une n de nonrecevoir de la part de la journaliste. Fait important,
ces situations quoique embarrassantes, n’ont pas aecté son travail ni sa réputation.
Mathilde n’a pas modié ses façons de faire, ne s’est pas empêchée de poser des
questions, pas plus que la crainte de passer pour une journaliste qui manque de
professionnalisme n’a teinté ses pratiques. Elle n’avait pas initié ces avances, elle les
a repoussées, n de la discussion.
Danielle, à l’instar de plusieurs collègues masculins, a développé des relations de
proximité professionnelle avec certaines sources masculines. Ce fut le cas avec un
joueur vedette des Nordiques de Québec qu’elle connaissait pour avoir travaillé à ses
côtés avant son passage dans les médias. Il s’agissait d’une connaissance et d’une
source de choix. « Si j’avais besoin de lui parler, je pouvais le rejoindre n’importe
quand, comme bien des journalistes, comme Réjean Tremblay, même chose ». Pour
la journaliste, il n’était pas question de se priver de cette relation de proximité fort
utile dans son travail, simplement du fait qu’elle était une femme. Elle s’entendait
bien avec le joueur, il n’y avait aucune ambiguïté sur la relation, et après tout, elle ne
faisait que suivre une pratique bien implantée parmi ses confrères. Toutefois, cette
connexion est demeurée discrète, sinon inconnue de ses collègues. Si elle pouvait
rejoindre l’athlète comme Réjean Tremblay le faisait, elle ne pouvait pas s’en vanter
comme lui le faisait.
Quelques années plus tard, Danielle a déménagé à Montréal, où elle coanimait une
ligne ouverte sportive. À l’époque, il n’est pas rare que l’entraîneur des Canadiens
de Montréal vienne rendre une visite à la station, pour y parler des performances de
l’équipe. À la suite de ces visites, il est arrivé parfois que Danielle, son coanimateur et
l’entraîneur se rendent au restaurant pour y continuer la conversation. Or, à quelques
reprises, son coanimateur, en vacances, ne put se joindre à eux, ce qui n’empêche
pas Danielle et l’entraîneur de poursuivre cette pratique qui se déroule dans un
établissement bien connu des athlètes et des journalistes sportifs et sportives de
l’époque, Chez Alexandre, sur la rue Peel, à Montréal.
Danielle explique que ce lieu, prisé par le microcosme sportif montréalais,
orait tout, sauf de l’intimité à ceux et celles qui venaient s’y attabler. La relation
entre l’entraîneur et la populaire animatrice ne recelait aucune ambigüité d’ordre
12 « only a handful of members from a certain (typically disadvantaged) group occupy positions of
power ».
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 103
sentimentale ou sexuelle. Les deux se connaissaient depuis plusieurs années, alors
que l’entraîneur dirigeait une équipe de la Ligue de hockey junior majeure du Québec
(LHJMQ) et que Danielle faisait ses premières armes à la radio de Québec, et il
s’agissait ni plus ni moins que d’un souper entre deux individus gravitant dans la
même sphère d’activités. Toutefois, ce n’est pas la lecture que tous ont eu de ces repas.
[À] un moment donné, j’ai entendu, ou quelqu’un m’a posé la question, « heille, toi
et [l’entraîneur du Canadien] vous êtes allés souper en têteàtête au restaurant ».
