Sensibilisation au dopage dans le sport : construction de sens et (dés)engagement moral des parents d’athlètes

Andrée-Anne Guesthier

Doctorante en communication

UCLouvain et Université de Sherbrooke

andree-anne.guesthier@usherbrooke.ca

Damien Renard

Professeur de communication et chercheur

UCLouvain – LASCO

damien.renard@uclouvain.be

Résumé

Cette recherche analyse le rôle du processus de construction de sens des parents d’athlètes de haut niveau dans la lutte antidopage. Elle s’appuie sur vingt-cinq entretiens semi-dirigés menés auprès de parents d’athlètes canadiens, complétés par dix rencontres exploratoires avec des acteurs du milieu sportif. Guidée par une démarche inductive, elle met en lumière une tension entre exigences de performance et préservation du bien-être des athlètes, ainsi que quatre formes de tactiques parentales : pression, retrait, vigilance et conciliation. Ces tactiques se manifestent particulièrement lors de moments critiques et s’accompagnent de discours oscillant entre engagement et désengagement moral, participant aux conditions de vulnérabilité face au dopage. En montrant que les parents, souvent marginalisés des dispositifs de prévention, construisent leur rôle à partir de préoccupations éloignées du dopage, cette recherche éclaire le rôle d’acteurs intermédiaires dont l’influence est déterminante, mais sous-exploitée dans la conception des campagnes de sensibilisation.

Mots-clés : dopage dans le sport, vulnérabilités, campagnes de sensibilisation, acteurs intermédiaires, désengagement moral

Abstract

This study analyzes the role of parents of elite athletes in anti-doping efforts and how they construct its meaning. It draws on twenty-five semi-structured interviews with Canadian athletes’ parents, supplemented by ten exploratory meetings with stakeholders in the sports sector. Guided by a sensemaking approach, the study highlights a tension between performance demands and the preservation of athletes’ well-being, as well as four parental tactics: pressure, withdrawal, vigilance, and conciliation. These tactics emerge in critical moments and are accompanied by discourses oscillating between moral engagement and disengagement, therefore contributing to conditions of vulnerability to doping. By showing that parents–often marginalized in preventive initiatives–construct their role based on concerns largely unrelated to doping, this research gives insight on the role of intermediary actors whose influence is decisive yet underutilized in the design of preventive communication strategies.

Keywords: doping in sports, vulnerabilities, awareness campaigns, midstream actors, moral disengagement

Introduction

Au cours des dernières années, le sport organisé canadien a été marqué par plusieurs scandales, exposant des pratiques de tricherie et diverses formes d’abus envers les athlètes (Boutros, 2021 ; ICI Radio-Canada, 2024). Les sportifs de haut niveau du pays évoluent au sein d’un système qui prône la combativité et la performance, à l’instar du nom du programme canadien de financement du sport de haut niveau « À nous le podium ». En 2023, le Centre canadien pour l’éthique dans le sport (CCES) publiait les résultats de la Tournée Espoir à l’horizon, une initiative visant à promouvoir un sport sain et responsable au Canada. Les résultats de ce rapport mettaient en lumière un « secteur à bout de souffle » au sein duquel « les attentes et la tolérance des participants [ont] à ce point changées que les dirigeants sportifs ne sav[ent] plus comment garantir un environnement sécuritaire et accueillant » (CCES, 2024, p. 2). Le dopage, souvent perçu comme une réponse aux exigences du système sportif de haut niveau, s’inscrit dans cette dynamique. Avec des taux de prévalence pouvant dépasser les 20 % dans certains contextes sportifs et à l’échelle mondiale, le dopage compromet l’intégrité du sport et entraîne des conséquences graves, notamment sur la santé des athlètes (Saugy et al., 2022).

Le dopage dans le sport est un phénomène complexe, multifactoriel et difficile à prédire (Saugy, 2022). Pour tenter de le comprendre et le prévenir, les chercheurs s’intéressent aux facteurs de protection et de vulnérabilité des athlètes (Petróczi et al., 2021). La littérature suggère que les approches proactives, telles que la mise en place de programmes d’éducation, s’avèrent plus efficaces pour lutter contre le dopage dans le sport que le recours à des sanctions plus sévères (McLean et al., 2023). Ces programmes sont toutefois peu inspirés par la recherche scientifique (Gatterer et Blank, 2022), leurs effets sont méconnus (Sipavičiūtė et al., 2020) et de nombreuses organisations manquent de ressources, notamment humaines et financières, pour diffuser des communications adaptées aux publics (Gatterer et al., 2020). Dans le champ de la communication préventive, notamment en santé publique, il est reconnu que l’efficacité des dispositifs repose sur l’implication conjointe des publics visés et des personnes de leurs environnements de socialisation (Renaud, 2020). Or, les programmes antidopage se concentrent principalement sur les athlètes, sans intégrer de manière significative leur entourage, alors même que celui-ci peut jouer un rôle déterminant dans la prévention (Petróczi et al., 2021). Parmi les figures de cet entourage, les parents occupent une place centrale : par leurs attitudes, leurs pratiques et leurs valeurs, ils peuvent contribuer à renforcer ou à réduire la vulnérabilité des athlètes (Blank et al., 2015 ; Erickson, 2017). Pourtant, leur rôle dans la lutte contre le dopage au sein du sport organisé demeure peu exploré (Erickson et al., 2017). Souvent considérés en marge du phénomène, les parents sont encore rarement ciblés ou sensibilisés par les dispositifs de prévention (Winand et al., 2022). Comprendre leur réalité s’avère donc indispensable pour élaborer des actions de prévention adaptées (Winand, 2022). Afin de concevoir des campagnes de sensibilisation efficientes, Dervin et Frenette (2001) préconisent de s’intéresser au processus par lequel les individus construisent du sens, en phase avec les défis qu’ils rencontrent. Suivant cette approche, notre recherche s’interroge sur le processus de construction de sens des acteurs intermédiaires que constituent les parents d’athlètes au sein du milieu sportif et par rapport au dopage. Plus précisément, notre question est la suivante : comment les parents d’athlètes font-ils sens de leur rôle dans la lutte antidopage dans le sport ?

Privilégiant une démarche inductive (Thomas, 2006), nous avons mené dix rencontres exploratoires avec des intervenants du milieu sportif – psychologues sportifs, nutritionnistes, directeurs et coordonnateurs d’organisations sportives et antidopage – afin de cerner les enjeux clés liés au rôle parental relativement au dopage dans le sport. Puis, nous avons réalisé des entretiens semi-dirigés auprès de vingt-cinq parents d’athlètes canadiens de haut niveau, âgés entre 15 et 25 ans, portant sur leur rôle dans la carrière sportive de leur enfant et sur leur perception des enjeux de dopage. Nos résultats permettent de décrire la situation dans laquelle évoluent parents et athlètes, de relever une tension prépondérante qui anime les parents d’athlètes et d’identifier les tactiques qu’ils mettent en place pour composer avec celle-ci. Le rôle actuel et potentiel de la communication antidopage auprès des parents d’athlètes est mis en évidence.

Dans un milieu sportif épanouissant, mais également compétitif et exigeant, où règne une culture de la performance, les parents d’athlètes de haut niveau sont tiraillés entre des injonctions de performance et le bien-être de leur enfant. Celle-ci tend à s’intensifier lors de moments critiques (blessures, déclassements, etc.) qui constituent des points de bascule dans le parcours des athlètes. Face à ces situations, certains parents accentuent la pression pour maintenir les standards attendus (tactiques de pression) ou se retirent dans des situations malsaines pour l’athlète (tactiques de retrait), tandis que d’autres adoptent une posture protectrice (tactiques de vigilance) ou encouragent un équilibre de vie (tactiques de conciliation). Ces réactions, nourries par des mécanismes d’engagement ou de désengagement moral, participent à façonner des dynamiques susceptibles de renforcer ou, au contraire, d’atténuer la vulnérabilité des athlètes face au dopage. En mobilisant l’approche de construction de sens, notre analyse met en évidence comment les parents donnent sens à leur rôle dans ces situations instables et en quoi leurs pratiques, loin d’être neutres, constituent un levier central pour repenser la communication préventive dans le sport de haut niveau. Notre article présente : (1) une revue de la littérature sur le dopage dans le sport, les vulnérabilités des athlètes ainsi que sur le rôle des parents d’athlète puis des campagnes de sensibilisation dans la lutte contre le dopage ; (2) un cadre méthodologique ; (3) les résultats émanant des données empiriques et (4) une discussion étayant notre analyse des résultats, puis situant nos contributions théoriques et managériales.

