Les animateurs et animatrices de jeux
et de variétés télévisés.
Un double confinement de genres
Laurence Leveneur,
Maîtresse de conférences en Sciences
de l’Information et de la Communication,
Université Toulouse 1 Capitole/IUT de Rodez,
Chercheuse associée à l’Institut National
de l’Audiovisuel (2020-2021)
Laurence.Leveneur-martel@ut-capitole.fr
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 61
Résumé
Partant d’extractions issues des bases archives et dépôt légal de l’Institut National
de l’Audiovisuel, complétées par la lecture de documents écrits et le visionnage de
plusieurs programmes, nous proposons de comparer le rôle énonciatif des femmes et
des hommes qui ont occupé des fonctions d’animation dans les jeux télévisés, et de
mesurer la place réelle des uns et des autres dans cette catégorie de programme ainsi
que dans un genre connexe, celui des variétés, en tant qu’animateurs/trices (nombre
de programmes présentés, types de programmes conés, longévité professionnelle
dans ce métier et ces genres télévisuels). Nous montrerons que derrière les données
quantitatives qui laissent supposer que les femmes sont aussi présentes que les hommes
dans les émissions de divertissement, se cache une ségrégation à plusieurs facettes,
en particulier s’agissant du métier d’animation tel qu’il est exercé et visible à l’écran.
Mots-clés : ségrégation de genre, animatrice, animateur, jeux télévisés, émissions
de variétés, socio-sémiotique
Abstract
Building our analysis on digital data retrieved from The French National Institute
of Broadcasting, completed by some written archives and programs viewings, we
intend to compare the discursive role of male and female hosts in television game
and variety shows. We would measure the real place men and women have as hosts
in those programs by comparing the number and the type of shows presented, as
well as the durability of their careers. We will demonstrate that quantitative data that
suggest women and men are equally represented as hosts in entertainment programs
hide multifaceted segregations in French Television history.
Key words: gender segregation, television host, game shows, variety shows, socio-
semiotic
62 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
L’étude publiée par le CSA sur la représentation des femmes à la télévision
française en 2018 démontre qu’elles sont statistiquement plus présentes dans les
diver tissements (43 %) en comparaison des programmes d’information (38 %) ou de
ction (40 %) (CSA, 2019, 12-14). Le divertissement télévisuel est considéré depuis
longtemps comme un domaine plus propice à l’insertion professionnelle des femmes,
notamment dans les métiers de l’animation et de la production, comme en témoigne
Pierre Tchernia : « […] très vite les variétés vont devenir le domaine des femmes […]
Au-delà de leurs fonctions à l’antenne, elles tirent leurs celles du divertissement. »
(Chamming’s, 2004)
Si l’on se e aux données récoltées par Dominique Pasquier et Sabine Chalvon-
Demersay dans leur célèbre travail d’enquête sur la profession des animateur·rices
(1988), les femmes semblent eectivement « connées » aux émissions de
divertissement qui incluent les variétés, les jeux et les émissions pour la jeunesse. Les
documents fournis par les services de programmes des chaînes de télévision en 1965
et 1985 permettent aux deux chercheuses de déterminer un ratio de 72,5 % de femmes
animatrices dans cette catégorie de programmes, contre 56,5 % d’hommes (Chalvon-
Demersay et Pasquier, 1988, 101). A contrario, les émissions socioculturelles
accueillent 27,5 % de femmes animatrices contre 43,5 % d’animateurs (Chalvon-
Demersay et Pasquier, 1988, 101).
Ce cantonnement des femmes animatrices aux émissions de divertissement les
situe « majoritairement dans le bas de la hiérarchie professionnelle » (Chalvon-
Demersay et Pasquier, 1988, 99). Les débuts de la télévision sont en eet marqués
par une hiérarchisation des genres télévisuels ; si les dramatiques, proches du cinéma,
et les actualités sont considérés comme des domaines sérieux, nobles, conformes
à la vocation culturelle du service public, les variétés ou les jeux posent diérents
problèmes quant à leur qualité au sein des comités de programmes et sont parfois
l’objet d’un véritable mépris de la part des critiques de télévision (Bourdon, 1990 ;
Leveneur, 2009). Ces clivages se doublent d’une hiérarchisation des statuts au sein de
la télévision. Les réalisateur·rices, les technicien·nes et les ingénieur·es, bénécient,
jusque dans les années 1960, d’une situation privilégiée au regard de métiers
plus « artistiques » comme le sont ceux de l’animation : « Tout dans cet univers
professionnel hiérarchisé, fortement masculin, oppose les techniciens aux professions
artistiques. » (Bourdon, 1990, 57) Jacqueline Joubert, entrée à la télévision comme
comédienne, avant d’être speakerine puis présentatrice et productrice d’émissions
de variétés et d’émissions pour enfants, témoigne ainsi, dans un entretien accordé à
Jérôme Bourdon en 1997, des réactions très négatives que provoquèrent à cette époque
ses velléités d’être réalisatrice : « […] on me trouvait charmante, mais surtout reste à
ta place ma petite lle ! » (Froissand, 1999). Et en dépit des évolutions structurelles
que connaissent ces métiers, les conits qui opposent les professions « visibles »
(animateur·rices, comédien·nes et « invisibles » (réalisateur·rices producteur·rices,
technicien·nes) restent marqués jusque dans les années 1980-1990, comme le montre
le travail ethnographique mené par Dominique Pasquier (2008).
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 63
Plusieurs études sociologiques ou historiques consacrées au métier d’animateur·rice,
de ses débuts fragiles au sein de Radio-Télévision Française (R.T.F.) à son sacre, dans
les années 1980, qui s’est notamment traduit par la montée en puissance de la gure
de l’animateur·rice-producteur·rice (Bourdon, 1990 ; Chalvon-Demersay et Pasquier,
1988, 1990 ; Pasquier, 2008), témoignent de ce que Charles Wittorski qualie de
« professionnalisation-profession ». Cette expression désigne « […] le processus
par lequel des acteurs sociaux se constituent comme profession (organisations pro-
fessionnelles, formalisation et reconnaissance d’une activité, obtention de statut et
d’autorisations d’exercer » (Wittorski et Roquet, 2013, 74). Jean-Claude Domenget,
précise que deux sens du concept de professionnalisation sont classiquement
distingués :
Dans le premier, la professionnalisation concerne l’évolution continue des compé-
tences professionnelles d’un individu associée à une ecacité accrue (Wittorski,
2008). […] Dans le second, elle renvoie aux revendications de reconnaissance de
soi, en tant que « professionnel », c’est-à-dire un individu à la fois qualié, au sens
de formé, et compétent, au sens de reconnu dans son métier. (Domenget, 2018).
Ainsi, l’étude du processus de professionnalisation-profession des animateurs
et des animatrices peut être en partie étudié à travers la reconnaissance de leurs
compétences et de leur ecacité, mesurée à l’aide d’indicateurs indirects comme,
par exemple, la durée, le nombre et le type d’émissions qui leurs sont conées, au
regard du volume de programmes produits. Mais l’évolution de ce métier, saisie ici
sous l’angle des genres, implique également de mettre au jour les « représentations
discursives » (Coulomb-Gully, 2010, 15) qui sont à l’œuvre, considérant, dans une
perspective socio-sémiotique et diachronique, que le genre « constitue un système de
signication » fondamental à travers lequel le sens est produit » (Julliard, 2013, 63).
Marlène Coulomb-Gully nous invite à faire du genre une grille d’analyse en partant
du texte, sans préjuger d’une dénition du masculin ou du féminin, en tentant de
repérer « […] le genre à travers les récurrences et les cohérences qu’inscrit le texte,
mais aussi les sens qui s’y arontent, leur dissonance et leur polyphonie » (Coulomb-
Gully, 2010, 15). Si l’on considère que les médias sont des « technologies de genre »
(Coulomb-Gully, 2010, 11-13), qui concourent autant à reéter les normes sociales
qu’à les prescrire, étudier la construction de la gure de l’animatrice comme une
représentation de genre implique la comparaison du rôle énonciatif qui lui est dévolu
dans les programmes de divertissement, avec celui qui est coné à son homologue
masculin. L’animateur·rice, en eet, si l’on se place sur le terrain de l’énonciation
télévisuelle, tient un rôle majeur dans ces émissions : la façon dont il·elle prend la
parole, dont il·elle la distribue, le personnage qu’il·elle interprète, le ton qu’il·elle
adopte et son comportement ont conduit plusieurs études à en esquisser diérentes
gures (Jost, 1999, 2005 ; Leveneur, 2009), et à souligner son importance dans la
mise en relation avec les téléspectateur·rices (Mehl, 1994 ; Chalvon-Demersay et
Pasquier, 1990). Ces gures et les caractéristiques qui leurs sont attachées sont autant
64 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
de compétences (à la fois cognitives, aectives ou psychomotrices) acquises et mises
en œuvre par ces professionnel·les dans l’exercice de leur métier.
Le divertissement est cependant une catégorie très hétérogène, l’on peut y inclure
aussi bien des émissions de jeux, de variétés, de télé-réalité, que des talk-shows, etc.
Nous proposons ici de nous intéresser plus spéciquement à deux genres connexes
de la programmation des chaînes généralistes : les jeux et les variétés télévisés. Ces
deux genres télévisuels sont étroitement liés sur le plan historique, non seulement
parce qu’ils furent souvent inspirés de formules radiophoniques (Leveneur, 2009) ou
pré-médiatiques comme le music-hall ou le cabaret (Norblin, 2001 ; Jacquinot, 2017),
mais encore parce que l’on y retrouve des gures d’animateur·rices qui occupent
des rôles énonciatifs parfois similaires, certains passant d’ailleurs aisément de l’un
à l’autre dans leur carrière. Le cadre de notre étude nous obligera toutefois à limiter
notre analyse des rôles énonciatifs aux seuls jeux télévisés, les données recueillies, et
présentées dans la partie méthodologie, ne permettent pas, en l’état, de proposer une
étude similaire satisfaisante pour les émissions de variétés
1
.