Ok. Et dans cette périodelà, je suis devenue enceinte. Imprévu. Vraiment impré-
vu, parce que ça faisait deux fois que je me faisais dire que je n’aurais pas d’en-
fant, j’ai pris une chance un soir avec un gars avec qui je sortais depuis quelques
mois, et je suis devenue enceinte. Et je sais que je me suis fait poser la question
si [l’entraîneur] était le père. Me suis fait poser ça pas en public, en privé, mais
c’est la seule place où j’ai trouvé ça tellement ridicule, mais quand même. Parce
que je les comprends, parce que là, ces gens-là, ils me voyaient, je n’avais pas de
chum
13
, j’étais mère monoparentale après, et avant, quand j’ai travaillé, je n’avais
pas de chum, je n’avais pas le temps, j’étais tout le temps en train de travailler, et
j’étais sur la pression. Des heures de travail incroyables, être à la station de radio
à 5 heures le matin, nir à 10 heures, aller à la pratique, une conférence, rentrer à
trois heures, faire une ligne ouverte à l’heure du souper, aller au match, des fois
faire une ligne ouverte après. Je n’avais pas la tête à ça, et je pense aussi que mon
statut faisait peur à bien des gars. En tout cas. Fait que je comprends pourquoi ils
ont pu penser que [l’entraîneur], parce que je n’avais pas de chum.
Quelques repas avec une source dans un restaurant pourtant connu pour que s’y
croisent journalistes sportifs et intervenants du monde du sport ont su à alimenter
la rumeur voulant que Danielle entretienne une relation sentimentale avec un homme
marié et fasse de lui le père de l’enfant qu’elle portait. De plus, par sa « disponibilité »
– elle n’avait pas de compagnon – il devenait cohérent qu’elle soit à la recherche
d’un homme, renvoyant ici une image de l’impossibilité pour une femme d’être
« accomplie » sans avoir un homme dans sa vie, ou encore de choisir le célibat ou les
relations de passages comme mode de vie.
Malgré ces quelques événements, les cinq pionnières du journalisme sportif ont été
relativement épargnées par le mythe de la salope et ses conséquences. Certes, elles
ont dû composer avec des avances non sollicitées, quelques rumeurs, le sentiment
d’être scrutées par leurs collègues dans les vestiaires, mais au nal, elles n’ont pas
eu à prendre de larges dispositions pour s’assurer de ne pas voir leur réputation
professionnelle être mise à mal par des ragots. Les choses se sont toutefois corsées
pour plusieurs de celles qui ont suivi.
13 Chum signie pet-ami.
104 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
6. Des barrières auto-imposées : le poids du regard
des autres
Les journalistes sportives qui suivent les pionnières et qui percent dans la profession
dans les années 1990 et le début des années 2000 rapportent des expériences
diérentes de celles de leurs prédécesseures. Cinq participantes appartiennent à cette
nouvelle vague de journalistes sportives, qui marque la stabilisation de la place des
femmes en journalisme sportif. Toujours fortement minoritaires, elles ne sont plus
des exceptions et leur présence ne provoque plus de surprise ni de haussements de
sourcils. Commence toutefois à s’opérer dans cette période un changement majeur qui
prendra toute son ampleur une décennie plus tard : le féminin devient une forme de
capital, pour le meilleur et pour le pire. Ce « féminin » aux contours ous – en eet,
les participantes qui disent avoir évoqué un savoir-faire féminin n’ont pas pour autant
explicité ce qu’est ce savoir-faire féminin – est mis en avant par certaines journalistes
sportives lors de leur embauche (StPierre, 2020). S’installe progressivement chez
les journalistes sportives la prise de conscience du regard des autres, ces autres étant
principalement leurs collègues masculins.
Alors que le mythe de la salope était avant tout une question de vestiaire chez les
pionnières, il va dépasser les frontières de ce lieu de pratique. Certaines journalistes
sportives, qui appartiennent à cette deuxième vague d’entrée des femmes dans la
profession, évoquent explicitement des tactiques et des barrières qu’elles se sont
imposées durant leur carrière aux sports pour ne pas voir accolée à leur nom une
réputation de femmes qui irtent ou carrément couchent avec des athlètes.
Marie-Claude est l’une des participantes qui a été la plus claire là-dessus : pas
question de laisser une rumeur en suspens, ou encore de donner une occasion à des
collègues ou à des athlètes de laisser planer un doute sur son professionnalisme.