  1. Revue de la littérature
    1. Le dopage dans le sport : un enjeu de santé publique

Le dopage dans le sport est défini par l’Agence mondiale antidopage comme une violation du code antidopage (AMA, 2025). Ces violations incluent l’utilisation de substances interdites, la possession et l’administration de ces substances par ou pour un sportif. Laure (2006) définit les conduites dopantes comme la « consommation de substances pour affronter un obstacle réel ou ressenti par la personne ou par son entourage aux fins de performance » (p. 4). Si la pratique sportive est souvent d’abord ancrée dans une recherche de plaisir et de bonne santé, plusieurs facteurs peuvent détourner les athlètes de leur objectif initial, les conduisant parfois à faire des choix nuisibles pour leur santé physique et psychologique, comme celui de se doper (Jetzke et Mutz, 2020). Selon Fuchs et Michot (2015), le dopage dans le sport constitue un acte de violence, qu’il soit exercé de manière directe ou indirecte par les athlètes, leurs supporters ou leur entourage. Le dopage entraîne des conséquences extrêmement préoccupantes et peut apparaître bien avant les meilleures années de la carrière des sportifs, l’adolescence constituant une période propice à l’émergence des premiers comportements de dopage (Petróczi et al., 2021). L’existence d’une zone d’incertitude dans laquelle il n’est pas impossible de croire en l’atteinte d’un objectif ambitieux serait propice à l’adoption de comportements de dopage (Laure, 2000).

  1. Les vulnérabilités des athlètes face au dopage dans le sport

Des caractéristiques propres à l’individu, à sa situation ou à son environnement peuvent être mises en cause lorsqu’il s’agit d’identifier des facteurs de vulnérabilité au dopage dans le sport (AMA, 2022). La littérature souligne l’importance de facteurs socio-démographiques et personnels comme déterminants de la vulnérabilité. Les hommes sont plus désengagés par rapport au sport propre (Li et al., 2022) et l’âge a un effet sur les intentions de dopage : la propension des jeunes à tester – voire à dépasser – les limites, favorisant le dopage (Pöppel, 2021). En outre, des caractéristiques personnelles telles que l’orientation vers l’égo (Ring et Kavussanu, 2018) et les traits de personnalité perfectionnistes (Madigan et al., 2016) rendent certains athlètes plus enclins au dopage. Le sport pratiqué constitue également un facteur de vulnérabilité comme les bénéfices relatifs à la prise de substances varient d’une discipline à l’autre (Vlad et al., 2018). Néanmoins, des sports qui jusqu’à récemment n’étaient pas associés au dopage sont désormais concernés en raison de nouvelles techniques et substances indétectables (de Hon et al., 2015).

Au-delà des facteurs individuels, le rôle déterminant des facteurs situationnels et environnementaux est documenté. Par exemple, les athlètes de niveau international sont plus à risque de dopage, car ils rencontrent des dilemmes plus fréquents et plus déchirants face à cet enjeu (AMA, 2022). D’après Whitaker et Backhouse (2017), certains moments dans la carrière sportive sont particulièrement critiques ; les risques de dopage augmenteraient notamment lorsqu’un athlète n’a d’autre choix pour rester dans le sport ou qu’une performance ciblée mène à un financement ou à un contrat potentiel. L’engagement des sportifs envers un sport propre peut également être modulé par les pressions exercées par l’entourage familial, social et sportif (Bigard, 2017). Alors qu’un climat motivationnel orienté vers la performance (Guo et al., 2021) et une pression parentale dans le sport (Madigan et al., 2016) rendent les athlètes plus vulnérables au dopage, un climat motivationnel sain, orienté vers la maîtrise de la tâche (Guo et al., 2021) et l’encouragement du développement d’une identité multifacette chez l’athlète (Clancy et al., 2022) sont identifiés comme des facteurs de protection.

Au cœur de l’environnement de l’athlète, les parents peuvent influencer les comportements de dopage dans le sport par leur posture et leurs agissements (Erickson et al., 2017), en abordant le dopage et en cadrant ses conséquences (Pöppel, 2021). Bien que les jeunes athlètes désignent leurs parents comme des membres de l’entourage vers qui se tourner pour obtenir des avis sur leur consommation de substances, les échanges qu’ils ont avec eux à ce sujet restent limités (Dodge et Clarke, 2015). Lorsqu’interrogés sur les enjeux de dopage dans le sport, les parents réfèrent à des cas médiatisés génériques et se disent peu outillés pour jouer un rôle dans la lutte antidopage (Winand et al., 2022). Ils sont en effet rarement considérés dans les programmes d’éducation et les campagnes antidopage, qui se concentrent presque exclusivement sur les intervenants au sein du milieu sportif (Woolf, 2020).

  1. Le rôle de la communication préventive dans la lutte contre le dopage

La communication préventive s’oriente vers des problèmes publics reconnus (Gusfield, 2009) en fonction de risques identifiés, lesquels influencent les vulnérabilités des acteurs concernés (Romeyer et Moktefi, 2013). La littérature s’intéressant au développement de campagnes de sensibilisation efficaces en santé publique souligne le rôle central, souvent négligé, des acteurs intermédiaires (Luca et al., 2016). Renaud (2020) souligne également la nécessité d’interpeller des acteurs multiples dans un but de promotion de la santé. Comme le rappelle Bette (2011) au sujet du dopage dans le sport : « les problèmes générés collectivement ne peuvent être résolus que collectivement » (p. 97). Luca et al. (2016) soulignent l’importance, pour sensibiliser des acteurs intermédiaires, de considérer leurs préoccupations propres et la vision singulière qu’ils ont de leur rôle.

  1. Communication, construction de sens et mobilisation des acteurs intermédiaires

La mobilisation des acteurs intermédiaires dans les campagnes de prévention suppose de comprendre la manière dont les individus font sens de leur rôle. Ollivier-Yaniv (2013), proposant un modèle intégratif et configurationnel de la communication dans les politiques de prévention, met en avant l’importance des interactions entre les acteurs institutionnels et les acteurs du monde social dans la conception des instruments communicationnels : « la fabrication [des outils de prévention] constitue une occasion privilégiée d’interactions et même d’interdépendances avec les acteurs de la société civile intéressés » (p. 107). Si, tel que soutenu par Béguin-Verbrugge (2023), « une information est une donnée qui fait sens pour quelqu’un » (p. 186), Dervin (2003) invite à découvrir de quelle information les acteurs ont besoin dans leur processus de construction de sens face à des problématiques sociales. Romeyer et Moktefi (2013) soutiennent que les campagnes de prévention ciblées s’articulent autour de risques perçus et « recourent à des marqueurs ou codes spécifiques dans la construction des profils cibles et dans l’élaboration des messages » (p. 35).