Notre questionnement portera donc d’abord sur le rôle énonciatif des animatrices
dans les jeux télévisés : est-il similaire à celui des hommes ? Comment se construisent
ces gures, dans leurs interventions à l’antenne et leur comportement ? Les femmes
animatrices sont-elles aectées à certains types de jeux dont le contenu ferait écho à des
compétences dites « féminines » ou observe-t-on des similitudes avec les programmes
tenus par leurs collègues masculins ? Que dire des trajectoires professionnelles des
femmes animatrices dans ce genre télévisuel : observe-t-on des récurrences et surtout
des atypies dans leurs parcours à l’antenne, des exceptions qui nous renseigneraient
alors sur les normes en vigueur dans ces professions (Coulomb-Gully, 2010, 9) ?
Que nous enseigne enn la comparaison de ces trajectoires avec celles de leurs
homologues, hommes et femmes, dans les variétés télévisées ?
1. Méthodologie
Ces questionnements impliquent au préalable de choisir des dénitions précises
permettant de circonscrire le terrain d’étude et faciliter le repérage de programmes
souvent hétérogènes ou hybrides. Pour cela, nous disposions des résultats d’un
travail mené précédemment, et nous ayant permis d’élaborer une dénition des jeux
télévisés :
Émission impliquant la participation active d’un ou plusieurs candidats/joueurs,
vedettes ou anonymes. Ces joueurs s’arontent dans des épreuves qui engagent
1 Cet article est le fruit d’une réexion entamée dans le cadre d’un groupe de travail consacré depuis
2018 aux « Professionnel-le-s de la télévision (1946-1974) », coordonné par Kira Kitsopanidou
(MCF, Université Sorbonne Nouvelle »), et Géraldine Poels (INA), soutenu par le Labex ICCA
(« Industries culturelles et création artistiques »), Université Paris 13 et Sorbonne Paris Cité.
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 65
certains savoirs, savoir-faire ou savoir-être, et leur déroulement est soumis à des
règles contraignantes. Ces règles doivent être posées explicitement dès le début
du jeu, et doivent permettre au téléspectateur de participer par délégation – iden-
tication-projection –, virtuellement – s’il dispose des mêmes informations que le
candidat présent sur le plateau –, ou à distance – par courrier, téléphone, minitel,
Internet. Le téléspectateur peut lui aussi engager des compétences cognitives dans
cette participation, quelle qu’en soit la nature. Enn, l’émission doit se clore par
la désignation d’un vainqueur, ayant accompli avec succès toutes les épreuves et/
ou n’ayant pas été éliminé. Cette victoire déclarée peut se traduire par l’obtention
d’un gain ou d’un bénéce, matériel ou symbolique, direct ou indirect, pour le
candidat vainqueur, ou pour le téléspectateur. (Leveneur, 2009, 181-182)
Cette dénition nous a permis de dresser une cartographie des jeux télévisés français
de 1950 à 2007 grâce au croisement de plusieurs sources : les notices documentaires
accessibles par l’outil hyperbase de l’Inathèque de France, la lecture de journaux de
programmes, de dictionnaires sur la télévision, ainsi que des rapports écrits après
diusion par les chefs d’antenne permettant de compléter les informations absentes de
ces notices
2
. Le panorama ainsi constitué mentionnant notamment les animateur·rices
des émissions répertoriées, nous avons pu appuyer notre repérage des femmes qui
occupent cette fonction sur ce travail préalable et l’actualiser par une recherche sur les
bases de données de l’Institut National de l’Audiovisuel (I.N.A.) pour les programmes
diusés entre 2007 et 2019.
Concernant les programmes de variétés, nous avons choisi de retenir la dénition
qu’en donne Alice Norblin :
Il ressort de toutes ces dénitions que la musique populaire et chantée est l’élément
constitutif principal des émissions de variétés, que les numéros présentés sont in-
dépendants les uns des autres et qu’ils s’adressent à un large public […] émis-
sions essentiellement musicales (présentant de la musique de variété sous forme
de chansons pré-enregistrées ou interprétées en direct), mais pouvant néanmoins
comporter des numéros autres (sketches, danses, numéros apparentés au cirque ou
à la magie…), sans l conducteur réel, ou du moins sans narration (sauf excep-
tions) et dont l’objectif (avoué ou non) est de divertir un maximum de personnes.
(Norblin, 2001, 3)
N’ayant pas trouvé de cartographie détaillée des variétés télévisées françaises, et
ce en dépit de plusieurs travaux historiques portant sur ce genre, nous avons dû faire
appel à l’expertise des documentalistes de l’INA. En eet, l’outil de consultation
hyperbase ne permet pas de procéder à une recherche dans les notices documentaires
par sexe. Il nous a donc fallu récupérer des extractions issues des bases du dépôt
2 Sur la méthodologie détaillée employée pour établir ce panorama et ses limites, voir Leveneur,
(2009, 14-15). Pour un accès complet à ce panorama, voir Leveneur (2007, volume II). Document
disponible à l’Inathèque de France.
66 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
légal et archives de l’INA, en passant par une requête SQL
3
que seul·es certain·es
documentalistes peuvent réaliser
4
. Nous avons ainsi obtenu une extraction issue
du dépôt légal
5
et deux extractions issues du fonds archive
6
(base nationale et base
régionale
7
) qui recensent les animatrices référencées dans les émissions de variétés.
Ces extractions restent toutefois incomplètes car la « qualité » de l’intervenant·e n’est
pas toujours renseignée dans les notices de l’INA :
Chaque personne rentrée dans notre lexique, lexique qui permet de renseigner les
génériques, est identiée par son sexe et, autant que possible, par une « note qua-
lité » qui la dénit. Ex : Carpentier, Maritie [note qualité] Productrice TV, France.
Ce sont ces champs « note qualité », et le sexe des personnes du lexique, qui ne
sont pas interrogeables par nos moteurs de recherche sans passer par du SQL
8
.
Il semble par ailleurs que l’INA intègre dans les variétés certaines émissions
composites qui s’éloignent de la dénition retenue. Sont ainsi remontés dans les
chiers des programmes principalement faits d’interviews comme Le Cercle de Minuit
de Laure Adler par exemple, ou les émissions de Christine Bravo qui s’apparentent
plutôt à des talk-shows, avec parfois une partie chantée. Nous avons donc trié ces
chiers, à l’aune de la dénition choisie, an d’en éliminer certains programmes qui
n’y correspondaient pas. Nous avons complété ces données par la lecture des index
de deux dictionnaires historiques de la télévision (Jeanneney et Chauveau, 2001 ;
Chauveau et Dehée, 2007) pour relever les noms des femmes citées et vérier si elles
avaient un rôle dans ces deux genres de programme. Ces informations ont enn été
complétées par des requêtes plus ciblées via l’hyperbase de l’INA
9
.
Nous avons complété cette cartographie partielle par un visionnage de certaines
émissions de jeux et variétés dont le détail est présenté à la n de cet article
(Annexe 1). Si nous avons pu procéder à un visionnage de plusieurs jeux télévisés
3 SQL (Structured Query Language, Langage de requêtes structuré) est un langage de dénition
de données (LDD, ou en anglais DDL Data Denition Language), un langage de manipulation de
données (LMD, ou en anglais DML, Data Manipulation Language), et un langage de contrôle de
données (LCD, ou en anglais DCL, Data Control Language), pour les bases de données relationnelles.
4 Je remercie vivement Yves Gaillard de la délégation toulousaine de l’INA, Sandrine Depoix, cadre
documentaire de l’INA, et Sophie Labonne du Bureau des Méthodes de l’INA, de m’avoir permis
d’accéder à ces extractions.
5 Programmes systématiquement archivés depuis 1995.
6 Programmes archivés de façon parcellaire avant 1995.
7 Nous ne produirons dans cet article que les résultats issus de l’analyse des chiers nationaux.
8 Yves Gaillard, responsable documentaire, Délégation INA Pyrénées, entretien du 15 février 2018.
9 Notamment une requête par mots clés (Index mots clés « animatrices de télévision » ou par l’Index
général « animatrice+variétés »).
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 67
rendus accessibles par l’INA en nous appuyant sur un travail mené pendant plusieurs
années sur ce genre télévisuel (Leveneur, 2007, 2009), nous n’avons guère eu le
temps de procéder à un visionnage aussi important pour les émissions de variétés,
ni même à une sélection pouvant prétendre à une quelconque représentativité étant
donné l’absence de cartographie exhaustive de ce genre télévisuel. Les extractions
obtenues pour les émissions de variétés nous permettront, à défaut d’étudier le rôle
énonciatif précis de leurs animatrices et animateurs, de prendre au moins la mesure
du nombre de programmes de variétés présentés par des femmes, et de savoir, par le
champ « qualité », si elles exercent par ailleurs comme journalistes, comédiennes,
chanteuses, etc. Cela servira à comparer ces origines professionnelles à celles de
leurs homologues masculins, mais aussi à celles observées à propos des animateurs et
animatrices de jeux.
Ces données ont été complétées par la lecture de certaines coupures de presse de
télévision
10
, le visionnage ou l’écoute d’émissions radiophoniques ou télévisuelles
archivées par l’INA
11
, ainsi que l’accès à certains fonds d’archives écrites contenant
des coupures de presse ou des documents de production
12
.
2. Des rôles énonciatifs limités dans les jeux télévisés
Avant d’analyser le rôle énonciatif des animateurs et des animatrices dans les jeux
télévisés, il est utile de rappeler leur place respective, sur le plan quantitatif, à l’aune
du volume d’émissions produites et diusées. Entre 1950 et 1979, sur un total de
95 collections
13
de jeux répertoriées, seules 19 achent la présence de femmes, soit un
pourcentage très faible de 20 %, majoritairement en coanimation avec des hommes, à
l’exception de 3 émissions. Dans les années 1980, cette tendance se conrme puisque
sur 176 collections, 10 sont présentées par des femmes à titre principal (5,1 %), deux
sont co-présentés par plusieurs femmes et 14 par des couples homme/femme (8,5 %).