J’étais tellement straight. Et s’il avait fallu, dès qu’il y avait une rumeur quel-
conque, moi, je m’y attaquais. Solide. J’entendais quelqu’un dire, non, non, non,
j’allais tout de suite au-devant. Je n’ai pas accepté ça dans ma carrière, jamais,
jamais. Même des boxeurs, sur Facebook, ils m’envoyaient des aaires là, met-
tons j’allais les voir et je leur disais, c’est madame […], fait que tu vas m’appeler
madame […], et c’est comme ça que ça fonctionne. Fait que j’ai toujours été très
stricte et autoritaire là-dessus.
Au l des années, MarieClaude a développé une amitié avec la femme d’un joueur
des Canadiens, ce qui l’a amenée par la bande à bien connaître le joueur en question.
Toutefois, dès qu’elle se retrouvait en contexte professionnel « jamais je n’aurais été
m’asseoir à côté [du joueur] pour faire une entrevue avec [lui] », de crainte de voir des
rumeurs se répandre sur la teneur de leur relation, crainte qu’elle n’a jamais repérée
chez ses collègues masculins.
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 105
Une autre participante, Stéphanie, a développé une bonne relation avec un joueur
de football professionnel alors qu’elle couvrait sur une base régulière les activités de
l’équipe. Elle a rapidement reçu un rappel à l’ordre.
Écoute, y’a jamais rien eu, mais tu sais, c’était « [... On sait ben, lui, c’est ton chou-
chou. Et on sait bien, vous deux. ». […] Je peux juste naturellement, humainement,
avoir des atomes crochus avec quelqu’un qui m’aide aussi dans mon travail, qui
m’aidait à comprendre des aaires que je ne saisissais pas tout le temps ? […] Mais
ça ne passait pas.
Dans le contexte hétéronormatif du journalisme sportif, l’amitié entre un homme et
une femme n’est pas envisageable, sinon pour camouer des relations charnelles. Les
deux femmes ne manquent pas de soulever les doubles standards, soit les jugements
diérenciés auxquels sont soumis les hommes et les femmes pour une même action,
qu’elles ont expérimentés pendant leurs années de couverture du sport et qui ont eu
un impact sur leurs capacités à faire leur travail. Stéphanie rappelle que ce qui est vu
comme une pratique usuelle pour les hommes est un geste déplacé pour les femmes.
Les gars, ça arrivait des fois que j’avais des collègues qui allaient prendre un verre
avec un joueur de hockey et c’est comme ça qu’ils avaient leurs [informations].
Est-ce que moi, je peux aller prendre un verre avec un joueur de hockey ? Je ne
peux pas aller prendre un verre avec un joueur de hockey. Jamais dans cent ans.
[…] En relation entre deux gars, c’est qu’ils vont aller prendre un verre, ils vont
se retrouver au bar de l’hôtel un soir, puis ils vont s’installer les deux au bar de
l’hôtel et ils vont se mettre à jaser. […] Moi, je ne peux pas traîner au bar de
l’hôtel toute seule. Il y avait quelque chose, en tout cas pour lequel moi, je n’étais
pas à l’aise.
Pour illustrer les doubles standards, Marie-Claude utilise une anecdote révélatrice.
Alors qu’elle couvrait les activités d’une équipe professionnelle montréalaise, il était
demandé aux journalistes de remettre à l’équipe des relations publiques la liste des
joueurs qu’ils ou elles voulaient rencontrer après les entraînements. Toutefois, à une
occasion, un joueur ciblé par la journaliste a préféré s’éclipser dans les douches, suivi
par un confrère journaliste. Marie-Claude a interpellé le responsable des relations
publiques. « [J]’ai dit écoute […], c’est pas cool. Là, on a un double standard solide.
Là, lui, il est parti dans la douche. Fait que là, il me dit “Ben vasy”. Ben non, j’peux
pas y aller ». L’histoire ne s’arrête toutefois pas là. En eet, le fait que MarieClaude
ait protesté s’est rendu aux oreilles du journaliste qui était allé dans les douches et ce
dernier n’a pas apprécié « Et ça a fait de la merde, Après ça, [le journaliste] était venu
me voir pour me dire, “ha ouais, t’as chialé toi. T’as pas d’aaire”. J’avais dit écoute,
moi je pense que ça doit être juste pour tout le monde” ».