Les chercheurs s’intéressant à la conception de campagnes de prévention destinées à des acteurs intermédiaires insistent ainsi sur l’importance de créer des campagnes à partir des préoccupations des publics plutôt qu’en fonction des buts des experts (Kamin et al., 2022) et cette perspective est partagée par les chercheurs en antidopage, qui invitent à reconnaître et à étudier la voix des destinataires afin de concevoir des programmes de prévention utiles (Gatterer et Blank, 2022). Dervin et Frenette (2001) proposent, pour ce faire, d’examiner les processus de construction de sens des publics. L’approche de la construction de sens de Dervin (1998, 2003) se concentre sur une situation vécue (quel est l’univers de l’individu ?) et sur le manque qu’elle engendre (quelles tensions et ambiguïtés sont rencontrées ?). Elle pose comme prémisse que les défis rencontrés par les individus sont indissociables du contexte dans lequel ils se trouvent et que le processus de construction du sens intervient alors qu’ils mettent en œuvre des actions représentatives, notamment des tactiques, pour continuer à avancer. Dervin (1998) utilise la métaphore du pont pour représenter la manière dont les individus construisent du sens lorsqu’ils sont confrontés à des tensions et défis qu’ils doivent « traverser ». Elle soutient que c’est en comprenant de quelle manière ces derniers font sens de leur réalité, entre autres par leurs pensées et leurs actions, que l’on peut les soutenir adéquatement et leur proposer une information appropriée (Dervin et Frenette, 2001). La perspective de la construction de sens est reconnue comme prometteuse dans le contexte de la lutte antidopage, vu la complexité du phénomène et la diversité des situations, qui exige une approche souple et malléable (Petróczi et Boardley, 2022). C’est dans cette optique que les sous-questions de recherche suivantes ont été formulées :

  1. Dans quel contexte évoluent les parents d’athlètes et quelle(s) tension(s) les anime(nt) durant la carrière sportive de leur enfant, notamment en matière de dopage ?
  2. Comment les parents d’athlètes composent-ils avec les tensions inhérentes à leur rôle ?
  1. Méthodologie

Dervin et Frenette (2001) élaborent une méthodologie de recherche qui aborde la conception de campagnes sociétales en étudiant les publics sans présupposer les problématiques communicationnelles. Elles proposent de passer d’une logique où l’expert cherche à transmettre un message relatif à un enjeu sociétal donné à une démarche fondée sur la curiosité vis-à-vis de la construction de sens du public, dans laquelle peut s’inscrire cet enjeu. Par exemple, dans le cas du dopage dans le sport, il ne s’agit pas de déterminer d’emblée comment en parler, mais plutôt d’explorer ce qui préoccupe les parents d’athlètes, afin de situer ensuite la question du dopage en regard des lacunes de sens exprimées, le cas échéant. Cette approche méthodologique a guidé nos choix en termes de collecte et d’analyse des données.

  1. Collecte des données

D’abord, nous sommes allés à la rencontre d’intervenants au sein du milieu sportif (psychologues et nutritionniste sportifs, directeurs et coordonnateurs d’organisations sportives et antidopage) dans le but de dresser un portrait de la situation dans laquelle se trouvent parents et athlètes de haut niveau par rapport au dopage dans le sport au Canada. Le détail de ces rencontres est répertorié en annexe 1. Nous avons ensuite mené des entretiens individuels semi-dirigés auprès des parents d’athlètes, en suivant un schéma inspiré de la méthode de Dervin et Foreman-Wernet (2003), visant à comprendre les processus de construction de sens des individus. Les thèmes abordés incluent l’identité et le rôle de parent d’athlète, les représentations du milieu sportif, les défis rencontrés et les réactions qu’ils ont provoquées, la problématique de dopage dans le sport, l’approche parentale et les risques perçus face au dopage ainsi que la diffusion de communications par les organisations sportives et antidopage à ce propos. Les informateurs clés ont été recrutés par courriel, en collaboration notamment avec l’Institut national du sport du Québec (INS), qui a ciblé les parents des athlètes de niveau excellence, participant à des compétitions internationales. Dix-sept mères et huit pères d’athlètes de 25 ans et moins ayant contacté l’équipe de recherche ont été rencontrés en ligne pour une durée moyenne de 48 minutes. Les athlètes concernés proviennent de domaines sportifs variés. Les entretiens ont porté sur des athlètes faisant partie d’Équipe Canada, représentant le plus haut niveau au pays, d’Équipe Québec ou d’Équipe Canada Next Gen, ciblant les espoirs olympiques ou internationaux, et des filières juniors élites. Trois entretiens concernaient des athlètes retraités depuis moins de cinq ans. Le sexe des parents rencontrés, le sexe et l’âge des athlètes, le sport pratiqué, le niveau de compétition, le moment d’arrêt dans le cas des athlètes retraités ainsi que les dates des entretiens sont consignés dans un tableau en annexe 2.

  1. Analyse des données

À partir des retranscriptions des entretiens vidéo et à l’aide du logiciel NVivo, nous avons d’abord construit des catégories conceptualisantes (Paillé et Mucchielli, 2012), ce qui a permis de dégager de grands thèmes et d’analyser les expériences partagées par les parents d’athlètes. Ces thèmes ont ensuite été interprétés à la lumière du cadre théorique sur la communication préventive et la conception de campagnes de sensibilisation à partir des processus de construction de sens. L’arbre de codes qui en résulte est documenté en annexe 3. Il comporte trois niveaux : le premier décrit la réalité des parents d’athlètes, leur perception du dopage et leurs modes d’action dans le sport de haut niveau ; le second fait émerger leurs perspectives en lien avec la carrière sportive de leur enfant ainsi que les pratiques qui structurent leurs expériences ; le troisième révèle que ces parents évoluent dans un contexte particulier marqué par une tension centrale qui les conduit à adopter des tactiques spécifiques.

  1. Résultats

Les parents d’athlètes doivent consentir d’importants investissements, tant en temps qu’en ressources financières, pour permettre à leur enfant d’évoluer dans le sport. Tandis que l’athlète est pleinement investi dans sa pratique sportive et semble incarner les espoirs d’une carrière prometteuse – notamment au sein de programmes comme Équipe Québec ou Équipe Canada Next Gen – il n’est pas encore intégré à l’équipe nationale, en raison de son âge ou de son niveau. Dans cette phase transitoire, la charge financière et l’organisation nécessaire à la poursuite du sport est considérable. Les parents, désireux de soutenir leurs enfants dans cette étape souvent déterminante pour leur progression, se retrouvent ainsi fortement engagés dans la carrière sportive. Ils endossent alors un rôle décrit comme celui d’« agent » :

« Il faut que tu sois un peu l’agent de ton enfant en étant le parent aussi. […] Il y avait des filles de l’équipe qui jouaient dans la catégorie d’âge supérieure. Là, c’est… d’appeler le coach de l’autre équipe, de voir si c’est possible, de dire qu’elle est vraiment intéressée, qu’il y a de ses coéquipières qui sont là. C’est cette espèce de négociation. » (Sandrine, mère d’athlète)

La logistique des compétitions, les frais, mais également le support mental, le recours aux spécialistes lorsque nécessaire et parfois même certains aspects du coaching peuvent être pris en charge par les parents d’athlètes.

  1. Situation des parents d’athlètes

Au croisement des injonctions du monde sportif visant la performance et le dépassement de soi et des injonctions de la parentalité selon lesquelles le parent, adepte de la coparentalité, est bienveillant et toujours à l’écoute (Sellenet, 2023), les parents d’athlètes se disent ambivalents. Si les sportifs de haut niveau peuvent être confrontés à un « double langage » valorisant d’un côté, l’esprit sportif, le sens de l’effort et de la bonne camaraderie, et glorifiant, de l’autre, les minces différences qui vont donner l’avantage à un sportif en particulier (Missa, 2011), les parents d’athlètes se retrouvent eux aussi pris en tension dans le monde du sport de compétition. Ceux-ci décrivent le sport organisé de haut niveau comme un milieu où les exigences sont excessives, la culture de la performance est généralisée et les injustices sont fréquentes :

« Il y a des valeurs qui sont derrière, l’intégrité, le respect, la combativité, tout ça, c’est très, très beau. Mais en même temps, je pense qu’il y a un soubassement… qui n’est pas du tout relié à ces valeurs-là. Donc, c’est comme un espèce de paradoxe. » (Catherine, mère d’athlète)

Ils remarquent que la qualité du coaching, qui peut être très variable, influence ces dispositions. Selon eux, les athlètes font face à de grandes exigences, tant sur le plan physique que psychologique, avec des horaires extrêmement chargés et des difficultés à concilier toutes les obligations qui leur incombent :

« Quand on est parent d’un athlète de niveau olympique, on ne peut pas faire autrement que de se poser la question, est-ce que physiquement elle va en garder des séquelles parce que ça use s’entraîner, ça use beaucoup le corps. » (Alain, père d’athlète)

Soulignant les opportunités exceptionnelles qui s’offrent aux athlètes, ils présentent également la carrière sportive de leur enfant comme une aventure extraordinaire et enrichissante. Ils évoquent une vie centrée sur la carrière sportive de leur enfant qui leur apporte beaucoup personnellement, les rend fiers, leur permet de voyager, de vivre des émotions fortes et de maintenir un réseau social.