Au total, sur cette décennie, les programmes présentés ou coprésentés par des femmes
atteignent 14 % de la production totale des jeux. Cette tendance s’accentue ensuite :
sur 230 collections diusées entre 1990 et 2019, 36 sont animées par des couples
(15 %), et 22 sont uniquement présentées par des femmes (9 %). Autant dire que dans
cette catégorie d’émissions, les présentatrices sont plutôt rares depuis maintenant 70
ans.
10 Le détail des articles utilisés est précisé à la n de cet article, en annexe 1.
11 La liste des émissions radiophoniques et télévisées consultées gure en n d’article, en annexe 1..
12 La liste des fonds utilisés est détaillée en n d’article, en annexe 1.
13 Une collection est un ensemble d’émissions du même titre. Le détail des collections de jeux
présentés ou coprésentés par des femmes est précisé en annexe 2 de cet article.
68 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Cette sous-représentation des femmes explique sans doute en partie pourquoi la
gure de l’animateur, dans ces programmes, est souvent décrite en prenant appui sur
des exemples majoritairement masculins. Dominique Mehl recense ainsi plusieurs
gures de présentateurs, caractéristiques de la télévision relationnelle, et qui ont
toutes pour fonction de servir de médiation, de passerelle entre la télévision et le
public. François Jost (1999, 130-132) fait état plus spéciquement des diérentes
gures d’animateurs dans les jeux et divertissements télévisuels, s’appuyant lui aussi
sur des exemples essentiellement masculins. Dans un travail inspiré par ces travaux,
nous avons complété ces typologies par des gures complémentaires, en prenant
appui sur un corpus représentatif, avec quelques exemples, peu nombreux là encore,
de femmes animatrices (Leveneur, 2007, 264-274).
Nous avions ainsi relevé des gures similaires à celles que Dominique Mehl associe
aux intercesseur·ses/médiateur·rices/vulgarisateur·rices, dont le rôle énonciatif se
caractérise par une certaine neutralité dans le discours, typique des premiers jeux
télévisés, et qui adoptent parfois des attitudes professorales (Leveneur, 2007, 265-
267). Catherine Fabrega, comédienne qui anime à titre principal deux émissions
produites par Armand Jammot : Le Mot le plus long [1965-1970] et Trois petits tours
[1967-1968], illustre très bien ce type de gure. Elle tient dans ces deux programmes
un rôle plutôt neutre, autant que l’est celui des hommes dans les jeux télévisés de
cette période, dans une atmosphère parfois très scolaire qui perdurera, pour certaines
formules, jusque dans les années 1970 (Leveneur, 2009). Il s’agit de faire le lien
entre les manches, d’accueillir et mettre à l’aise les candidat·es. Elle fait peu de
commentaires et est accompagnée d’un jury de professeur·es qui posent des questions
et rappellent les règles. Elle assure le tirage, la présentation des candidat·es, et conclut
par le mot de la n à l’adresse des téléspectateur·rices. Son ton est posé et cordial.
Dans l’émission Trois petits tours, son rôle est encore plus limité, la réalisation
se concentrant sur les concurrents et un jeu de quilles placées sur un plateau qui
représentent les six questions qui leur seront posées. Il ne dière donc pas ici de celui
tenu par les speakerines et les speakers par ailleurs, lorsqu’ils assurent le lien entre les
séquences du programme, rôle que Dominique Mehl associe d’ailleurs au « degré zéro
de l’animation » (Mehl, 1994, 27).
Catherine Fabrega co-présente également, avec Jean Thévenot, La Bourse aux idées
[19641965], jeu dans lequel des candidats viennent présenter diverses astuces qui sont
ensuite jugées par un jury
14
. Elle fait avec son partenaire des démonstrations ou lance
un lm pour illustrer, sans la dévoiler, l’astuce du jour. Comme son co-présentateur,
elle salue les téléspectateur·rices et présente les candidat·es de la semaine passée. Elle
semble reconnue comme la gure principale de ce programme, également produit par
14 Une émission similaire, intitulée Eureka, est présentée en parallèle sur Télé Monte Carlo, Télé
Luxembourg, la Télévision Suisse et la Télévision Belge, par Jean Valton et la speakerine Mireille
Delannoy (Fonds du Comité d’histoire de la télévision, versement 2009, dossier 332).
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 69
Armand Jammot, tant et si bien qu’un numéro d’Au-delà de l’écran lui est consacré
le 10 janvier 1965. Elle y évoque le succès de l’émission, et son parcours comme
comédienne puis voix connue de la radio. Son entrée à la télévision illustre alors
l’entreprise de promotion du petit écran initiée par Jean d’Arcy : « […] le recours aux
vedettes des arts du spectacle joue un rôle décisif : leur notoriété doit rejaillir sur le
nouveau média et attirer de nouveaux téléspectateurs » (Poels, 2015b, 22-23). Mais
son rôle énonciatif ne dière que peu de celui de ses homologues masculins dans les
premiers jeux télévisés. Elle reste toutefois l’une des rares femmes présentatrices à
titre principal d’une émission de jeu à cette époque.
Une autre gure récurrente de l’animation dans les jeux télévisés est celle du
bonimenteur qui, contrairement à la précédente, se place presque toujours du côté du
candidat. Tout comme l’intercesseur·se, le bonimenteur meuble le temps, accueille
les candidat·es et les téléspectateur·rices, attribue les épreuves et en précise les règles
(Leveneur, 2007, 270). Mais contrairement à la gure précédente, il peut sortir de
sa neutralité pour acher une forme de bienveillance ou au contraire une certaine
impertinence, une ironie, voire une certaine raillerie qui caractérise des gures de
plaisantins, de moqueurs, comme Nagui dans Que le meilleur gagne, voire, de façon
plus clownesque, Lagaf dans Le Bigdill (Leveneur, 2007, 272-274). C’est une gure
qu’interprète Laurence Boccolini, qui remplace Nagui et Laurent Petit-Guillaume
dans Que le meilleur gagne [1993-1995] sur Antenne 2. Elle y incarne un personnage
de « maîtresse femme » à l’humour cinglant, rôle qu’elle continuera de jouer, en le
caricaturant, dans Le Maillon faible [2001-2007], Money Drop [2011-2017], Le Grand
Blind Test [2015-nos jours], Les Cerveaux [2017]. Mais elle reste une exception, et
est donc en tant que telle tout à fait révélatrice des normes ordinaires ; la plupart
des femmes animatrices de notre corpus achant au contraire une attitude discrète,
bienveillante à l’égard des candidat·es, parfois très proche de ce qui s’apparente à une
certaine image de la maîtresse de maison, en particulier aux débuts de la télévision.
C’est le cas de Simone Garnier, co-animatrice d’Intervilles aux côtés de Léon
Zitrone, Roger Couderc et Guy Lux
15
. Elle ore un exemple emblématique de
la gure de la femme animatrice dans les années 1950-1960. Le générique de ce
programme mentionne alors Guy Lux comme présentateur, Léon Zitrone et Simone
Garnier comme co-animateurs
16
. Les diérences avec ses homologues masculins dans
les tâches qui lui sont conées semblent assez peu marquées : chacun alterne entre
présentations des participant·es, interviews du public, des maires, et commentaires des
épreuves. La verve de ses co-présentateurs, qui n’hésitent pas à recadrer fermement
certains candidat·es s’oppose toutefois à sa relative discrétion. D’ailleurs, le portrait
15 On la retrouvera également dans Jeux sans frontières [1965-1990 pour la première version de ce
programme, reprise en 1995 par une autre équipe d’animateurs] et Interneiges [1965].
16 Intervilles sera diusé de 1962 à 1999, puis reprise par une autre équipe en 2004. Simone Garnier
y sera présente jusqu’en 1991.
70 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
qu’en dressent les journalistes de Télérama dans un numéro dont elle fait la une
met plutôt en avant son sourire et sa gentillesse
17
. Dans cette interview, elle revient
sur son rôle dans le programme et se voit comme celle qui doit apaiser les tensions
entre les joueur·ses (contrairement à ses acolytes bien connus pour leurs scènes de
fâcheries) : « Une femme est faite pour apaiser et non pour discuter. Une femme en
colère devient vite une mégère
18
». Elle conçoit donc son rôle d’animatrice à l’aune de
l’image qu’elle se fait de la femme. L’article mentionne par ailleurs sa vie de famille
à Lyon, son métier de présentatrice à la télévision régionale lyonnaise, et sa volonté
d’y demeurer an de préserver son équilibre familial : « Alors je fais conance à
mon étoile, et je me contente de faire, bien, une petite (nous soulignons) carrière »
19
.
Ses modestes aspirations sont d’animer des émissions pour enfants ou un magazine
féminin, tout en se consacrant à sa famille. Les genres télévisuels visés sont ceux
par ailleurs associés aux habituelles sphères de compétences féminines : l’enfance,
la famille, le relationnel, en écho aux goûts d’un public féminin qui semblent alors
marqués pour « […] la communication, les émotions, les relations humaines » (Poels,
2015a, 196-197). Les femmes s’excluent ou sont exclues des domaines qui exigent
d’avoir une expertise sur un sujet, une opinion, comme les actualités par exemple,
reet d’une forme de ségrégation horizontale largement étudiée en sociologie : « Les
stéréotypes où la “douceur” féminine s’oppose à la “rigueur” masculine traversent
l’ensemble de la société. » (Champy, 2012, 119). Quant à la vie de famille, elle est
une valeur qui doit primer sur le métier exercé, point que l’on ne retrouve guère dans
les interviews de ses acolytes masculins.