Marie-Claude poursuit sur les possibles répercussions sur la carrière des femmes
de ce double standard dans un milieu hautement concurrentiel comme le journalisme
sportif « [T]u passes pour la nunuche. Ben oui, je suis allée à l’entraînement, mais je
106 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
ne l’ai pas eu cette information-là. Comment ça tu ne l’as pas eue ? Bien parce que je
ne suis pas allée dans la douche. Ok d’abord, on va envoyer un gars ».
Comme chez les pionnières avant elles, ce ne sont pas toutes les journalistes
sportives qui ont ressenti avec force le mythe de la salope, mais pour celles qui en ont
vécu les implications, ces dernières se sont immiscées avec force dans leurs pratiques
professionnelles. Et comme le laissent entrevoir les témoignages de Stéphanie et de
Marie-Claude, les conséquences du mythe sont réelles, entre autres dans la capacité
des journalistes sportives d’avoir accès à des informations « privilégiées » et à devenir
de potentielles « insiders ».
Malgré ces barrières qui pointent, ce sont toutefois chez le troisième groupe de
journalistes sportives, celles qui accèdent à la profession plus tard dans les années
2000, que le mythe prend le plus de place. Toutes les participantes y font face alors
que les injonctions à performer une féminité normative qui joue sur les stéréotypes
associés à la « femme tentatrice » teintent le quotidien des journalistes sportives.
7. Gérer des injonctions contradictoires
Les journalistes sportives qui débutent leur carrière aux sports dans les années
2000 arrivent dans un milieu qui connaît des modications importantes. Après
un ralentissement de médias sportifs dans les années 1990 et le début des années
2000, lié entre autres au départ de deux équipes professionnelles de la province –
les Nordiques de Québec au hockey et les Expos de Montréal au baseball – le
secteur reprend de la vigueur. Le groupe médiatique Quebecor, déjà propriétaire de
journaux et de chaînes de télévision, lance la chaîne sportive télévisée TVA Sports
en 2011. De son côté, RDS, née en 1989, poursuit ses activités, en plus de lancer RIS
(devenue par la suite RDS Info), dédiée à l’information sportive en continu. Cette
période voit les eectifs féminins augmenter, sans pour autant que ces dernières ne
perdent leur statut minoritaire. Ces nouveaux eectifs se concentrent toutefois dans
un seul médium : la télévision. Enn, cette période est marquée par l’exacerbation des
attentes, particulièrement patronales, liées la performativité d’une féminité normative
(St-Pierre, 2020) qui se cristallise autour de critères de beauté et de jeunesse, alors que
cette féminité fait dorénavant partie de l’image vendue par les médias.
Les dix participantes appartenant à cette troisième vague d’entrée dans la profession
sont conscientes de ces attentes, qui ne sont plus liées à un « savoir-faire » féminin
aux contours ous, mais plutôt à une performance de genre qui les placent dans
une situation contradictoire. La performance de genre est le processus d’inscription
corporelle des attentes genrées par le biais de pratiques quotidiennes (Butler, 1990).
Dans le cas des participantes, les attentes genrées à leur endroit correspondent à une
performance de la féminité qui entraine la situation suivante. D’une part, elles doivent
être jolies, correspondre à une image relativement stricte de féminité, y compris dans
leurs interactions avec les athlètes. D’autre part, elles doivent protéger leur réputation
et éviter les rumeurs sur de possibles comportements non professionnels.
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 107
Comme les consœurs qui les ont précédées, elles ont parlé des limites qu’elles
doivent s’imposer dans leurs pratiques pour éviter les rumeurs et les malentendus.