  1. Vulnérabilité des athlètes et risques de dopage perçus par les parents d’athlètes

Lorsque questionné relativement à l’enjeu du dopage spécifiquement, un parent interrogé s’est présenté en faveur du dopage dans le sport :

« Comment tu peux dire à tes enfants, quand ils te posent des questions, ils le font tous, ils ont tous du jus à quelque part. Qu’est-ce que tu peux dire de plus que de dire, bien, regarde, tout le monde prend ses risques, prend les tiens. » (Catherine, mère d’athlète)

Quelques autres parents rencontrés sont restés évasifs sur la question tandis que la grande majorité des parents s’est positionnée contre le dopage dans le sport, de manière implicite ou explicite. Cela dit, le dopage est rarement évoqué par les parents avant d’être abordé directement au cours des entretiens.

La plupart des parents rencontrés considèrent manquer d’information dans le milieu sportif ; ils se sentent écartés lorsque vient le temps d’être renseignés face aux enjeux concernant leur enfant. Malgré leur implication, ils se sentent peu pris en compte et peu légitimes d’intervenir dans la carrière de leur enfant. Lorsqu’ils expriment des besoins en information pour exercer leur rôle, le dopage apparaît comme une préoccupation parmi d’autres.

« Je pense que comme parent, n’importe quoi, n’importe quelle communication proactive qui vise à montrer le caractère responsable d’une fédération sportive envers un enjeu nommé, pour moi, n’importe quelle communication serait utile. Que ce soit la lutte au dopage, le sport sécuritaire, l’alimentation, les saines habitudes de vie, pour moi, ça serait intéressant. [Le dopage], au même titre que d’autres sujets. Mais c’est sûr que ça serait intéressant. » (Annie, mère d’athlète)

Nous observons que le dopage dans le sport n’est pas perçu comme un risque prééminent par bon nombre de parents d’athlètes. Ces derniers estiment que cela ne touche pas le sport de leur enfant ou qu’ils n’ont pas personnellement de rôle à jouer quant à la prévention du dopage. Ils qualifient d’ailleurs presque tous la sensibilisation au dopage dans le sport comme inexistante à leur endroit, ce qui renforce leur impression d’extériorité face à cette question. Référant à un guide produit par l’organisme qu’il chapeaute à l’intention des parents, Jean, directeur général d’organisme sportif, soutient : « il n’existe peu ou pas d’outils de cette nature-là ». Selon les intervenants du milieu sportif rencontrés, les rares outils communicationnels proposés aux parents éludent l’enjeu du dopage.

  1. Sensibilisation des parents d’athlètes au dopage dans le sport

Lorsqu’ils sont directement questionnés au sujet du dopage dans le sport, les parents d’athlètes reconnaissent toutefois le rôle qu’ils peuvent jouer et se montrent ouverts à des communications à ce sujet, notamment de la part des fédérations, qu’ils perçoivent comme les instances les plus proches de leur réalité. Au fil des entretiens, ils affirment accorder une crédibilité particulière aux témoignages d’autres parents d’athlètes de haut niveau. À propos d’un olympien canadien, Marie-Eve, mère d’athlète, mentionne : « Je trouve qu’il incarne la santé ». Elle ajoute, plus tard : « n’importe quel parent, tout sport confondu, d’un athlète, comme je reprends [cet olympien] qui m’inspire beaucoup, je serais curieuse d’entendre ses parents. Qu’est-ce qu’ils ont fait avec leur gars, pour qu’il se rende là ? ». Si certains questionnements concernant le dopage dans le sport émergent (ex. : comment éviter le dopage par inadvertance ? ; comment aborder le sujet du dopage dans le sport ?), les parents restent principalement tiraillés entre la recherche de performance et le bien-être de leur enfant. Autrement dit, si le dopage est parfois évoqué, il ne constitue pas le cœur de leurs préoccupations. Ce qui transparaît surtout dans leurs discours, c’est une tension plus fondamentale, vécue au quotidien : celle entre le désir de voir leur enfant performer et progresser dans un milieu compétitif exigeant, et la volonté de préserver son équilibre et sa santé. C’est donc en portant attention à cette tension, ainsi qu’aux tactiques mobilisées pour y faire face, que nous cherchons à comprendre le processus de construction de sens des parents d’athlètes, pouvant intervenir sur le phénomène du dopage dans le sport.

  1. Tension entre performance et bien-être des athlètes

Les parents peuvent se sentir aux prises avec des souhaits contradictoires, voulant à la fois voir leur enfant performer et évoluer dans le milieu sportif, alors que celui-ci atteint des niveaux de compétition exceptionnels, et veiller à préserver le bien-être de leur enfant dans un environnement menaçant son équilibre et son sain développement. Cela se traduit par des doutes quant à leur posture, leurs agissements ou aux décisions qu’ils doivent prendre.

« La ligne est mince entre tomber… comme je dis, il y a de la fierté en tant que parent, puis… c’est de s’assurer de ne pas le pousser au-delà de ce que lui il veut en fait. C’est que, la ligne est mince avant de tomber de l’autre bord, un peu crackpot, et de vouloir, tu sais, performer, performer, mais à quel prix ? » (Corinne, mère d’athlète)

Cette tension, omniprésente dans le discours des parents rencontrés, constitue une source de défis pour eux alors qu’ils tentent de donner sens à leur rôle. Elle semble se manifester plus particulièrement lors de moments critiques au fil de la carrière de l’athlète.

  1. Moments critiques dans le processus de construction de sens des parents d’athlètes

Les blessures, l’épuisement professionnel, les abus ou encore les déclassements peuvent exposer les athlètes à des phases de grande vulnérabilité. Celui qui, porté par une succession de victoires, semblait invincible, voit soudain ses rêves ébranlés, sa motivation vaciller – et le parent se retrouve face à la détresse de son enfant. Ces vécus spécifiques peuvent conduire les parents de sportifs à une quête de sens qui les amène à redéfinir leurs façons de penser et d’agir vis-à-vis de leur enfant. De nombreux parents témoignent des effets transformateurs de ces périodes décisives. Les changements dans la trajectoire de l’athlète ont aussi pour effet de remettre en question les pratiques ; l’intégration des athlètes aux équipes nationales régulières allège le rôle d’« agent » que remplissait le parent grâce à une prise en charge des frais et des services à l’athlète (psychologie, nutrition, physiothérapie, etc.). Elle modifie ainsi l’expérience du parent, ouvrant à une potentielle redéfinition du rôle.

  1. Les tactiques parentales face à la vulnérabilité des athlètes

Selon Dervin (2003), le processus de construction de sens s’active lorsque l’individu, dans un contexte ambigu, doit prendre des décisions lui permettant de continuer à avancer. Pour naviguer dans le monde de la compétition sportive et composer avec les défis que présente leur rôle, les parents d’athlètes recourent à différentes tactiques.

  1. Les tactiques de pression à la performance

Certains parents communiquent leur attachement à l’atteinte de résultats ou de buts précis, comme une participation à des Jeux Olympiques. Ils choisissent dans certaines situations de valoriser la performance au-delà du bien-être de l’enfant à court ou moyen terme. Animés par le désir de transmettre ou réaliser de grandes ambitions, ils valorisent les sacrifices. Cela peut générer des pressions pour inciter à la performance :

« des fois, c’est vrai qu’on dit : “Regarde, comment ça se fait que tu as perdu, tu ne devrais pas perdre.” Mais en même temps… tu ne devrais pas perdre. » (Catherine,
mère d’athlète)

Pour d’anciens sportifs, le sport de haut niveau peut être la voie à suivre.

« Moi j’ai grandi là-dedans, beaucoup là… j’étais dans l’équipe nationale, puis ma fille a été élevée dans ce dans ce climat de performance qui n’est pas une exigence, c’est la normalité. On s’entraîne. On est à l’entraînement. On est où ? À l’entraînement, tout le temps. » (Paul, père d’athlète)

Les parents interprètent leurs pratiques en indiquant que c’est l’athlète qui a choisi de poursuivre sa carrière sportive malgré les déséquilibres qu’elle présente.