La majorité des animatrices de jeux entre 1950 et 1979 sont, comme Simone
Garnier, d’anciennes speakerines. Leur rôle est souvent d’accompagner le présentateur
principal dans le comptage des scores ou la présentation des candidats, de lui servir
d’auxiliaire, telle Jacqueline Duforest ou Anne-Marie Peysson qui apparaissent dans
le générique du Palmarès des chansons (émission qui est un mélange de jeu-concours
et de variétés), aux côtés de Guy Lux. Elles y font aussi le bilan des cartes postales
reçues de la part des téléspectateurs à qui l’on avait préalablement demandé de voter
pour leur chanson préférée sous la forme d’un loto. On peut également citer Annick
Beauchamp qui co-anime le jeu de culture générale Réponse à Tout [1973] aux côtés
de Lucien Jeunesse, ou Annick Boisseni qui présente avec Marcel Fort Toute la ville
joue [1970]. Toutes doivent acher à l’antenne un sourire aimable, répondre dans
leurs tenues aux codes de la bienséance de l’époque, renvoyer l’image d’une femme
d’intérieur modèle et devenir ce faisant de véritables « ambassadrices » du petit écran
(Poels, 2015b, 23), en écho aux attentes des téléspectateur·rices.
17 « À Lyon, nous avons retrouvé le sourire d’Intervilles » Télérama daté du 29 septembre 1963.
18 Télérama daté du 29 septembre 1963.
19 Télérama daté du 29 septembre 1963.
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 71
Une coupure de presse du magazine Télérama en date du 19 novembre 1961 illustre
ces attentes. Le magazine y produit un classement des vedettes de télévision fondé sur
une enquête par courrier auprès de ses lecteurs. Deux journalistes arrivent en tête de
ce podium : Léon Zitrone et Jacques Sallebert. La première femme qui est nommée
est Catherine Langeais (en troisième position), et les téléspectateur·rices la décrivent
ainsi : « La maîtresse de maison idéale, un grand sens de la tradition, agréable à
regarder, beaucoup de classe, de la simplicité, du charme ». Si les qualicatifs sur le
physique sont également employés pour les hommes, les rôles qu’ils tiennent dans
les journaux télévisés ou les magazines d’information font que leur sérieux et leur
intelligence sont davantage mis en avant par les lecteur·rices de Télérama. Treizième
du classement, Anne-Marie Peysson est appréciée pour son « naturel », elle est
« mignonne, désarmante, ingénue, quelque chose d’enfantin, préférée des jeunes ».
Ces stéréotypes de la femme-enfant ou de la mère au foyer qui collent à l’image
des animatrices de l’époque sont parfois très éloignés de leur quotidien : « Catherine
Langeais, présentée comme un “cordon bleu”, est mise en scène dans sa cuisine,
dont nous savons par ailleurs qu’elle l’occupait fort peu dans la vie réelle » (Cohen,
2015, 42). Mais ils révèlent les attentes des téléspectateur·rices et des journalistes
quant à ce qu’une animatrice doit incarner à l’antenne, et force est de constater que
leurs compétences professionnelles en tant qu’animatrices pèsent peu à côté du rôle
de femme d’intérieur qu’elles doivent incarner en assistant des présentateurs dans
des tâches subalternes, à quelques exceptions près. Certains de ces seconds rôles
féminins seront, dans les décennies suivantes, plus sportifs, comme celui tenu par
Sophie Davant, dans La Piste de Xapatan [1992], ou par Nathalie Simon que l’on voit
dans les versions les plus récentes de Jeux sans frontières [1965-2006], ou Intervilles
[1962-2014]. Mais les seconds rôles féminins, dans la plupart des émissions de jeux,
sont essentiellement ceux de potiches, de fairevaloir, parfois de jurys ou d’arbitres,
voire de simples  (Leveneur, 2007, 276-278).
Les femmes animatrices semblent également cantonnées à certaines formules de
jeux dont les dispositifs restreignent encore davantage les rôles énonciatifs qui leur
sont dévolus.
3. Types de jeux et ségrégation horizontale
Dans les années 1980, les émissions de jeux présentées ou co-présentées par des
femmes se diversient, le rôle des anciennes speakerines se fragilise (Poels, 2015b),
permettant à de nouveaux visages de faire leur apparition. Mais les types de jeux
qu’elles animent ou les rôles qu’elles tiennent restent toutefois le reet d’une
ségrégation horizontale : jeux à destination des enfants comme ceux présentés par
Karen Cheryl dans Vitamine [1983-1987], Douchka dans L’Été en baskets [1988], ou
Dorothée dans le Club Dorothée [1987-1995]. Jeux portant sur le couple, l’amour,
ou la séduction comme Tournez manège [1985-1993], le jeu de la séduction dans
Télé Caroline, Ordinacœur [1988-1989], même si ces jeux dits de dating ne sont pas
72 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
l’apanage des femmes, comme le prouvent plusieurs contre-exemples (Les mariés
de l’A2 [1987-1991], Les Z’amours [1995 à nos jours] ou Nouvelle Lune de Miel
[1992-1993])
20
. On retrouve également des jeux caritatifs comme Les uns pour les
autres [1983], des jeux de prévention (La route buissonnière [1983]), des concours
qui s’apparentent à des concours de miss (Cherchez la femme [1986]). En somme,
rares sont les programmes de culture générale animés par des femmes à l’exception
de Trivial Pursuit [1989-1990] présenté par Marie-Ange Nardi et Fabrice, Atoukado
[1987] avec Fabrice et Sophie Garel, ou les Uns pour les autres avec Anne-Marie
Peysson en 1983. Quelques quizz sont animés par des femmes comme Starquizz
[1986] avec Alexandra Kazan, ou Maxibouche [1987] avec Sophie Favier. Mais très
peu sont diusés en prime time, à l’exception de L’Assassin est dans la ville [1983],
des Dicos d’or [1993-2006], dont la nale est diusée une fois par an, de Cherchez la
femme [1986] ou d’Intercontinents [1987-1988]. Notons enn que ces formules n’ont
pour la plupart qu’une durée de vie très limitée, de quelques mois à un an.
Les décennies suivantes ne semblent pas montrer d’évolutions majeures. Quelques
rares femmes présentent un jeu sur la durée et avec succès. Citons, outre Laurence
Boccolini qui présente des jeux de culture générale mettant en scène des sommes
d’argent parfois importantes comme Money Drop, le cas de Marie-Ange Nardi
qui, après avoir co-animé Pyramide avec Patrice Laont et Pépita, tiendra aussi le
rôle-titre du jeu de devinettes Qui est qui ? [19962002] avec toutefois un ton plus
classique, proche de la gure du bonimenteur, dans un jeu qui s’appuie sur un savoir
lié au quotidien (Leveneur, 2009, 109-112).
Mais ces quelques exceptions ne masquent guère l’enfermement des femmes
animatrices dans certains types de jeux, laissant les formules sérieuses, avec enjeux,
à des gures masculines rassurantes. L’on peut d’ailleurs en trouver l’explication
dans les discours de certaines productrices, comme Laurence Jomand, qui a transposé
en France pour le compte de la société Starling le jeu anglais Qui veut gagner des
millions :
[…] à partir du moment où il y a de l’argent à gagner, et beaucoup d’argent, nous
nous sommes toujours dit que ce n’était pas un jeune animateur qui pouvait faire
ça, c’est-à-dire un garçon de 20 ans. Ce n’est pas crédible. […] Paul Smith avait
demandé des animateurs qui aient une vraie crédibilité. La crédibilité va avec l’ex-
périence. Donc ça veut dire un homme qui est aux alentours de 50 ans.
21
20 Reste que cette décennie est aussi celle au cours de laquelle se multiplient les gures de potiches
et autres danseuses qui accompagnent en plateau la distribution des lots, phénomène observable dès
les débuts de la télévision mais qui se conrme avec l’importation de formats américains (Leveneur,
2009).
21 Entretien réalisé le 21 novembre 2006 (Leveneur, 2007, volume II, 601).
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 73
Les jeux d’argent sont conés de préférence à des hommes. Même Carole Rousseau
à qui l’on délègue (en alternance avec Laurence Boccolini d’ailleurs) la présentation
du Grand Concours, un jeu de culture générale diusé en prime-time TF1 qui oppose,
depuis 2002, des personnalités du petit écran, ne propose aux vainqueurs qu’un gain
symbolique.
Très peu présentes dans les jeux télévisés, les animatrices tiennent surtout des rôles
de médiatrices, et rares sont celles qui, comme Laurence Boccolini, y adoptent un
ton ironique qui les rapprocheraient de la gure du plaisantin. Cette dernière tient
un rôle récurrent de femme sévère, voire méchante, en accord avec le dispositif des
programmes qu’elle a présentés, parfois à la suite d’homologues masculins. Toutefois,
l’on ne saurait expliquer ce rôle et l’exception qu’elle représente comme l’unique
conséquence des dispositifs des programmes qu’elle anime. Et l’on peut s’interroger
sur la rareté des femmes animatrices qui endossent ce type de rôle énonciatif comparé
à celles, plus nombreuses, qui mettent en avant un physique avenant, un sourire et
une amabilité constante. Une majorité d’entre elles sont par ailleurs des faire-valoir
des animateurs masculins, cantonnées à des tâches subalternes. Ce constat peut
s’expliquer en partie par certaines trajectoires professionnelles.
4. Des trajectoires professionnelles variables dans les
jeux et les variétés
4.1. 1950-1979 : de l’importance des speakerines
Les speakerines sont majoritaires dans la population des femmes animatrices de
jeux entre 1950 et 1979, et malgré la fragilisation de leur rôle dans les années 1980,
leur popularité reste notable et cette décennie voit se conrmer certaines carrières et
trajectoires professionnelles. Parmi les gures de présentatrices récurrentes notons
la présence de Jacqueline Alexandre (également journaliste et présentatrice de
variétés) dans le jeu  (A2, 1982). On retrouve également
d’anciennes speakerines comme Anne-Marie Peysson, Annick Beauchamp, Évelyne
Leclerc, Évelyne Dhéliat, Fabienne Égal, Simone Garnier, Danièle Gilbert (qui fut
également journaliste pour la télévision régionale). Ces dernières sont de véritables
vedettes, bien souvent à la une des magazines consacrés aux programmes de télévision
(Poels, 2015b). Fondant leur début de carrière sur un rôle neutre, qui consistait à
mettre en avant un certain physique, ces femmes ont pu inscrire leur carrière dans la
durée, et ainsi se détacher quelque peu du style d’animation qu’elles avaient à leurs
débuts, devenant présentatrices principales de jeux télévisés dont les contenus restent
toutefois souvent liés aux sphères dites féminines.