Mais à cette facette du mythe s’ajoute une nouvelle dynamique : la réitération du
mythe ne provient plus seulement du regard de certains hommes et d’une forme
d’autorégulation, mais aussi du regard des femmes sur les autres femmes. Erika a
parlé de l’habillement d’une consœur anglophone qu’elle jugeait vulgaire. Pour elle,
il semblait clair que cette journaliste ne se comportait pas de manière professionnelle
et voulait avant tout obtenir de l’attention de la part des athlètes masculins. Plusieurs
journalistes m’ont dit qu’il est important de fréquenter les « bonnes personnes ». En
creusant un peu la question avec elles, j’ai compris que ces « bonnes personnes » sont
en fait toutes les femmes qui ne couchent pas avec les athlètes, mais surtout, auxquelles
aucune rumeur de ce type n’est accolée. Pour reprendre l’exemple plus haut, Erika a
pris soin d’expliquer qu’elle ne voudrait pas être associée à cette journaliste, même si
elle ne peut pas dire si elle a eu une relation avec un joueur.
Le témoignage d’Erika met en perspective les diérents impératifs, parfois
contradictoires, avec lesquels les participantes doivent composer.
[C]e qui est dicile quand t’es une femme, c’est que tu veux avoir un lien parce
que tu veux avoir de l’information, t’es journaliste. Mais eux autres [les joueurs],
ce n’est pas ça qu’ils veulent. Et le problème, c’est aussi quand t’as des collègues
de travail qui le font, qui soupent avec eux autres et qui couchent avec eux autres.
Après ça, toi t’es la lle, et tu fais comme, moi, je suis pour travailler et j’ai
aucune intention de coucher avec un petit gars de 25 ans. […] [J]e sais que j’ai une
collègue qui a fait ça, cette année. Estce que ça aide ? Non, parce que là, t’arrives
dans le vestiaire et ils se disent, elle, elle le fait.
Les journalistes sportives de la troisième vague se retrouvent ainsi prises dans une
situation paradoxale, de laquelle elles peuvent dicilement s’extirper. D’un côté,
on attend d’elles qu’elles performent une féminité accentuée, qu’elles soient belles,
qu’elles se vêtent suivant certains critères, etc. La binarité hommes/femmes, masculin/
féminin est réitérée constamment dans un cadre hétérocentriste assumé par une mise
en marché de la féminité. D’un autre côté, même si elles performent pour l’écran
cette féminité, elles doivent, lorsqu’il s’agit d’établir des relations avec les athlètes
masculins, être attentives à l’image qu’elles projettent auprès de leurs collègues et des
sources. Justine explique :
[…] si on veut se faire prendre au sérieux, et montrer qu’on est là réellement pour
interroger un athlète, pour faire un reportage sérieux et qu’on n’est pas là pour
essayer de se faire un chum, je dis n’importe quoi là, mais ça pourrait quand même
être le cas. J’en ai déjà vu malheureusement, et ça je trouve ça ultra dommage
parce que ça fait mal à la réputation des journalistes sportives. Y’en a plusieurs qui
sont professionnelles, mais la première chose à faire, c’est d’arriver avec une tenue
vestimentaire correcte. […] Bon, il peut y avoir un peu de conversation qui sort de
l’entrevue. Mais quand vient le temps de l’interroger, et tu fais ton entrevue, et tu
108 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
t’en vas après aussi. Tu ne restes pas plus longtemps. T’essaies pas de lier de lien
d’amitié. Je ne dis pas que ça ne se fait pas. Mais si on veut rester professionnelle,
et justement ne pas franchir cette barrière-là, cette ligne-là avec un athlète, garder
la relation professionnelle, on se doit de faire ça.