« Je n’ai pas été quelqu’un qui l’a poussé non plus. C’est vraiment son choix. C’est son parcours de vie. On n’a jamais poussé pour qu’elle performe ou qu’elle s’entraîne. » (Paul, père d’athlète)

« Quand il avait 10 ou 11 ans, ce n’était pas évident. Le monde disait qu’on en demandait trop : 5-6 fois par semaine. Mais tu sais, ce n’est pas nous. Il est encore là, il veut continuer, fait que… » (Sébastien, père d’athlète)

Manon, mère d’athlète, observe que la pression peut être alimentée par les réactions extérieures : « On peut s’emballer vite, en tant que parent. Quand ton enfant est doué pour un sport, les gens te le disent beaucoup. [...] C’est facile de les pousser quand tu entends plein de choses ». Une intervenante du milieu est régulièrement témoin de tactiques de pression empruntées par les parents. Elle fait un lien entre leur grande implication, entre autres financière, et leur posture :

« Les parents sont très impliqués monétairement, et ils s’attendent à des performances de leur enfant. Ils mettent de la pression vers leur enfant pour qu’il performe. » (Vicky, coordonnatrice des services aux athlètes dans une organisation d’excellence sportive)

  1. Les tactiques de retrait

Des situations critiques, ayant des effets délétères sur le bien-être général de l’athlète, sont tolérées par des parents rencontrés, dans la mesure où elles conduisent à la performance. Amélie, mère d’athlète, s’exprime à propos du vécu de son fils : « c’était un climat complètement toxique. On l’avisait que ce n’était pas de sa faute, que [son entraîneur] était une personne narcissique. Veux, veux pas, ça affectait sa confiance en lui », puis elle indique « ça a été un tremplin qui a été payant parce qu’il est tombé dans l’équipe dans laquelle il est présentement ». Cette mère voit son fils évoluer dans un environnement qu’elle qualifie de malsain de ses 17 à ses 19 ans. Il demeure alors plusieurs mois par année dans la famille de son entraîneur, outre-mer. À propos de son inaction dans ce contexte, elle affirme : « Moi, je n’ai pas de contrôle. Tout ce que je peux faire, c’est donner une tape dans le dos, puis faire le souper ». D’autres parents, bien qu’ils s’interposent dans des situations en apparence critiques, n’assument pas un rôle décisionnel :

« Elle a commencé la compé puis elle avait vraiment mal, ça n’avait pas de bon sens. Fait que là, moi, je suis allée voir [son entraîneure], j’ai dit, ça n’a pas d’allure, là. Il faut arrêter ça là. Là, elle m’avait dit non. C’est sûr que moi, je lui faisais beaucoup confiance, à la coach. » (Eve, mère d’athlète)

Les parents rencontrés décrivent une panoplie de situations nocives pour les athlètes (coachs abusifs, acharnement menant à des blessures, déséquilibre par rapport aux autres sphères de la vie), se disant impuissants et relatant les évènements vécus comme des situations extérieures sur lesquelles ils n’ont pas d’emprise. Ils rappellent ne pas vouloir nuire à la progression de leur enfant dans le sport.

  1. Les tactiques de vigilance

Des parents d’athlètes veillent sur leur enfant en intervenant lorsque le sport semble avoir des répercussions excessives sur sa vie ou pour prévenir les dérapages. Ils observent, restent à l’affût et posent des questions.

« On est un peu à la merci, justement, de l’éthique, du niveau d’éthique des gens qui entourent notre enfant, qu’on ne choisit pas, rendus à ce niveau-là. Ça peut être le dopage, ça peut être l’image corporelle, le poids, mais je trouve que le dopage en fait partie. C’est pour ça que des fois que je dis : “le médecin t’a-t-il proposé quelque chose ?” » (Lise, mère d’athlète)

Conscients des conséquences potentiellement négatives d’une carrière sportive mal encadrée, notamment du dopage, ces parents cherchent à sensibiliser leur enfant et abordent ouvertement ces enjeux. Comme le dit Sarah, mère d’athlète : « Ce sont des discussions importantes à avoir. On en parle ». Ils se ramènent souvent aux motivations derrière la participation au sport et réfléchissent aux impacts du sport de haut niveau sur la vie de leur enfant, estimant avoir un rôle de protection à assumer. Attentifs à l’état physique et émotionnel de leur enfant, ces parents interviennent lorsqu’ils perçoivent une fragilité ou un déséquilibre, que ce soit en discutant avec le personnel d’encadrement de l’athlète ou en consultant des professionnels de la santé pour obtenir des avis externes. Ils portent un regard réflexif sur eux-mêmes, demeurant vigilants dans leurs réactions et ils tentent d’outiller leur enfant pour qu’il développe une capacité d’action face aux menaces à son intégrité dans le sport.

  1. Les tactiques de conciliation

Des parents d’athlètes cherchent également à détourner la pratique sportive de leur enfant de la performance à tout prix pour l’inciter à trouver « l’équilibre dans une vie de déséquilibre » comme le mentionne Chantal, mère d’athlète. Ceux-ci tendent à valoriser l’évolution au sein de la discipline, au-delà des résultats :

« C’est égal, les joies que j’ai pu vivre dans le développement que les joies que j’ai pu vivre dans le niveau national. Pour moi, comme maman. C’est quand elle réussissait un nouveau mouvement et qu’elle était tellement fière… » (Jeanne)

Ils orientent les athlètes vers des buts complémentaires aux performances sportives, puis relativisent l’importance des résultats, voire de la pratique sportive, en investissant les autres sphères de la vie de leur enfant :

« Dans la maison, on parle peu de son sport. Il va nous en parler. On va poser des questions un petit peu. Mais ce n’est pas LE sujet de conversation. On va essayer de centrer les discussions sur toutes sortes d’autres choses pour qu’il ait une deuxième vie. » (Louis, père d’athlète)

Ces parents encouragent leur enfant à entretenir des amitiés ou à poursuivre des études. Ils valorisent des aspects complémentaires de la vie sportive tels que côtoyer des sportifs du monde entier et créer des liens profonds avec leurs pairs. Se positionnant à contre-courant d’une culture qui veut que la vie d’un athlète de haut niveau soit presque entièrement consacrée au sport, ils peuvent se retrouver isolés des autres parents ou des coachs, ce qu’ils assument, d’abord soucieux de préserver un environnement équilibré pour leur enfant.

  1. Discussion

Étant donné qu’un climat motivationnel centré sur l’ego ou la performance, de même que la pression parentale, sont positivement associés aux intentions de dopage chez les jeunes athlètes (Guo et al., 2021), les parents qui exercent leur influence en insistant exclusivement sur le résultat (tactiques de pression à la performance) risquent d’accroître la vulnérabilité de leur enfant au dopage. Un désinvestissement parental lors de moments critiques (tactiques de retrait) pourrait aussi ouvrir la voie à des abus et à des pratiques malsaines, favorisant des contextes propices au dopage (Chu et Zhang, 2019). À l’inverse, les parents qui s’affirment contre le dopage et veillent sur leur enfant au sein du milieu sportif (tactiques de vigilance) tendent à encourager un climat motivationnel axé sur la maîtrise (Guo et al., 2021), tout en adoptant une posture antidopage susceptible de protéger l’athlète (Petróczi et al., 2021). Enfin, l’encouragement d’un mode de vie équilibré (tactiques de conciliation) peut contribuer au développement d’une identité multifacette chez l’athlète, constituant un facteur protecteur face au dopage (Clancy et al., 2022). Si des relations sont observées entre dopage dans le sport et pratiques parentales, les processus de construction de sens qui émergent de notre étude permettent de mieux comprendre le vécu des parents d’athlètes.