À titre de comparaison et au regard des titres et dates de diusion renseignés dans
nos chiers, on recense environ 72 femmes présentatrices de variétés entre 1950
et 1979, dont 5 sont par ailleurs productrices. Nous trouvons donc dans ce genre
un nombre plus important de femmes que dans les programmes de jeu. Il faudrait
74 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
toutefois ramener ce chire à la proportion de programmes de variétés réellement
diusés sur cette période. L’on sait que ces émissions, couplées aux jeux, représentent
14,4 % des programmes diusés en 1958 et 11 % en 1968 (Bourdon, 1990, 145). Et
cette proportion reste stable dans les années 1970 (Michel, 1995, 106-109 ; Jeanneney
et Chauveau, 2001, 550).
C’est le triomphe des shows, feuilletons, séries américaines, jeux, du théâtre de
boulevard. Cette conception trouve un nouveau renfort avec l’arrivée d’Arthur
Conte dans le fauteuil de PDG de l’ORTF. Soucieux de libérer « les forces de la
joie », celui-ci favorise la politique de distraction, en même temps qu’est mis n
à l’expérience d’une information libérale sur la première chaîne. (Thibau, 1973,
419).
Si l’on élimine de ce comptage les femmes dont le nom n’est associé qu’à une seule
occurrence d’émission, on relève alors 40 noms de femmes présentatrices (ce qui reste
supérieur aux chires relevés pour les jeux télévisés). Parmi ces gures majeures, on
retrouve des speakerines déjà connues et citées plus haut comme Annick Beauchamp
(Télé-Dimanche
22
). Simone Garnier (Télé-Dimanche, Samedi et compagnie) Christine
Fabrega (C’est pas sérieux
23
), Jacqueline Duforest (Palmarès des chansons), Catherine
Langeais (Histoire de sourire, Eurovision), Jacqueline Joubert (Coupe de France des
amateurs), ou Anne-Marie Peysson (Palmarès des Chansons, Au Risque de vous
plaire, Les Uns pour les autres). Parmi ces femmes, 7 sont par ailleurs journalistes
24
,
12 présentatrices à titre principal (majoritairement d’anciennes speakerines)
25
, et 23
chanteuses ou actrices. Cette dernière catégorie est dominée par des artistes qui ont
présenté plusieurs shows télévisés comme Sheila, Sophie Darel, Catherine Deneuve,
Dani, Nicole Croisille, etc., souvent à titre exceptionnel dans leur carrière, tandis
que d’autres prolongeront cette expérience et gagneront aussi en notoriété en tant
que présentatrices de télévision
26
. Leur présence fait écho au nombre important
de personnalités extérieures qui gonent les rangs des animateurs dans les années
1960, et ce d’autant plus facilement que « […] les animateurs n’existent pas comme
catégorie autonome au sein des organisations télévisuelles (tout un chacun peut a
priori s’improviser comme tel). Le groupe des animateurs n’est alors pas véritablement
22 Émission principalement présentée par Jacqueline Monsigny, Guy Lux et Roger Lanzac.
23 Émission principalement composée de sketchs dans laquelle elle intervient plutôt comme
comédienne.
24 Nous pouvons citer Jacqueline Alexandre, Évelyne Pagès, Micheline Sandrel à titre d’exemples.
25 Denise Fabre, Simone Garnier, Denise Glaser, Jacqueline Joubert, Jacqueline Duforest, Catherine
Langeais, Évelyne Leclerc, Renée Legrand, Anne-Marie Peysson, Gabrielle Sainderichin, Brigitte
Simonetta, Vonny (Yvonne Guillaud).
26 Comme Aimée Mortimer, Michèle Arnaud, Christine Fabrega, Mireille.
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 75
constitué, ni même reconnu comme profession. » (Chalvon-Demersay et Pasquier,
1988, 91). Mais si les animateur·rices « purs » représentent 50 % de l’ensemble des
professionnel·les du secteur (Chalvon-Demersay et Pasquier, 1988), sur cette période
les femmes qui font de l’animation leur métier, comme les speakerines (18 %), restent
très peu nombreuses.
4.2. Les années 1980-1990 : le début de quelques
conrmations professionnelles
Au cours des années 1980, le volume global des programmes augmente, la
concurrence s’accroît et la diusion des émissions s’étend à l’ensemble de la journée
exception faite de FR3 qui, jusqu’en 1983, ne diuse que 4 heures quotidiennes
(Bachmann, 1997, 95-96). Ce contexte oblige les directeurs à privilégier les émissions
de plateau moins onéreuses, comme les jeux, qui deviennent un genre clé de la
programmation (Leveneur, 2009).
Tandis que l’ore de jeux augmente sur cette période (Leveneur, 2007, 138), l’on
assiste à une légère baisse de celle d’émissions de variétés
27
, avec en outre une tendance
en faveur de programmes hybrides dédiées à la promotion, aux actualités musicales,
voire principalement consacrés à la diusion des clips musicaux, en particulier depuis
l’arrivée de chaînes comme M6. À partir de 1975, la proportion d’émissions de variétés
par rapport au volume total commence à baisser pour ne jamais réellement s’arrêter
puisqu’en 1992, les émissions de variétés ne représentent que 2,4 % des programmes,
alors que 5 chaînes sur 6 en diusent (Hurard, 1998). Ces émissions occupent 3 à
4 soirées par semaine, trois sur TF1 et une sur Antenne 2. Elles sont relativement
onéreuses mais contribuent encore au prestige des chaînes qui les diusent. Pour les
rentabiliser, les audiences doivent être élevées. De grands shows sont alors diusés
en prime-time et majoritairement présentés par des hommes comme Sacrée soirée
(TF1, Jean-Pierre Foucault), Avis de recherche (Patrick Sabatier), Sébastien c’est
fou (Patrick Sébastien), Surprise sur prise, Succès fous (Patrice Roy, Philippe Risoli,
Christian Morin) ou Champs Élysées (Michel Drucker). C’est d’ailleurs la période
faste des grands animateurs vedettes (Chalvon-Demersay et Pasquier, 1990), qui,
pour ceux qui deviennent producteurs de leurs programmes, assoient une certaine
légitimité et une meilleure reconnaissance professionnelle. Mais cette tendance ne
semble pas proter aux femmes (Leveneur, 2018).
Cette époque favorise toutefois les débuts de présentatrices comme Karen Cheryl,
Dorothée, Marie-Ange Nardi, ou Alexandra Kazan qui, contrairement aux anciennes
speakerines ou à certains animateurs vedettes, sont de nouveaux talents moins chers
à payer, et souvent issus de secteurs dans lesquels il faut un certain « physique » :
27 Les variétés et autres divertissements passent de 11,9 % des programmes diusés en 1989 à 9,9 %
en 1993 (Chaniac, 1994, 65).
76 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
métiers du mannequinat (Douchka, Caroline Tresca, Amanda Lear), miss météo,
actrices (Alexandra Kazan, Dorothée), chanteuses (Karen Cheryl, Sophie Garel,
Alice Donna), voire danseuses sexy, ex « Cocogirls », comme Sophie Favier, Nathalie
Galan ou Fanfan.
La part des artistes dans la population des femmes présentatrices de variétés explose
dans les années 1980. En éliminant les gures dont les occurrences sont faibles ou
associées à des titres incomplets ne permettant pas de vérication du contenu du
programme, l’on répertorie entre 1980 et 1995 un total de 152 noms. Parmi ces
femmes, 23 % sont animatrices, 29 % journalistes, 42 % actrices ou chanteuses.
Et si l’on élimine certains titres comme le Téléthon, programme qui fait apparaître
beaucoup de femmes journalistes pour des soirées spéciales, ou ceux dont les noms
sont insusamment renseignés, les chires sont encore plus bas, mais avec une
distribution similaire et une proportion toujours importante « d’extérieures » : 10
animatrices, 13 journalistes, 34 actrices, soit respectivement 6,5 %, 8,5 % et 22 %,
alors que Sabine Chalvon-Demersay et Dominique Pasquier observent (1988, 97),
sur l’ensemble de la population des animateur·rices de divertissement dans les années
1980, une distribution plus équilibrée : 69 % sont extérieurs, 45 % sont journalistes,
70 % sont animateur·rices purs. Sachant en outre que les journalistes sont ceux dont
le statut assure non seulement la reconnaissance mais également la polyvalence entre
les genres (Chalvon-Demersay et Pasquier, 1988), cela laisse présumer que cette
proportion importante de femmes « extérieures » est le signe d’une plus dicile
stabilisation de leur carrière au sein de la télévision française.
Certaines y trouvent malgré tout leur place et construisent une carrière pérenne.
C’est le cas de Danièle Gilbert, Évelyne Leclercq, Marie-Ange Nardi et Jacqueline
Alexandre qui sont des journalistes ou d’anciennes speakerines, ou de Vonny, Karen
Cheryl, Sophie Darel, ou Sheila qui sont avant tout des chanteuses ou des comédiennes.