Évelyne explique que depuis qu’elle travaille aux sports, elle est encore plus
attentive à son apparence :
Je fais même attention à comment je m’habille. Je ne suis pas une lle de décolle-
tés dans la vie, mais particulièrement quand je vais couvrir le hockey, je m’habille
et je laisse faire les cuirettes, et les petites jupes. Ce n’est pas là pour ça et je
veux être sûre que c’est clair. Alors que quand je couvre les arts et spectacles par
exemple, je me laisse plus aller. On dirait que là, j’ai moins peur de ce qui peut
m’arriver, ou de ce que les gens peuvent dire de moi en fait […] parce que même
des femmes très crédibles dans notre milieu, ont des rumeurs de... ouais, elle a
couché avec un tel et un tel. Je ne sais pas si c’est vrai ou pas, peu importe, mais
moi, je ne voulais même pas leur laisser la chance de dire ça.
Dans une étude réalisée en 2013 auprès de journalistes sportives suisses, Lucie
Schoch s’est intéressée aux interactions entre les journalistes et leurs sources
masculines, cherchant à savoir si les journalistes sportives utilisent les stéréotypes
associés à la féminité pour en faire des outils de pouvoir et en tirer des avantages
dans les relations avec les sources masculines. Schoch a ainsi observé que parmi
les stéréotypes mobilisés par les participantes se trouve la séduction comme mode
d’interaction. Les journalistes sportives « comprennent rapidement cet aspect des
interactions, les menant à apprendre comment gérer leur capacité de séduction »
(Schoch, 2013, 103, notre traduction)
14
.
J’ai questionné les participantes sur l’utilisation des stéréotypes associés à la féminité,
cherchant à observer si le même constat s’appliquait aux journalistes québécoises.
Plusieurs ont réagi avec vivacité à cette question, en armant que jamais elles ne
se livreraient à ces pratiques et désavouant sur-le-champ de potentielles collègues
féminines qui s’adonneraient à ces comportements.
Corinne ore un exemple patent de cette distanciation.
Et ça arrive où malheureusement, il y a des lles qui sont pour des mauvaises
raisons, et elles tombent un peu dans le cliché de la journaliste qui a besoin d’utili-
ser ses atouts pour aller chercher de l’information ou pour plaire, puis avoir une es-
pèce d’accès privilégié. Malheureusement, ça arrive et c’est arrivé par le passé, et
quand je disais s’associer aux bonnes personnes aussi, ça, ça a un impact comment
tu es perçue par le groupe de journalistes avec qui tu travailles. Dans le sens où
avec qui tu vas t’associer, est-ce cette personne-là est là pour les bonnes raisons ?
14 « very quickly grasp this aspect of the interaction, leading them to learn how to manage their
capacity of seduction ».
Le mythe de la salope chez les journalistes sportives québécoises 109
Est-ce que cette personne-là va chercher de l’information de la bonne façon ? De
façon éthique ? Ou est-ce que c’est un peu nébuleux ?
Les témoignages ci-haut permettent de faire un parallèle entre les expériences
des journalistes sportives de la troisième vague et le discours autour des femmes
en situation de prostitution. Nous voyons mises en contraste la « bonne » et la
« mauvaise » femme (Jiwani et Young, 2006). La femme vertueuse ne mérite par le
stigma que pourrait faire peser sur elle le poids de l’association avec une femme qui
ne contrôle pas sa sexualité. Y a-t-il des journalistes sportives qui ont eu des rapports
intimes avec des athlètes ? C’est possible. Mais l’important n’est pas leur existence
réelle. Le pouvoir symbolique du mythe de la salope est susamment bien implanté
pour qu’on ne pense pas à contester la réalité qu’il décrit et les raccourcis qu’il recèle.
Le mythe a un impact réel sur les pratiques des journalistes sportives, instillant chez
certaines une crainte réelle de se voir discriminées, ne serait-ce que par association.