  1. Processus de construction de sens en l’absence de « problème » et de sensibilisation

Nos résultats montrent en premier lieu l’absence d’identification du dopage comme problème central. Le processus de publicisation de la prévention repose sur une « mise en risque » définie comme l’articulation entre l’aléa – la probabilité qu’un évènement survienne – et la vulnérabilité – les préjudices ou dommages potentiels en cas d’occurrence de l’aléa (Romeyer et Moktefi, 2013). Or, dans le cas du dopage, fréquemment, les parents jugent peu probable que leur enfant y ait recours. De plus, nos résultats éclairent la question de l’attribution des responsabilités. Dans la constitution d’un problème public, Gusfield (2009) évoque trois composantes clés : (1) la désignation, alors que le problème est nommé comme tel, (2) l’attribution de responsabilités, qui consiste à identifier des coupables ou responsables sans réel égard à la complexité des causes multifactorielles, et (3) l’appel à l’action, lorsque le problème appelle une réponse politique ou collective. Les parents d’athlètes ne semblent a priori pas faire partie intégrante de la problématique du dopage dans le sport et ne sont pas tenus « responsables » du problème dans sa conception symbolique. Cette absence de problématisation façonne leur conception du sport de haut niveau. Les parents développent une compréhension à partir de préoccupations plus immédiates, centrées sur l’équilibre entre performance et bien-être. Les questionnements formulés par les parents d’athlètes (« Est-ce que je mets trop de pression ? » ; « Est-ce que mon enfant mène une vie équilibrée ? ») expriment une tension entre ces deux pôles. Si cette tension recoupe des facteurs de vulnérabilité et de protection, elle n’est pas pensée sous l’angle du dopage. Cette orientation s’explique également par leur marginalisation institutionnelle, les parents étant très peu ciblés par les initiatives de sensibilisation (Winand et al., 2022). Ces derniers dénoncent d’ailleurs un manque d’information et ressentent un manque de légitimité qui contribuent à les invisibiliser. En effet, dans les communications leur étant destinées, leur voix n’est pas présente. Ainsi, au regard de nos entretiens, les parents d’athlètes sont des acteurs intermédiaires marginalisés par l’environnement et les dispositifs institutionnels. Paradoxalement, nos résultats montrent qu’ils exercent une influence déterminante sur les vulnérabilités des athlètes, particulièrement lors de moments critiques.

  1. Mécanismes de (dés)engagement moral

La construction de sens des parents est traversée par des processus ambivalents d’engagement et de retrait. Au cours de la carrière sportive, l’interprétation a posteriori que font les parents des tactiques auxquelles ils ont eu recours peut orienter leurs réflexions et leurs décisions futures, dans une dynamique de construction continue, telle que pensée par Dervin (2001) et Weick (1995). Le désengagement moral, défini comme une tendance pour les individus à redéfinir leurs cognitions lorsqu’ils transgressent des standards moraux, influence le sens que donnent les parents d’athlètes à leurs actions (Bandura, 1991). Ce processus mobilise des mécanismes permettant de diminuer les auto-sanctions morales et les sentiments négatifs lorsqu’ils relèguent le bien-être de leur enfant au second plan. Dans certaines situations, les parents acceptent implicitement que la recherche de performance prenne le dessus sur le bien-être de l’athlète. Ils font part de grandes ambitions pour leur enfant, mettant de l’avant leurs désirs personnels, valorisent les sacrifices et mettent de la pression lorsque cela peut mener à des performances. Pour expliquer des agissements qui peuvent desservir le bien-être de leur enfant, ils utilisent des mécanismes de justification morale, invoquant par exemple le fait que c’est leur enfant qui fait ses choix ou que les sacrifices consentis sont légitimés par la reconnaissance qu’ils peuvent en retirer. Le mécanisme de déni de l’agentivité, qui favorise le déplacement ou la diffusion de la responsabilité morale, permet aux parents de se dégager de leurs responsabilités lorsqu’ils assistent à des dérives dans la carrière sportive de leur enfant sans intervenir. Certains se retirent lors de moments critiques et acceptent que leurs enfants subissent des situations présentant des déséquilibres majeurs. La généralisation du phénomène du dopage est aussi évoquée par certains parents pour justifier leur impuissance face à cette pratique.

En parallèle, des parents d’athlètes s’expriment sur leur manière de tenir en tension et de résister à une culture de performance à tout prix, vu les risques encourus pour leur enfant. Bandura (2016) propose que l’autorégulation face à la pression extérieure et la réflexion proactive sur les dilemmes moraux puissent permettre de résister au désengagement moral. Cette voie est privilégiée par les parents d’athlètes tandis qu’ils cherchent à contrebalancer les injonctions du milieu du sport en prônant l’équilibre dans la vie de leur enfant. Bon nombre de parents rencontrés se disent conscients des excès et des risques associés à la carrière sportive. Dans l’exercice de leur rôle, ils valorisent des dimensions diverses de la vie de leur enfant, font preuve d’empathie et maintiennent un dialogue ouvert sur divers enjeux, dont le dopage dans le sport.

  1. Contributions théoriques et managériales

Notre article met en lumière le contexte dans lequel évoluent les parents d’athlètes de haut niveau, marqué par l’absence d’identification du dopage comme risque central et par une tension entre performance et bien-être. Il révèle des formes récurrentes dans leur processus de construction de sens, éclairant les liens entre les tactiques parentales, leurs procédés de justification et la fabrication des vulnérabilités au dopage.

Sur le plan théorique, notre recherche apporte deux contributions. Premièrement, elle approfondit la compréhension du rôle des acteurs intermédiaires dans la communication préventive, un aspect encore peu exploré dans une littérature centrée principalement sur les bénéficiaires directs, à savoir les athlètes dans le cas de la lutte antidopage (Petróczi et al., 2021). Dans une réflexion sur le dopage dans le sport, Negro et al. (2018) soulignent que, malgré l’idéal sociétal de « natural and fair champions »1, le sport de haut niveau est façonné par des logiques collectives et performatives (infrastructures sophistiquées, stratégies de préparation optimisées, encadrement spécialisé, etc.). Les vulnérabilités des athlètes s’inscrivent ainsi dans une structure collective où d’autres acteurs, dont les parents, exercent une influence tout en étant eux-mêmes contraints par cet environnement. Ainsi, pour comprendre pleinement les dynamiques entourant le dopage, il est essentiel de dépasser l’analyse individuelle du sportif et de considérer l’ensemble du système dans lequel il évolue. En mettant en lumière le rôle des parents d’athlètes, notre étude élargit la perspective au-delà d’une approche centrée exclusivement sur l’athlète et invite à considérer le dopage comme le produit de dynamiques systémiques où des acteurs souvent invisibilisés jouent un rôle central.

Deuxièmement, cette recherche mobilise l’approche de la construction de sens pour analyser le rôle des parents d’athlètes dans la lutte antidopage. Elle montre que le dopage n’est pas identifié comme un problème central par ces acteurs, ce qui limite le potentiel d’efficacité de campagnes de prévention reposant sur une approche frontale, centrée sur des risques explicitement désignés (Romeyer et Moktefi, 2013). En adoptant une perspective de construction de sens, nous mettons en évidence la manière dont les parents élaborent leurs représentations, priorisent certaines préoccupations et mettent en place des tactiques pour traverser les défis, particulièrement lors de moments critiques. Tandis que la théorie du désengagement moral a déjà été mobilisée par plusieurs chercheurs pour expliquer les comportements de dopage des athlètes (Ring et Kavussanu, 2018), notre étude propose qu’elle puisse également aider à comprendre les comportements des parents d’athlètes influençant la vulnérabilité au dopage dans le sport. Cette articulation entre construction de sens et (dés)engagement moral offre des pistes pour concevoir des contenus adaptés aux parents, diffusés au moment où ils recherchent activement de l’information, et pour intégrer leur voix dans des dispositifs éducatifs plus efficaces (Petróczi et Boardley, 2022).

Sur le plan managérial, nos résultats montrent que les dispositifs de sensibilisation pourraient être repensés pour intégrer plus explicitement le rôle et la responsabilité des parents d’athlètes dans la lutte antidopage. Au regard des entretiens, il ressort que les campagnes devraient s’ancrer dans le quotidien des parents (équilibre, bien-être et pression de la performance). Diffusées par des acteurs institutionnels telles que les fédérations, et relayées par des acteurs d’influence, comme d’autres parents d’athlètes, ces campagnes gagneraient à s’appuyer sur des insights issus des tactiques parentales observées et à exposer les mécanismes de (dés)engagement moral à l’œuvre, afin de favoriser la prise de conscience.