Mais si l’on enlève la part des speakerines, les carrières féminines dans ces métiers
restent toutefois très rares :
L’animation télévisuelle est clairement un métier masculin, ce qui n’est pas par-
ticulier au système télévisuel français. On trouverait même une proportion de
femmes animatrices sans doute moins élevée dans la plupart des autres pays, la
France étant une des dernières télévisions à employer des speakerines en aussi
grand nombre. Les femmes animatrices représentent un quart de la population en
1985 ; si on enlève les speakerines, ce pourcentage tombe à 1/5. (Chalvon-Demer-
say et Pasquier, 1998, 98)
Ces femmes expérimentent à cette époque des congurations professionnelles en
partie semblables à celles observées par Sabine Chalvon-Demersay ou Dominique
Pasquier pour les hommes trente ans plus tôt. Aux débuts de la télévision, beaucoup
d’animateur·rices viennent souvent de l’extérieur comme l’attestent les travaux
de Jérôme Bourdon (1987, 1990). Peu exercent ce métier de façon stable en 1965
à l’exception de grandes gures, notamment dans les jeux télévisés, comme Pierre
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 77
Bellemare ou Guy Lux (Leveneur, 2009). Certains exercent un métier dans un
autre secteur que la télévision et ce métier est le socle de leur identité sociale et
professionnelle. Parmi eux, les chanteur·ses et les acteur·rices représentent un quart
de la population des animateur·rices de télévision (Chalvon-Demersay et Pasquier,
1988, 93). Pour d’autres, l’animation télévisuelle est une activité principale, même
si elle n’est pas leur seule activité. Mais elle vient couronner – ou sanctionner – une
carrière professionnelle eectuée auparavant dans le journalisme pour les hommes
(Chalvon-Demersay et Pasquier, 1988, 94), ou comme speakerines pour beaucoup
de femmes de notre corpus. En revanche, bien moins nées et diplômées que leurs
homologues masculins, avec un faible pourcentage ayant le statut de journaliste, les
femmes animatrices sont également discriminées par l’âge (Chalvon-Demersay et
Pasquier, 1988, 99), ce que conrment les données plus récentes du baromètre du
CSA qui montrent une surreprésentation à l’antenne, toutes catégories confondues,
des femmes de moins de 50 ans (CSA, 2019, 15). Mais surtout, le socle de leur identité
sociale et professionnelle prend ses racines ailleurs que celui des hommes.
4.3. De 1990 à nos jours : une majorité d’artistes pour des
seconds rôles
Sur 173 collections de jeux télévisés diusés sur cette période, la proportion
de femmes coprésentatrices avec des hommes est de 20 %, et celle des femmes
qui, comme Marie-Ange Nardi, Laurence Boccolini, ou Karen Cheryl assurent la
présentation d’un jeu seules est de 4 %.
Côté variétés, l’extraction issue du dépôt légal mentionne 199 noms de femmes
présentatrices de variétés depuis 1995. La proportion des femmes artistes reste
majoritaire : 34 sont chanteuses, 38 exercent une autre profession artistique
(écrivaines, danseuses, actrices), cela représente 36 % des femmes du chier. Mais
si l’on s’attarde sur celles qui présentent le plus grand nombre d’occurrences dans
notre corpus
28
, les chanteuses ont pour beaucoup d’entre elles un rôle de jury, dans
des émissions de télé-crochet qui souvent oscillent entre jeu et variétés, comme Zazie
ou Jennifer (The Voice et The Voice Kid), ou encore Fauve Autot qui, après avoir été
coach des candidats de l’émission Danse avec les stars, est depuis 2011 membre du
jury, ou Marie-Claude Pietragalla qui apparaît également dans nos extractions.
Plusieurs sont principalement chroniqueuses, comme Nathalie Lhermitte dans
l’émission présentée par Daniela Lumbroso, Chabada [2009-2013], Sonia Lacen
aux côtés de Nathasha Saint Pier dans Les chansons d’abord [2013-2014], ou encore
Ness, Ambre, Aline Afanoukoé, Alexandra Baldeh ou Nathalie Vincent. Enn
nombreuses sont les co-animatrices comme Alexandra Kazan qui co-présente avec
28 Celles qui présentent plusieurs programmes en somme. La liste des émissions présentées par ces
femmes est détaillée en annexe 3 de cet article.
78 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Nagui l’émission Taratata de 1996 à 1997, Amanda Scott que l’on retrouve aux
côtés de Dave dans Du côté de chez Dave [2014] ou Sandra Lou, actrice et ancienne
candidate du Bachelor en 2003, qui sera co-animatrice de nombreux programmes
consacrés à la musique sur les chaînes du groupe M6.
Comme dans les jeux, rares sont celles qui exercent comme animatrices et vedettes
de leur propre émission, à l’exception de la chanteuse Ophélie Winter qui présentera
plusieurs programmes et aura même une émission à son nom (Ophélie Winter Show
[25/02/2000]) ou Shy’m qui, après avoir été jurée sur plusieurs saisons de Danse avec
les Stars, animera en 2017 le télé-crochet Nouvelle Star. 27 femmes comptabilisent
20 occurrences de programmes, et 10 dépassent les 100 émissions (5 %). L’on peut
ajouter à ces noms ceux d’animatrices trouvés directement depuis l’hyperbase comme
Virginie Era (Absolument 80 [2003], Nouvelle Star [2006-2008]) ou encore Domino,
qui co-anime Pour le plaisir [2006] avec Vanessa Dolmen, Christophe Begert,
Fabrice Ferment, ou Mes meilleurs amis [1996-1997] avec Maryse Gildas et Patrice
Carmouze. encore la part des co-présentations avec des hommes ou des femmes
est importante, y compris dans les carrières de celles qui ont animé une dizaine de
programmes diérents, comme Flavie Flament, Virginie Guilhaume, Sandrine
Quétier, Alexandra Sublet ou Daniela Lumbroso.
Nos résultats, bien que partiels, révèlent donc une présence très faible des femmes
qui sont majoritairement assignées à des co-présentations ou à des seconds rôles. Une
minorité parvient à s’inscrire dans la durée, en particulier dans les variétés, genre
qui s’essoue à l’orée des années 2000
29
. Enn, leurs trajectoires professionnelles
sont majoritairement assises sur un socle identitaire qui fait la part belle au physique,
ou bien, dans le cas des programmes de variétés, à une carrière artistique. Très peu
bénécieront du double statut d’animatrice-productrice qui permet à leurs homologues
masculins d’asseoir leur légitimité professionnelle à partir des années 1980.
Conclusion : de l’importance d’étudier tous les
genres
Diérents baromètres permettent désormais de mesurer la place des femmes dans les
médias. En France, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) produit depuis 2009
des données qui s’intéressent à la représentation des femmes à l’écran
30
, s’inspirant
d’autres enquêtes eectuées sur le plan international, comme le Global Monitoring
Project (Biscarrat et al., 2017). Et la plupart des résultats observés attestent encore
29 Voir à ce propos un numéro de l’émission Médias le mag (France5) consacré à cet essouement
le 24 janvier 2009.
30 Travail mené par l’Observatoire de la diversité du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Documents
accessibles en ligne sur le site du CSA : https://www.csa.fr/Informer/Collections-du-CSA/Travaux-
Autres-publications/L-observatoire-de-la-diversite (consulté le 12 mai 2020).
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 79
aujourd’hui de la reproduction des inégalités de genre (Biscarrat et al., 2017). Mais
ces enquêtes se focalisent souvent sur les émissions d’information ou de ction.
La féminisation des métiers du journalisme est ainsi particulièrement documentée,
comme l’attestent plusieurs travaux menés sur les ambivalences de cette évolution du
secteur (Neveu, 2000 ; Charron et al., 2015 ; Ruellan, 2016). En revanche, les études
consacrées aux professionnel·les dans les secteurs du divertissement restent rares.
Or, ce que l’on qualie de divertissement est une catégorie très hétérogène, l’on
peut y inclure aussi bien des émissions de jeux, de variétés, de télé-réalité, que des
talk-shows, etc. Nos résultats montrent que derrière cette catégorie se cachent des
disparités fortes. Les animatrices des jeux télévisés occupent des rôles énonciatifs
plus limités que leurs homologues masculins, elles présentent des émissions hybrides,
des jeux à destination de la jeunesse ou des couples, des programmes qui sollicitent
de la part des candidat·es des compétences issues du quotidien plutôt qu’une culture
générale encyclopédique (Fiske, 1991 ; Leveneur, 2009). Les émissions diusées en
prime-time ou celles qui proposent aux candidat·es des enjeux nanciers importants
leur échappent. Éric Neveu avait observé le même type de phénomène s’agissant des
carrières de femmes journalistes connées à certaines rubriques des journaux de la
presse écrite : « Le féminin est à nouveau associé aux dimensions “maternelles” de
l’État-providence, à la vie quotidienne et domestique » (Neveu, 2000, 188) tandis
que le journalisme d’investigation est réservé aux hommes. Mais là où ces dernières
avaient participé au renouvellement des soft news par l’introduction d’un style
d’écriture moins normalisé ou des grilles de lecture politiques plus psychologiques
(Neveu, 2000), que peut-on dire du style d’animation des femmes dans les deux
genres retenus ?
Notre visionnage a permis de vérier leur rôle énonciatif, en particulier dans les
jeux, mais il devra être complété par une analyse plus ne du style d’animation des
femmes, s’il existe, en particulier dans les programmes de variétés. Des entretiens
semi-directifs auprès de ces professionnelles permettraient également d’éclairer leurs
choix de carrière ou leurs trajectoires, d’autant plus que lorsque la production de
ces émissions s’externalise, que la télévision française se privatise et que certains
animateurs créent des sociétés de production an de pouvoir proposer aux chaînes de
télévision des programmes taillés à leur mesure, les femmes qui occupent la double
fonction d’animatrice-productrice restent rares dans les deux genres considérés
(Leveneur, 2018). Elles ne protent guère du pouvoir ou de la légitimité que pourrait
alors leur octroyer le statut de productrice, qui peut faciliter la création « d’une case
à soi » ou d’une certaine marque de fabrique, autrement dit un savoir-faire (Dagnaud,
2006, 136-137). S’il n’est pas inhabituel de retrouver des femmes du côté des
diuseurs aujourd’hui, notamment dans les pôles de production des chaînes consacrés
80 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
aux émissions de ux
31
, la gure star de l’animateur·rice-producteur·rice, s’agissant
des jeux et des variétés, est essentiellement masculine.