Conclusion : la féminité ou le capital interdit
Entre 1970 et 2015, les attentes genrées auxquelles sont soumises les journalistes
sportives, entre autres par rapport à ce qui est espéré par les employeurs, se sont
modiées. Chez les pionnières, la performance de la féminité n’est pas un enjeu. Chez
ces participantes, le mythe de la salope est établi en premier lieu par le regard que
certains confrères ont sur le potentiel séducteur de leurs consœurs et sur les stratégies
qu’elles pourraient mettre en place pour satisfaire certains de leurs désirs. La réaction
des journalistes à ce regard masculin est celle de se moquer de leurs confrères qui
avancent de telles hypothèses à leur sujet, et de réfuter ces allégations. Chez les
journalistes qui les suivent, où le « féminin » devient une forme de capital, où on
s’attend à une performance de genre sans pour autant que celle-ci soit normative,
s’installe la prise de conscience du regard des autres. Les femmes vont elles-mêmes
s’empêcher certaines pratiques, comme aller boire un verre dans un bar avec un athlète
masculin. Le mythe va donc s’imposer dans un premier temps en passant par le regard
de certains journalistes masculins sur les journalistes sportives avant, petit à petit, de
reposer également sur une forme de regard interne des journalistes sur elles-mêmes,
telle une forme d’autojugement, d’autocensure. Les journalistes de la troisième vague,
de qui on attend une performance de la féminité normative, sont celles qui durant les
entrevues ont mis explicitement en avant le mythe de la salope, souvent avant même
que la question ne soit abordée de front dans l’entrevue.
Ainsi, plus la performance de genre attendue se rapproche d’une féminité normative,
plus les rapports de pouvoir genrés sont visibles et plus la sexualisation des rapports
entre journalistes sportives et athlètes est saillante, tout comme la prise de conscience
des journalistes sportives du regard des autres journalistes sur leurs comportements
potentiels. D’une vague à l’autre, la sexualité des femmes menace un peu plus le statu
quo, devenant en quelque sorte l’ennemi à abattre, ou du moins, à garder à l’œil. Cette
110 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
sexualisation a non seulement des impacts concrets sur les pratiques professionnelles
des journalistes sportives – par exemple, ne pas fréquenter de lieux de socialisation
extra sportif en présence d’athlètes – mais aussi sur leur possibilité de s’élever dans
la hiérarchie du journalisme sportif, où la proximité avec les sources est fortement
valorisée.
Si la féminité « est un avantage genré qui provient d’un ensemble de compétences
acquises par le biais de la socialisation ou par le simple fait d’être reconnue comme
féminine » (Huppatz, 2009, 50, notre traduction)
15
, les journalistes sportives à qui il
est demandé de performer littéralement ce capital doivent le faire avec circonspection.
En aucun moment ne doit-il être sciemment utilisé dans les rapports avec les sources.
Le capital engendré par la féminité et par la sexualité féminine, dans un milieu
hétérocentré, devient une source de pouvoir que seules les femmes possèdent, mais
dont il est interdit d’user, sous peine de se voir marginaliser un peu plus. Si les « règles »
du journalisme sportif permettent l’homosocialisation, même dans des lieux aussi
intimes que les douches, la performance de la féminité demeure réservée au public,
sous peine de devenir l’« Autre », la mauvaise femme à la sexualité déviante. Le
capital que peuvent tirer les journalistes sportives de leur appartenance à la catégorie
« femme » est toléré, sans plus. Si on ne peut blâmer les femmes d’être des « femmes »,
mais on peut toujours les blâmer de jouer la « féminité ».
Enn, ni l’augmentation du nombre de femmes en journalisme sportif ni le
professionnalisme pourtant démontré par les journalistes sportives depuis leur arrivée
dans le métier ne contribuent à la levée des préjugés à leur endroit. Au contraire, c’est
lorsqu’elles sont plus nombreuses que le mythe de la salope, que l’association entre
journalistes sportives et femmes potentiellement dévergondées, devient la plus forte.
Par le fait même, force est d’admettre qu’une augmentation des eectifs féminins aux
sports, si elle est souhaitable, ne peut en elle-même assurer une levée des stigmates et
des barrières qui jalonnent les carrières des journalistes sportives. Un changement de
culture structurel s’impose.
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