  1. Limites de la recherche et voies de recherche futures

Cette recherche présente certaines limites. En premier lieu, notre étude porte sur les parents d’athlètes canadiens. Étant donné le contexte international du phénomène du dopage dans le sport et les effets de la culture sur les processus de construction de sens des individus, la portée nationale de notre étude constitue une limite. Il serait pertinent d’étendre la recherche à d’autres régions et de tester des pistes et insights identifiés sous forme de messages clés dans un contexte de sensibilisation. En second lieu, nous nous sommes intéressés à une catégorie d’acteurs intermédiaires : les parents d’athlètes. Or, comme nous l’avons rappelé précédemment, les athlètes évoluent au sein d’un système complexe impliquant une pluralité d’acteurs (entraîneurs, médecins, instances sportives, etc.). Bien que nous ayons interrogé certains de ces acteurs à titre exploratoire, des recherches futures pourraient approfondir les interactions entre ces derniers afin de mieux comprendre les dynamiques collectives qui façonnent la vulnérabilité face au dopage.

Bibliographie

Agence Mondiale Antidopage (AMA) (2022). Report: Key areas of athlete vulnerabilities to doping. Wada-ama.org. https://www.wada-ama.org/en/news/report-key-areas-athlete-vulnerabilities-doping

Agence Mondiale Antidopage (AMA) (2025). Le Code mondial antidopage. Wada-ama.org. https://www.wada-ama.org/fr/nos-activites/le-code-mondial-antidopage

Bandura, A. (1991). Social cognitive theory of self-regulation. Organizational Behavior and Human Decision Processes, 50(2), 248-287.

Bandura, A. (2016). Moral disengagement: How people do harm and live with themselves. Worth publishers.

Béguin-Verbrugge, A. (2023). Information, communication et anthropologie des savoirs. Études de communication, 60(1), 179-194.

Bette, K.-H. (2011). Le dopage : entre culpabilité individuelle et responsabilité collective. Staps, 91(1), 87-99.

Bigard, X. (2017). Les conduites à risques des enfants et adolescents vis-à-vis du dopage sportif. Neuropsychiatrie de l’Enfance et de l’Adolescence, 65(7), 442-447. https://doi.org/10.1016/j.neurenf.2017.05.008

Blank, C., Leichtfried, V., Müller, D. et Schobersberger, W. (2015). Role of parents as a protective factor against adolescent athletes’ doping susceptibility. South African Journal of Sports Medicine, 27(3), 87-91. https://doi.org/10.7196/SAJSM.8094

Boutros, M. (2021, 10 mars). Climat toxique à Natation artistique Canada. Le Devoir. https://www.ledevoir.com/sports/596592/natation-canada

Canadian Centre for Ethics in Sport (s. d.). Rapport d’impact sur la Tournée Espoir à l’horizon. https://cces.ca/fr/rapport-dimpact-sur-la-tournee-espoir-lhorizon

Chu, T. L. et Zhang, T. (2019). The roles of coaches, peers, and parents in athletes’ basic psychological needs: A mixed-studies review. International Journal of Sports Science & Coaching, 14(4), 569-588. https://doi.org/10.1177/1747954119858458

Clancy, S., Owusu-Sekyere, F., Shelley, J., Veltmaat, A., De Maria, A. et Petróczi, A. (2022). The role of personal commitment to integrity in clean sport and anti-doping. Performance Enhancement and Health, 10(4). https://doi.org/10.1016/j.peh.2022.100232

de Hon, O., Kuipers, H. et van Bottenburg, M. (2015). Prevalence of doping use in elite sports: A review of numbers and methods. Sports Medicine, 45(1), 57-69. https://doi.org/10.1007/s40279-014-0247-x

Dervin, B. (1998). Sense‐making theory and practice: An overview of user interests in knowledge seeking and use. Journal of Knowledge Management, 2(2), 36-46.

Dervin, B. (2003). Human studies and user studies: A call for methodological inter-disciplinarity. Information Research: An International Electronic Journal, 9(1), 166.

Dervin, B. et Foreman-Wernet, L. (2003). Sense-making methodology reader: Selected writings of Brenda Dervin. Hampton Press

Dervin, B. et Frenette, M. (2001). Sense-Making Methodology: Communicating Communicatively with Campaign Audiences. Dans R. E. Rice et C. K. Atkins (dir.), Public Communication Campaigns (pp. 69-87). SAGE.

Dodge, T. et Clarke, P. (2015). Influence of Parent–Adolescent Communication About Anabolic Steroids on Adolescent Athletes’ Willingness to Try Performance–Enhancing Substances. Substance Use & Misuse, 50, 1307-1315. https://doi.org/10.3109/10826084.2015.1018542

Erickson, K., Backhouse, S. H. et Carless, D. (2017). Doping in sport: Do parents matter? Sport, Exercise, and Performance Psychology, 6(2), 115-128. https://doi.org/10.1037/spy0000081

Fuchs, J. et Michot, T. (2015). L’éclairage des chercheurs. Où commence, où se termine le dopage ? Table ronde organisée par l’Office des Sports de la ville de Brest. UFR Lettres et Sciences Humaines Victor Segalen, Brest, France.

Gatterer, K. et Blank, C. (2022). Evidence-Based Anti-Doping Education: Fact or Fiction? Doping in Sport and Fitness, (16), 53-67. https://doi.org/10.1108/S1476-285420220000016004

Gatterer, K., Gumpenberger, M., Overbye, M., Streicher, B., Schobersberger, W. et Blank, C. (2020). An evaluation of prevention initiatives by 53 national anti-doping organizations: Achievements and limitations. Journal of Sport & Health Science, 9(3), 228-239. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.611636

Guo, L., Liang, W., Baker, J. S. et Mao, Z.-X. (2021). Perceived Motivational Climates and Doping Intention in Adolescent Athletes: The Mediating Role of Moral Disengagement and Sportspersonship. Frontiers in Psychology, 12. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2021.611636

Gusfield, J. (1981). The culture of public problems: Drinking-driving and the symbolic order. The University of Chicago Press.

ICI Radio-Canada. (2024, 8 novembre). Une « culture inacceptable » responsable du scandale d’espionnage de Canada Soccer. Radio-Canada.ca. https://ici.radio-canada.ca/sports/2118902/canada-soccer-culture-inacceptable-scandale-espionnage-jo-paris

Jetzke, M. et Mutz, M. (2020). Sport for Pleasure, Fitness, Medals or Slenderness? Differential Effects of Sports Activities on Well-Being. Applied Research in Quality of Life, 15(5), 1519-1534. https://doi.org/10.1007/s11482-019-09753-w

Kamin, T., Kubacki, K. et Atanasova, S. (2022). Empowerment in social marketing: Systematic review and critical reflection. Journal of Marketing Management, 38(11-12), 1104-1136. https://doi.org/10.1080/0267257X.2022.2078864

Laure, P. (2000). Dopage et société. Ellipses.

Laure, P. (2006). Doit-on blâmer ou encourager les conduites dopantes ? Éthique publique, 8(2).

Li, N., Wang, C. et Shi, W. (2022). Athletes’ Goal Orientations and Attitudes towards Doping: Moral Disengagement in Sport as a Mediator. American Journal of Health Behavior, 46(3), 337-346. https://doi.org/10.5993/AJHB.46.3.12

Luca, N. R., Hibbert, S. et McDonald, R. (2016). Midstream value creation in social marketing. Journal of Marketing Management, 32(11-12), 1145-1173. https://doi.org/10.1080/0267257X.2016.1190777

Madigan, D. J., Stoeber, J. et Passfield, L. (2016). Perfectionism and attitudes towards doping in junior athletes. Journal of Sports Sciences, 34(8), 700-706. https://doi.org/10.1080/02640414.2015.1068441

McLean, S., Naughton, M., Kerhervé, H. et Salmon, P. M. (2023). From Anti-doping-I to Anti-doping-II: Toward a paradigm shift for doping prevention in sport. International Journal of Drug Policy, 115, 1-10. https://doi.org/10.1016/j.drugpo.2023.104019

Missa, J.-N. (2011). Dopage sportif et médecine d’amélioration. Journal International de Bioéthique, 22(3), 93-121. https://doi.org/10.3917/jib.222.0093

Negro, M., Marzullo, N., Caso, F., Calanni, L. et D’Antona, G. (2018). Opinion paper: Scientific, philosophical and legal consideration of doping in sports. European Journal of Applied Physiology, 118(4), 729-736. https://doi.org/10.1007/s00421-018-3821-3

Ollivier-Yaniv, C. (2013). Communication, prévention et action publique : proposition d’un modèle intégratif et configurationnel. Le cas de la prévention du tabagisme passif. Communication & langages, 176(2), 93-111.