Les statistiques qui achent une présence des femmes quasi égale à celles des
hommes dans les divertissements sont-elles dues à une surreprésentation des femmes
dans d’autres types de programmes, comme les talk-shows, les émissions pour la
jeunesse, la télé-réalité ? Cela reste à étudier. Et surtout, y sont-elles recensées au titre
de candidates, expertes, témoins, journalistes, présentatrices ou animatrices ? Cela
reste à déterminer. Ces chires masquent des inégalités persistantes, et conrment
l’importance d’études plus qualitatives qui seules permettent d’éviter toute forme
d’essentialisme. Ces données ne doivent pas non plus justier la focalisation sur
les genres informatifs ou ctionnels, car si les sciences de l’information et de la
communication peuvent contribuer, comme le souligne Marlène Coulomb-Gully, à
mettre au jour des représentations sociales, en considérant les médias comme des
« technologies du genre » (Coulomb-Gully, 2010), cela implique de s’intéresser à tous
les genres, sexués et télévisuels.
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31 Comme Nathalie André ou Corine Fix qui ont été responsables de l’unité des jeux et divertissements
de France 2, Marie-Claire Mezerette qui occupe les mêmes fonctions sur France 3, Anne-Sophie
Larry pour M6 (production externe des émissions de ux) ou Florence Duhayot (Direction des
productions internes de ux) ou enn Alexandra Cruq, remplacée par Mathieu Vergne à la direction
des programmes de ux de TF1 (Médiasig, 2016).
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 81
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84 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Annexe 1. Corpus détaillé
Jeux télévisés
Le grand Voyage [09/10/63 ; 17/03/65 ; 26/04/65], Intervilles [26/07/62 ; 10/09/64 ;
23/09/70 ; 22/09/71 ; 28/97/73 ; 12/09/86 ; 01/07/88 ; 01/07/89 ; 06/07/90 ; 30/08/91],
La Bourse aux idées [06/06/65], Le Mot le plus long [13/03/66 ; 14/07/67], Trois petits
tours [23/01/68], Toute la ville joue [02/09/70],[Émissions
du 04/01/1972 (1
re
émission), 27/05/75. Émissions du 02/01/86, 31/01/87 (Coupe des
Champions, Monaco), 31/01/1988 (Finale de la 13
e
coupe des champions), 08/02/89
(Coupe des champions, nale), 02/07/90* (Finale Chires et lettres junior, première
de ce type), 19/02/91 (16
e
coupe des champions, première demi-nale), 04/04/92
(Spéciale : Le dé), 01/10/93* (Grand tournoi Antibes Juan-les-Pins), 06/01/94,
05/02/96, 12/09/97, 20/11/98, 23/06/99, 23/03/2000, 14/02/2001, 30/09/2002,
03/11/2003, 02/07/2004], Tournez Manège [02/01/86, 12/02/87, 01/04/88, 05/05/90,
31/03/91, 12/03/93], Jeux sans frontières [Émission du 06/07/88, 08/07/89, 06/09/90,
11/09/91, 10/01/92, 14/07/97, 20/07/98, 16/08/99], Le Juste Prix [Émissions du
13/12/87, 03/01/88, 02/02/89, 11/03/90, 29/03/91, 14/03/93, 02/11/95, 01/07/96,
02/05/97, 13/08/98, 19/10/99, 30/04/2000, 31/08/2001], Le Monde est à vous
[Émissions du 04/10/87, 03/01/88, 26/02/89, 07/01/90, 14/06/92, 05/09/93, 02/10/94,
01/01/95, 03/11/96, 22/06/97], Ordinacœur [Émissions du 05/09/88, 31/01/89], La
Roue de la fortune [Émissions du 05/01/87 (Première émission), 01/02/88, 02/03/89,
05/04/90, 11/03/91, 06/03/92, 08/04/93, 10/03/94, 02/11/95, 01/07/96, 28/03/97
(dernière émission)], Les Dicos d’or [Émissions du 06/12/86, 12/12/87, 26/11/88,
21/10/89, 24/11/90, 12/10/91, 11/04/92, 11/12/93, 30/12/94, 02/12/95, 14/12/96,
08/11/97, 14/11/98, 23/10/99, 15/01/2000, 14/01/2001, 13/01/2002, 26/01/2003,
25/01/2004], Motus [25/06/90 (1
re
émission, journée de captation), 02/01/95, 24/02/96,
14/03/97, 09/04/98, 06/09/99, 30/06/2000, 19/10/2001, 08/03/2002, 12/11/2003,
25/06/2004], La Piste de Xapatan [Émissions du 21/02/92, 03/07/92], Que le meilleur
gagne [Émissions du 04/07/92, 02/01/93 (Spéciale Vedettes), 27/07/94, 22/12/95],
Hugodélires [Émissions du 07/09/92, 31/07/93, 22/09/93, 29/06/94], Pyramide
[Émissions du 09/09/91 (Première émission), 02/01/92, 20/04/93, 02/05/94, 28/04/95
(Coupe des provinces, nale), 14/10/96, 14/01/97, 31/10/98, 12/10/2001, 01/11/2002,
05/07/2003], Qui est qui [Émission du 09/01/96, 27/02/97, 17/05/97 (Vedettes),
01/04/98, 11/06/99, 08/09/2000, 22/11/2001, 05/07/2002 (Dernière émission)],
Allo quizz [Émissions du 15/10/2001, 01/03/2002, 21/10/2003], Le Maillon faible
[Émissions du 09/07/2001, 03/02/2002, 07/09/2003 (Spéciale Koh Lanta), 27/06/04],
Bigdil [Émissions du 02/02/98, 18/01/99, 18/02/2000, 01/10/2001, 02/09/2002,
19/03/2003 (spéciale « Beaux mecs »), 22/07/2004, 23/07/2004 (Best of)].
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 85
Émissions de variétés
L’École des vedettes [03/01/57 ; 29/11/56], Histoire d’en sourire [10/03/62], Il faut
avoir vu [24/10/60], Moi j’aime [08/03/65], Palmarès des chansons, Bercy fête ses 30
ans [04/12/2015], Dolce Italia [22/08/2002], Nouvelle Star [20/06/2010], Simplement
pour un soir [12/01/2013], Une femme, un artiste [08/03/2014], Victoires de la
musique [09/03/2002].
Autres documents audiovisuels
À la folie, TF1, 22 novembre 1987
Au-delà de l’écran, RTF, 24 janvier 1965
Au-delà de l’écran, RTF, 10 janvier 1965
Au-delà de l’écran, 16 février 1964
Aujourd’hui la vie, Antenne 2, 19 janvier 1984
Dix de der, Antenne 2, 10 avril 1976
Choses vues, 1
er
janvier 1969
Médias le mag, France 5, 24 janvier 2009
Micros et caméra, RTF, 2 avril 1966
Document INA, Entretien avec Jean-Christophe Averty, 31 janvier 2007
Document INA, Entretien avec Alexandre Tarta, 30 janvier 2007
Interview de Michèle Arnaud par Jacques Chancel, France Inter, 23 avril 1970
Les femmes pionnières de télévision, TF1, diusée le 16 décembre 1993
Archives écrites (Institut National de l’Audiovisuel)
Disponibles au centre de consultation de l’Inathèque de France,
Paris)
Fonds TF1 : dossiers d’émissions
Magazines et émissions divers. 1956-1964, Fonds Maurice Valay
Documents préparatoires : 1961-1962, Fonds Pierre Peytavi
Émissions de télévision : 1959 (2) / 1960 (1), Fonds Comité d’Histoire de la
Télévision : versement 2009
Histoire de la télévision 1966 – 1974, Fonds Jean Jacques Ledos : versement 2014
Fonds Canal + Télévision, Versement 00024000-119, Dossiers n° 237, 238
86 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Annexe 2. Listes des programmes de jeux
qui achent la présence d’animatrices
Jeux télévisés co-animés par des hommes et des femmes
1950-1979
Le Grand Voyage [1961-1968], Intervilles [1962-2004], La Bourse aux idées [1964-
1965], Jeux sans frontières [1965-1999-2004], Palmarès des chansons [1965-1981],
Interneiges [1965], Le Mot le plus long [1965-1970], Jeu de mots [juillet 1967], Trois
petits tours [1967-1968], Le Petit Jeudi illustré [1969-1970], Le Jeu de la deuxième
chance [1970-1971], Toute la ville joue [1970], Paris vacances [1971], Cadet-
Rousselle [1971-1973], On ne peut pas tout savoir [1973], Défendez vos couleurs
[1974], Réponse à tout [1972-1982],  [1972-nos jours], Le
Grand Concours de la chanson française [1977-1978].
1980-1989
La Route buissonnière [1983], L’Assassin est dans la ville [1983], Chapeau [1985],
Championnats d’orthographe [1985] devenus en 1993 Les Dicos d’or [1993-2006],
La Balance [1986], Cherchez la femme [1986], Les Jeux du Club Dorothée [1987-
1995], Intercontinents [1987-1988], Atoukado [1987], Jeux dans l’été en baskets
[1988], Ordinacœur [1988], Interchallenges/Music Chance [1988], Jeux dans Cerise
surprise [1988-1989], Trivial Pursuit [1989-1990].
1990-2020
Jeux dans Éric et Noella [21/02/90-02/05/90], Objectif Tintin [04/07/90-25/09/91],
Jeu « Charade » dans Pince-moi je rêve [08/01/92-05/09/92], La Piste de Xapatan
[21/02/92-03/07/92], La Machine à chanter (11/07/92-26/09/92),   
[18/09/92-09/10/92], Jeu dans Coucou c’est nous [22/09/92-19/03/93], Jeu dans
Sportissimo [25/09/92-18/12/92], Jeux dans Rire sur la ville [12/12/92-30/01/93],
Le Trésor de Pago Pago [16/08/93-31/07/94], Un pour tous [06/09/93-01/07/94],
Trésors du monde [30/06/94-01/09/94], Jeux dans Sam di mat [03/09/94-29/06/96
(pour l’émission)], Jeux dans Chalu Maureen [07/09/94-28/06/95], Disneyland
express [22/09/1994], Pour une nuit ou pour la vie [03/06/1994], L’Amour coup de
foudre [11/02/1995], Teledelires [15/07/95], Le Trophée campus [07/07/95-25/08/95],
Je passe à la télé [04/12/95-12/10/99], Pour la vie (Émission composite) [08/02/95-
04/04/97], Allume la télé [30/03/96-07/09/96], Pluto Dingo [21/12/96-01/01/99], 55
pour Vatoo [05/10/96-05/04/97], Capitale d’un soir [03/10/97-30/01/98], 5 millions
pour l’an 2000 [27/09/99-12/12/99], Les Forges du désert [18/12/99-01/01/2000],
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 87
Légal pas légal [18/06/2000-27/03/2001], Allo quiz [15/10/2001-21/10/2003], Prima
donna [22/09/2001-24/11/2001], Décrochez vos vacances [01/07/2002-31/08/2003],
Vous n’allez pas le croire [10/08/2002-11/09/2002], Tubissimo [04/11/2002-
12/03/2004], Nice People [26/04/2003-07/07/2003], Intervilles [Deuxième version,
2004-2016], La France a un incroyable talent [2006-2019], Culture générale : la
France passe le test [2015], Ninja Warrior [2016-2019], Tout le monde à son mot à
dire [2017-2020], Total Wipeout [2009].