Paillé, P. et Mucchielli, A. (2012). L’analyse qualitative en sciences humaines et sociales. Armand Colin.

Petróczi, A. et Boardley, I. D. (2022). The Meaning of “Clean” in Anti-doping Education and Decision Making: Moving Toward Integrity and Conceptual Clarity. Frontiers in Sports and Active Living, 4, 1-14. https://doi.org/10.3389/fspor.2022.869704

Petróczi, A., Heyes, A., Thrower, S. N., Martinelli, L. A., Backhouse, S. H. et Boardley, I. D. (2021). Understanding and building clean(er) sport together: Community-based participatory research with elite athletes and anti-doping organisations from five European countries. Psychology of Sport and Exercise, 55, 1-18. https://doi.org/10.1016/j.psychsport.2021.101932

Pöppel, K. (2021). Efficient Ways to Combat Doping in a Sports Education Context! ? A Systematic Review on Doping Prevention Measures Focusing on Young Age Groups. Frontiers in Sports and Active Living, 3, 1-19. https://doi.org/10.3389/fspor.2021.673452

Renaud, L. (2020). Communication pour la santé : construction d’un champ de recherche et d’intervention. Communiquer, hors-série « La communication à l’UQAM », 61-76. https://doi.org/10.4000/communiquer.4959

Ring, C. et Kavussanu, M. (2018). The role of self-regulatory efficacy, moral disengagement and guilt on doping likelihood: A social cognitive theory perspective. Journal of Sports Sciences, 36(5), 578-584. https://doi.org/10.1080/02640414.2017.1324604

Romeyer, H. et Moktefi, A. (2013). Pour une approche interdisciplinaire de la prévention. Communication & langages, 176(2), 33-47.

Saugy, A. P., Gleaves, J., de Hon, O. et Martial, D. (2022). Prevalence of doping in sport. Dans D. Mottram et N. Chester, Drugs in Sport (8e éd., pp. 37-71). Routledge.

Sellenet, C. (2023). Parentalités, normes et injonctions. L’Harmattan.

Sipavičiūtė, B., Šukys, S. et Dumčienė, A. (2020). Doping Prevention in Sport: Overview of Anti-Doping Education Programs. Baltic Journal of Sport & Health Sciences, 117(2), 39-48. https://doi.org/10.33607/bjshs.v2i117.920

Thomas, D. R. (2006). A general inductive approach for analyzing qualitative evaluation data. American Journal of Evaluation, 27(2), 237-246.

Vlad, R. A., Hancu, G., Popescu, G. C. et Lungu, I. A. (2018). Doping in Sports, a Never-Ending Story? Advanced Pharmaceutical Bulletin, 8(4), 529-534. https://doi.org/10.15171/apb.2018.062

Weick, K. E. (1995). Sensemaking in Organizations. SAGE.

Whitaker, L. et Backhouse, S. (2017). Doping in sport: an analysis of sanctioned UK rugby union players between 2009 and 2015. Journal of sports sciences, 35, 1607-1613. https://doi.org/10.1080/02640414.2016.1226509

Winand, M., Byers, T., Tymowski-Gionet, G., Weinstein, J., Merten, S., Allen, J., Dimeo, P., Overbye, M. et de Sá Fardilha, F. (2022). Understanding and nurturing the role of young athletes’ parents in doping prevention. https://www.wada-ama.org/en/resources/social-science-research/understanding-and-nurturing-role-young-athletes-parents-doping

Woolf, J. R. (2020). An examination of anti-doping education initiatives from an educational perspective: Insights and recommendations for improved educational design. Performance Enhancement & Health, 8(2-3), 1-9. https://doi.org/10.1016/j.peh.2020.100178

Annexes

Annexe 1. Profils des informateurs clés – Intervenants du milieu sportif

Numéro(s) d’entretien

Fonction de l’expert·e

Date(s) d’entretien

1, 2, 3, 4

Responsable du développement des programmes éducatifs dans une organisation antidopage

21 oct. 2021

07 fév. 2022

24 mars 2022

07 sept. 2022

5

Coordonnatrice du service aux athlètes dans une organisation d’excellence sportive

07 nov. 2022

6

Nutritionniste dans une organisation d’excellence sportive

10 nov. 2022

7

Psychologue sportive auprès d’athlètes de haut niveau

07 déc. 2022

8

Psychologue sportive auprès d’athlètes de haut niveau

17 oct. 2024

9

Directeur général d’une organisation d’excellence sportive

29 avr. 2025

10

Directeur général d’un organisme d’aide aux athlètes

25 juin 2025

Annexe 2. Profils des informateurs clés – Parents d’athlètes de haut niveau

Entretien

Sexe du parent

Sport pratiqué par l’athlète

Sexe et âge de l’athlète

Niveau

Moment de la retraite (s’il y a lieu)

Date de l’entretien

1

Mère

Paranordique

Fille

23 ans

équipe

Canada

-

27 juin 2024

2

Mère

Plongeon

Garçon

16 ans

équipe

Canada

-

05 juill. 2024

3

Père

Plongeon

Garçon

16 ans

équipe

Canada

-

05 juill. 2024

4

Père

Kayak

Garçon

20 ans

équipe

Canada

-

09 juill. 2024

5

Mère

Basketball

Fille

21 ans

Ligue universitaire américaine

-

09 juill. 2024

6

Mère

Kayak

Garçon

20 ans

équipe

Canada

-

11 juill. 2024

7

Mère

Basketball

Filles

18 et 21 ans

Ligue universitaire américaine

-

11 juill. 2024

8

Mère

Judo

Garçon

20 ans

équipe

Québec

-

25 juill. 2024

9

Père

Patinage de vitesse

Fille

25 ans

équipe

Canada

-

29 juill. 2024

10

Mère

Judo

Fille

16 ans

équipe

Québec

-

30 juill. 2024

11

Mère

Gymnastique

Fille

retraite à 22 ans

équipe

Québec

2021

31 juill. 2024

12

Mère

Ski acrobatique

Fille 24 ans

équipe

Canada

-

02 août 2024

13

Père

Patinage de vitesse

Garçon

15 ans

équipe

Canada

-

05 sept. 2024

14

Mère

Tennis

Garçon

25 ans

ATP / ITF

-

16 oct. 2024

15

Père

Ski acrobatique

Garçon

20 ans

équipe

Canada

-

22 oct. 2024

16

Mère

Cyclisme

Garçon

21 ans

équipe continentale

-

22 oct. 2024

17

Mère

Ski acrobatique

Garçon

20 ans

équipe

Canada

-

27 oct. 2024

18

Mère

Parahockey

Garçon

16 ans

équipe

Canada

-

12 nov. 2024

19

Mère

Patinage de vitesse

Garçon

retraite à 25 ans

équipe

Canada

2020

09 déc. 2024

20

Mère

Patinage de vitesse

Garçon

19 ans

équipe

Canada

-

13 déc. 2024

21

Père

Patinage de vitesse

Garçon

retraite à 25 ans

équipe

Canada

2020

15 janv. 2025

22

Mère

Hockey

Fille

19 ans

équipe

Canada

-

24 janv. 2025

23

Père

Ski de fond

Garçon

16 ans

équipe

Québec

-

27 janv. 2025

24

Mère

Waterpolo

Fille

15 ans

équipe

Québec

-

23 avril 2025

25

Père

Cyclisme

18 ans

Classements internationaux (UCI)

-

14 août 2025

Annexe 3. Arbre de codes


  1. 1 « Champions naturels et honnêtes » (traduction libre).