Jeux télévisés dont les femmes sont présentatrices
à titre principal
1950-1979
Le Mot le plus long [1965-1970] et Trois petits tours [1967-1968] présentés par
Catherine Fabrega et Jeu de mots [juillet 1967] présenté par Catherine Langeais.
1980-1989
     [1982] avec Jacqueline Alexandre, Les Uns pour les
autres [1983] avec Anne-Marie Peysson, Les Jeux dans Vitamine [1983-1987] avec
Karen Cheryl, Puisque vous êtes chez vous [1987] avec Danièle Gilbert, Starquizz
[1986-1988] avec Alexandra Kazan, La Gueule de l’emploi [1987] avec Sophie Darel,
Maxibouche [1987] avec Sophie Favier, Le Jeu de la séduction [1988] dans Télé-
Caroline avec Caroline Tresca, Le Jeu du Puzzle Masqué dans l’Été en baskets [1988]
avec Douchka, Trivial Pursuit [1989-1990] avec Marie-Ange Nardi.
1990-2020
V O dans Jef [11/09/91-04/07/92], Que le meilleur gagne/ Que le meilleur gagne
Plus [présenté à partir de 1993 par L. Boccolini, jusqu’en 1995], Hugodelire/Les
délires d’Hugo [07/09/92-29/06/94], Pyramide [09/09/91-05/07/2003], Qui est qui
[09/01/96-05/07/2002], Le Monde est petit [23/01/99-19/06/99], Le Maillon faible
[09/07/2001-2015], Opération séduction [11/07/2002-25/08/2003], Le Grand
Concours [23/03/2002-20/01/2004], Trouvez l’intrus [2016], 8 chances de tout gagner
[2016], Tout vu, tout lu [2003-2006], Carbone 14 [2006], La Cible [2006-2007], Les
Douze Cœurs [2008-2009],  [2008], Le Brise Cœur
[2004], Culture Vip [2008], Le Mur infernal [2007], Money Drop [2011-2017], Tout
le monde aime la France [2012], À bout de force [2003].
88 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Jeux télévisés co-présentés par plusieurs femmes
Tournez Manège [TF1, 1985-1993], jeu de rencontres amoureuses, qui met en avant
Évelyne Leclerc, Fabienne Égal, et Simone Garnier et Le Bon Mot d’Antenne 2 [1987],
un jeu de divertissement d’humour dans lequel les comédiens tachent de décrire un
mot en subissant un handicap comique (en tirant la langue, perché sur une planche à
roulette, etc.) pour remplir 2 grilles de 8 mots de 8 lettres, et qui met en vedettes deux
comédiennes, Sophie Garel et Jacqueline Mailhot.
Annexe 3. Détail des émissions de variétés présentées par
des animatrices qui ont plus de 10 programmes à leur actif
Sandra Lou
Elle co-animera l’émission Le Grand Classement : Spécial Disco avec Laurent
Boyer ainsi que Sex in the Pub et L’Homme contre la bête avec Sébastien Folin sur
TF6. Entre 2005 et 2006, elle co-présente l’émission Star Six Music avec Alexandre
Delpérier sur M6. Puis elle co-anime avec Jérôme Anthony l’émission Génération Hit
et les émissions Le Plus Drôle de M6, Stars en Délire et Le Plus Grand Bêtisier de
M6. De 2005 à 2007, elle présente l’émission people Fan de stars sur M6.
Ophélie Winter
Elle coprésentera Dance Machine en 1995 (M6), avec Laurence Romance, Yves
Noel, Cauet, Difool, ainsi que quelques numéros du Hit Machine (un en 95 et deux en
2003) et de Dance Machine Club. Elle sera présentatrice principale d’Ophélie Street
(émission dédiée à l’actualité musicale), ou des World Music Awards en 1998 avec
J.-P. Foucault, des NRJ Music Awards 2000 avec Anthony Kavanagh.
Flavie Flament
Elle remplace Daniela Lumbroso dans Tubes d’un jour ou Tubes de toujours à partir
du 26 octobre 2001, programme qu’elle coprésente avec Fabrice Ferment à partir
du 28 avril 2001. Elle animera Stars à Domicile (17/04/2000) sur TF1, ainsi que
quelques soirées spéciales comme un hommage à Dalida [04/05/2000], une émission
consacrée à la fête de la musique qu’elle co-présente en direct de Nice avec Arthur
[21/06/2003], Les Disques d’or [27/12/2003], 500 choristes ensemble (30/10/2004),
C’est parti pour le show |15/01/2005], Podium-spéciale Duos [2005], La Chanson de
l’année [2004 à 2006], Génération 80 [22/09/2007], Génération disco [5/04/2008],
Toute la musique qu’on aime [31/12/2008 et 01/08/2009].
Les animateurs et animatrices de jeux et de variétés télévisés 89
Virginie Guillaume
Tubes des tubes [27/07/2007], en co-présentation avec Marc Toesca, Stars de
l’année 2007 (en co-présentation avec Olivier Minne et H.-J. Servat [29/12/2007],
Les Femmes en chansons [19/04/2008], émission spéciale avec les mêmes co-
présentateurs (O. Minne et H.-J. Servat), Nouvelle Star [2009-2010], C’est la
rentrée [08/09/2012], Le Grand Show (avec Michel Drucker et Véronique Dicaire)
[04/01/2013], Simplement pour un soir [12/01/2013] avec Patrick Sabatier, Hier encore
[14/09/2013], Les Victoires de la musique 2014 avec Bruno Guillon, Une femme, un
artiste |08/03/2004], La Grande Battle (avec Jean-François Zygel) [08/04/2014], Les
Victoires de la musique 2015, La Fête de la chanson française 2015 (Avec Daniela
Lumbroso) [18/04/2015], ou Les Victoires de la musique 2016 (avec Bruno Guillon).
Sandrine Quétier
Minuit l’heure du Clip [22/09/95], Dance Machine sur M6 avec des DJ animateurs
Bob, Max, Barth, Le Club Live (concert extérieur sur M6, le 06/10/2000, Plus de
Postars (magazine lié à l’émission, 2002, M6), Plus vite que la musique (spéciales
en 2003), Le Plus Grand Quizz de France (2009, TF1), La Chanson de l’année 2009
avec Florent Pagny (TF1), Les 100 plus grands du 31 (avec Christophe Dechavannes,
Michel Carmouze, TF1), 2009, Danse avec les Stars [2011-2017], TF1, avec Vincent
Cerruti.
Alexandra Sublet
Incroyable Talent (M6), Jeu TV, 2006 (6 numéros), Bercy fête ses 30 ans, TF1
[04/12/2015], Les Victoires de la musique 2012 (France 2), Hier encore avec Charles
Aznavour [29/09/2012, France 2], Fête de la chanson française 2013 avec Daniela
Lumbroso, Tenue de soirée exigée spéciale crooners [04/01/2014, France 2], Bercy
fête ses 30 ans [04/12/2015, TF1].
Daniela Lumbroso
Premières occurrences en 1987 sur A2, dans des émissions de divertissement (Télé
Caroline, Cocoparadise) ou spéciales (Téléthon). Présentatrice dans La Machine à
chanter (sorte de Karaoké) avec Gérard Holtz [A2, 11/07/92-26/09/92], membre du
jury de Sous vos applaudissements, La soirée spéciale (04/12/99, TF1), Noël ensemble
[02/11/2004], Tubes d’un jour Tubes de toujours/ Victoires de la musique 2002
avec Jean-Luc Delarue, Chanson n° 1 [France 2, 06/04/2002-01/05/2004, émission
mensuelle], La Fête des musiques de 1970 à nos jours (avec Michel Drucker, Jean-
Luc Delarue, en direct du Trocadero), Dolce Italia [22/08/2002, France 2], avec
90 Genre et Communication : quels enjeux pour les pratiques professionnelles...
Toto Cutugno), Dolce Roma [07/07/2003)] Soirée exceptionnelle : les plus grandes
voix québécoises [27/12/2003] avec Julie Snyder, Dolce Italia spéciale Cinecitta
[04/09/2004], Bon anniversaire l’Olympia, avec Nagui, [09/10/2004], Starmania
25 ans déjà [29/01/2005] avec Anthony Martin, Victoires de la musique 2005 avec
Jean-Luc Delarue, Michel Drucker, Guillaume Durand et Nagui, Choisissez vos
chansons [19/03/2005], Stars en duos ensemble contre le Sida, spéciale avec Line
Renaud, [02/04/2005], Les Années zénith [France 2, 16/04/2005]/ Symphonic Show
(elle remplace Évelyne Thomas du 4 juin 2005 au 30 septembre 2006, France 3),
Joe Dassin 40 ans de succès [03/09/2005], Gainsbourg pour toujours [15/04/2006],
Fête de la chanson française 2007-2008-2009-2010-2011, Fêtons nos 400 ans : Paris
Québec, émission spéciale France 2 [20/09/2008] avec Garou, Chabada, France 3
[2009-2013], Paris Québec sous les étoiles (12/09/2010), France 3.